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CHAPITRE PREMIER

LA SUBSTANCE £T L£S SYSTÈMES 9IETAPHYSIQUES I. — La substance et le dualisme.

Avant de tirer les déductions que contiennent les données expérimentales, il importe de définir exactement le mot substance et d'exposer quelle est la substance qu'enseigne chacun des grands systèmes métaphysique. En métaphysique, comme partout, ce qui doit régner en souveraine, c'est la clarté.

Un examen superficiel des phénomènes qui se déroulent sous nos yeux nous conduit à les classer en deux grandes catégories, à savoir ; la catégorie des phénomènes matériels et celle des phénomènes vitaux et psychiques (sensations, sentiments, connaissances). Pour être bref et ne pas entrer dans les détails ni dans

les distinctions qui conviennent à un traité complet de métaphysique, appelons les phénomènes vitaux et psychiques du nom unique de phénomènes spirituels, par opposition aux phénomènes matériels.

Tous les individus, hommes, animaux et plantes, apparaissent, subsistent quelque temps, puis succombent. D'autres individus leur succèdent, et le même cycle se reproduit indéfiniment. Mais si les individus ou phénomènes individuels sont en proie à un flux changeant sans cesse renouvelé, il est dans cette dissolution du corps des individus quelque chose qui reste constamment debout, c'est la matière; il est sous cette éclipse successive des phénomènes spirituels de chaque individu quelque chose qui reste debout, c'est l'esprit. On voit, en effet, la matière revêtir incessamment des formes individuelles sans cesse renouvelées, et Tesprit animer incessamment les formes nouvelles qu'a prises la matière. Or ce qui reste debout constamment sous les phénomènes transitoires et changeants est ce qu'en métaphysique on appelle la substance ainsi que l'indique Télymologie latine « stare se tenir debout, sub sous » . La matière est d onc I a su bst ance des phénomènes matériels ; et l'esprit, la substance des phénomènes spirituels. On peut donc définir la substance en ces termes : Le fond permanent d'où émane la variété indéfinie des phénomènes transitoires et changeants. Tel est le sens du mot métaphysique substance.

Quant à la distinction des deux fonds permanents qui correspondent aux deux classes de phénomènes

naturels, elle est le point de vue auquel se sont mis certains philosophes. 11 y avait donc, pour ces philosophes, deux substances irréductibles, la matière et l'esprit. Ce qui les confirmait dans cette interprétation, c'est qu'à la mort de chaque individu, homme, animal ou plante, ils remarquaient que les phénomènes spirituels disparaissaient des éléments matériels de rindividu mort, de sorte que nos philosophes furent amenés à induire que Tesprit non seulement était distinct de la matière, mais encore qu'il pouvait loger et logeait effectivement pendant un temps limité dans les corps matériels; enfin, que c& qu'on appelait la mort n'était autre chose que la séparation de l'esprit d'avec la matière. Ce genre de philosophie, lequel admet deux substances irréductibles, est le type du dualisme. De Platon à Descartes, ces deux grands pontifes du dualisme, le genre s'est subdivisé en nombre d'espèces et de variétés; mais cela est l'affaire de l'histoire de la philosophie.

Ce. que nous avons appelé esprit a reçu plusieurs autres noms; le plus employé dans les trois derniers siècles a été le mot force; il est aisé d'en comprendre la raison. En effet, ce qui en apparence caractérise les corps matériels est de recevoir le mouvement de l'extérieur et de subir le mouvement dans la mesure que celui-ci leur estdonné ; on a donc appelé passifs les phénomènes matériels, et l'on a dit : la matière est passive.

Au contraire, l'activité éclate avec évidence dans les phénomènes vitaux et psychiques ; c'est de l'esprit que partent les initiatives et les impulsions; on a dit :

l'esprit est actif. Pour exprimer en un seul mot cette activité de l'esprit, on a dit la force. Ce mot a Tavantage d'avoir un sens plus large que celui d'esprit ; il convient également aux phénomènes vitaux et aux phénomènes psychiques. Ces détails sont un peu longs, mais nécessaires, car les mots jouent un grand rôle dans la métaphysique. Cela dit, reprenons notre classification des systèmes philosophiques.

Nous avons déjà un premier embranchement philosophique, celui qui admet deux substances, à savoir : la matière et la force. Il est connu sous le nom assez impropre de spiritualisme. Le spiritualisme est le type de la classe des philosophies dualistes.

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