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II. La vie EST UN PRrNCIPE, QUANT A SON ORIGINE

L'un des problèmes les plus anciens qui aient exercé, la sagacité des physiologistes est celui-ci : La vie estelle un principe, ou bien est-elle un résultat? Tout d'abord, définissons bien les termes. Que

faut-il entendre par ces propositions : La vie est un principe; la vie est un résultat ?

Voici un certain nombre de kilogrammes de matière terreuse, comprenant des carbonates de chaux et de magnésie, des sulfates et des silicates de potasse, des phosphates de chaux et d'ammoniaque, des fluorures et des chlorures de calcium, des oxydes de fer, bref les quatorze ou quinze corps premiers qui entrent dans la composition des êtres vivants, soit végétaux, soit animaux. Supposons que ce monceau de matière terreuse soit soumis à l'action de la chaleur et de la lumière solaires, de Foxygène et de rhumidité atmosphériques ainsi que de l'électricité, pendant un temps aussi long qu'on voudra et avec le degré d'intensité qu'on jugera convenable. Si ce monceau de matière terreuse se métamorphosait graduellement en un chêne et en un homme, nous dirions: La formation du chêne et celle de l'homme résultent de l'action combinée de la chaleur et de la lumière solaires, de l'humidité, de l'oxygène et de l'électricité atmosphériques, sur la matière terreuse. La formation de l'individu qu'on appelle chêne et de l'autre individu vivant qu'on appelle homme est donc un résultat. Gomme ce qui est vrai de la formation d'un chêne et d'un homme le serait également de celle de tous les êtres vivants, soit végétaux, soit animaux, on serait en droit de résumer la formation de tous les êtres vivants en la formule abrégée suivante : La vie est un résultat. Ainsi, pour les physit>iogi8tes qui admettant exclusivement que la vie est un résultat,

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cette formule signifie qu'il suffit de la matière terreuse, telle que nous la connaissons, pour que, sous Faction de la chaleur et de la lumièresolaires, de Tair humide et de l'électricité, la matière terreuse s'organise d'ellemême en muscles, en nerfs, en os, en appareils circulatoire, digestif, glandulaire, bref en une forme spécifique, soit animale, soit végétale.

Reprenons notre monceau de matière terreuse, et supposons qu'après l'avoir soumis à l'action du soleil, de Tair humide et de l'électricité, pendant tout le temps qu'on voudra et avec l'intensité qu'on jugera le plus efficace, on ne retrouve que la même matière terreuse, combinée en cristaux conformément aux lois chimiques et cristallographiques, mais n'ayant pas évolué en la plus petite parcelle de matière vivante, soit végétale, soit animale, et encore moins en un type d'arbre ou d'animal qui se nourrit et se reproduit. Nous dirons alors : Aussi énergiquement soumise que la matière terreuse peut Pètre à l'action des agents chaleur, lumière, oxygène, eau et électricité, cette matière terreuse est incapable, à elle seule, d'évoluer en matière vivante, et à plus forte raison en un type végétal ou animal. Pour qu'elle évoluât en matière vivante d'abord, puis en individus végétaux ou animaux, il a donc fallu que quelque chose lui fût ajouté. Ce quelque chose n'existait pas auparavant dans la matière terreuse; il n'a donc pas d'antécédent; il est donc un commencement ; Qi comme tout commencement qui a des conséquences s'appelle un principe y on a formulé ainsi l'origine des individus

vivants, soit végétaux, soit animaux : La vie est un principe.

IVl est le sens qu'il convient de donner à ces deux [vmpusi Lions : la vie est un principe; la vie est un résulLut-

Voyons maintenant quelle déduction jaillit de Texposf' et de Texamen critique des faits scientifiques mLnJcines.

n'apièsla cosmogonie universellement adoptée, la Uiw !i *;té primitivement un fragment de nébuleuse qui s'ust contracté en soleil; puis, ce soleil, à la suite ûi^ contractions continues, est passé de Tétat gazeux à J'rtatde liquidité ignée ; enfin, à la suite du rayonnu luenl de la chaleur dans l'espace, la surface du glolte s'est encroûtée. L'oxygène et l'hydrogène, jusque-là dissociés, se sont combinés pour former la v.ipf^ur d'eau. Lorsque Técorce terrestre futsuffîsamnn ni refroidie, la vapeur aqueuse se condensa en pluie et couvrit la surface de la terre d'une immense ij-ippe d'eau. Avec le temps, les continents émergèrent; la nappe d'eau reflua dans les vallées et donna ainsi tiuis^:Luce aux mers. Quand se furent succédé toutes CCS phases d'évolution, lesquelles embrassent des millions d'années; quand les conditions du milieu terrestre et aérien furent, sauf le degré d'intensité, les munies qu'elles sont aujourd'hui, alors apparut la prenjiêre plante, puis le premier animal. C'est à ce moment que se pose le problème : La vie, à l'origine, rut-ulle un principe, ou fut-elle un résultat?

L'antiquité qui, en l'absence de toute connaissance

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scientiflque, essayait de deviner ce qu'elle ne pouvait expérimentalement résoudre, inclina à croire que même les hommes étaient nés spontanément do la terre; c'est du moins ce que certains mythes semblent donner à entendre *. Ce qui est sur, c'est qu'elle crut absolunient que les insectes naissaient, soit de la terre brute, soit de la matière qui naguère vivante tombait en putréfaction. L'antiquité, en cela, jugeait d'après ce qu'avec les simples yeux humains elle croyait voir et constater. Pour elle donc, la vie végétale et la vie animale, au moins pour les types inférieurs, étaient un résultat.

La croyance à la génération spontanée des insectes dura jusqu'au xvii® siècle *, époque où un naturaliste italien, Redi,constataque les insectes ne naissaientpas de la matière en pourriture, mais d'œufs déposés par les insectes vivants dans cette matière putréfiée. De ce fait Redi donna la preuve et la contre-épreuve.

Enfin, les perfectionnements apportés au microscope, en permettant à Tœil humain de discerner les germes qui jusqu'alors étaient restés imperceptibles, restreignirent le domaine qu'on attribuait à la génération spontanée. Lorsque dans la seconde moitié du xix^ siècle, la théorie de la génération spontanée réapparut et qu'une nouvelle discussion sur ce point

1. Mythes de Proraélhée, de Deucalion et Pyrrlia, de Gadnius, de Jason, etc.

2. Même au xvi® siècle, on croyait que les souris étaient engendrées par pourriture et de Thumcur de la terre. Voir Revue scientifique, 7 avril 1888, page 430,

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