‹ La cause première d'après les données expérimentalesChapitre 30 sur 197 · S LA CAUSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

S LA CAUSE PREMIÈRE

s'éleva entre les savants, il ne s'agissait plus que de l'origine des infiniment petits du règne végétal et du règne aninaal, à savoir, des moisissures et des infusoires. C'est alors que dans le but de combattre celte hypothèse renaissante, Pasteur commença ces travaux qui devaient inaugurer pour la médecine une révolution telle qu'on n'en a point vu d'aussi grande depuis trois mille ans. Pasteur démontra avec toute la rigueur de la méthode expérimentale, preuves, contreépreuves et vérifications les plus variées, que tout individu végétal, chêne ou moisissure, naît d'une graine; que tout individu animal, homme ou infusoire, naît d'un ovule, ou, en une formule unique, que tout individu vivant naît d'un germe; que là où il n'y a pas de germe, il est impossible que là naisse, soit une moisissure, soit un infusoire.

Puisque la matière terreuse, lorsqu'elle n'est pas dépositaire d'un germe, est incapable de donner naissance directement et immédiatement à un être vivant, soit végétal, soit animal, il s'ensuit que la vie ne peut pas résulter directement ni immédiatement de la matière terreuse ; la vie a donc été, à l'origine, un principe.

On a fait à cette conclusion deux objections : l'une tirée des conditions où le globe terrestre a pu se trouver dans l'âge primordial; l'autre, des admirables synthèses opérées par les chimistes dans la moitié du XIX'- siècle.

Première objection^ tirée des conditions particulières du milieu terrestre dans r âge primordial de ta planète.

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— a Durant l'âge primordial delà terre, les conditions du milieu terrestre étaient différentes de celles d'aujourd'hui; il est donc plausible d'admettre que la terre a pu donner d'elle-même, sans germes, nais- ^sanceà des êtres vivants, soitvégétaux, soit animaux. Si aujourd'hui cette génération spontanée ne se fait plus, c'est que les conditions du milieu terrestre ne sont plus les mêmes. »

Telle est l'objection. Elle repose sur une hypothèse absolument gratuite, à savoir, que les lois naturelles durant l'âge enfantin de la terre ont pu être différentes de celles qui régissent le monde contemporain. Or toute la science humaine est fondée sur la constance et l'invariabilité des lois naturelles. C'est guidés par la foi en cette constance et en cette invariabilité que les savants se livrent à leurs recherches. On peut dire que chaque découverte est due à celte foi et qu'en même temps elle la confirme. On peut supposer que, vu les conditions du milieu atmosphérique et terrestre à Tâge primordial, les effets des lois naturelles se soientprodnits avec une intensité dix ou vingt foissupérieure à celle dont noussommes témoins aujourd'hui; cela est possible et même probable, mais cela n'a rien ajouté à la vertu des lois naturelles. De ce que les effets des lois qui régissent la végétation sont mille fois plus intenses à l'équateur qu'aux régions polaires, ira-t-on conclure que leslois végétales sont autres aux pôles qu'a Téquateur? Les lois naturelles sont restées les mêmes; elles n'ont pas aujourd'hui la vertu de fabriquer directement avec un fragment de maiière

terreuse, en rabsence de tout germe, soit une moisisi^uLT, soit un infusoire; elle n'ont jamais eu celte vertu, plies ne l'auront jamais; car elles sont constantes et invariables. Concluons donc que l'objection, lion siHilLirtent ne s'appuie sur aucun fait, mais encore ost en apposition avec le fondement même de la sciflrice, a savoir, la constance et l'invariabilité des lois iiaLurelles; elle est une pure fantaisie.

(le t(ui dans la bouche des savants de cette école rMul rifbjectipn d'autant plus étrange, c'est qu'ils ft'îippuierit précisément et avec raison sur la constance ri riisv;Lriabilité des lois naturelles pour combattre vîtîlorieusement les doctrines des religions révélées u(i Itjs hypothèses des métaphysiques a pnon. Prenons uu exL*njpIe : — Dieu a créé de rien la matière, disent certains théologiens; il la détruira quand il voudra.

— HiiMi nn se perd, rien ne se crée, répondent les îfavaiils . Lavoisier, à la fin du xvm^ siècle, l'a expérinicHiLalriJicnt démontré; la matière n'a pu être créée, eJIeiu* sera jamais détruite ; elle est donc éternelle.

— Adiiirtlons, répliquent les théologiens, que dans les ironditioiis particulières où était le xvni^ siècle, où vhI le K\\'\ où seront probablement un certain nombre \\v Khk'lt^s l'uturs, admettons que rien de la matière ne p\iJss«' su perdre ni être créé ; mais dans les siècles priniirtliaiix, les conditions physiques ont pu être toutes dilliirentcs, la matière alors a pu être créée; (lîins les siècles futurs, les conditions pourront redevenir identiques à celles du commencement des chtssL'b» îilors les Lavoisiers de l'avenir constateront

avec la balance que quelque chose de la matière peut être anéanti ou créé. — Cela est impossible, répondent les savants ; les lois qui régissent la matière au XVIII® et auxix® siècles sont les mêmes qui la régissaient au commencement des choses ; elles la régiront à jamais sans interiniption ni affaiblissement, car elles sont constantes et invariables. La doctrine de la création est donc pour jamais démontrée fausse; la matière est éternelle, i

Par cet exemple, on voit qu'en arguant des conditions particulières du milieu terrestre a Tâge primordial dans le but d'introduire la doctrine de la génération spontanée, les savants de cette école abandonnent le terrain solide, fondamental, de la science, à savoir, la constance et l'invariabilité des lois naturelles; ils se plongent dans les hypothèses gratuites, soit des religions révélées, soit des métaphysiques a priori. Renégats de la méthode expérimentale, ils cessent d'être des savants ; ils ne sont plus que des romanciers fantaisistes.

Seconde objection, tirée des synthèses opérées par la chimie moderne. — La chimie a opéré la synthèse de certaines catégories de la matière vivante; elle a l'espoir légitime d'opérer la synthèse des autres catégories; elle a donc le droit de conclure que la matière vivante dérive directement de la matière minérale; telle est la seconde objection.

Les synthèses artificieiles opérées par les chimistes contemporains sont dignes d'admiration ; les conséquences philosophiques en sont très importantes;

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mais elles laissent intact le fait capital de la vie principe; quant à Porigine. C'est ce que l'examen critique des synthèses accomplies mettra hors de doute.

Nau^ avons vu* que les principes immédiats qui composi3Dt la matière vivante animale (pour se borner M celle-ci) se divisent en deux classes, à savoir, les principes volatils et les principes fixes.

La chimie a opéré la synthèse des principes volatils en vt^rLu de lois générales et de méthodes régu- Kèi-es.

Dans les principes fixes, la synthèse des corps gras a été opérée par Berthelot, mais celle des principes hydrocarbunés et celle des albuminoïdes sont a pdne ébauchées. Admettons que cette synthèse soit également accomplie, bref que le chimiste ait créé artidciellement un morceau de viande comme il a-su fabriquer une portion de graisse. Résultat assurément merveilleux! mais le chimiste aura-t-il réellement créé un indkidu vivant? Non. En effet :

1" Un individu vivant n'est pas un simple assemblage de principes immédiats : il est un système étroitement coordonné, où les organes sont, comme Tu dit Claude Bernard, à la fois autonomes et solidaires, l'ar cela qu'un individu vivant a une former cela seul sufûL pour rendre à jamais inaccessible à Tart du chimiste la création d'un individu vivant.

2*^ L'individu est soumis à la loi de croissance, de période d'état et de décroissance; chez lui la nutrition

i. Voir page 21.

LA MATIKRE. l'ÉNERGIE. LA VIE. L AME 8^^

et la dénutrition agissent simultanément et sans interruption.

Si le chimiste parvenait h fabriquer artificiellement un ^kilogramme de chair, ce morceau de chair, en supposant qu'il fût soustrait h l'action des ferments aériens, conserverait éternellement le même poids; il ne posséderait aucun des caractères distinclifs de la matière vivante, à savoir: l'évolution et la nutrition.

Sous l'action de rélectricité, un muscle artificiel pourrait se contracter, subir dans l'intimité de ses tissus une combustion chimique .et donner de la chaleur, ainsi que le fait le muscle naturel sous l'action du système nerveux; mais au bout d'un certain nombre de contractions, les réserves oxydables du muscle artificiel seraient épuisées; le muscle deviendrait incapable de répondre aux excitations électriques. Au contraire, le muscle naturel de l'individu vivant répare l'usure de la matière au fur et ;i mesure que cette usure se produit ; il conserve sa propriété contractile tant que la vie n'a pas abandonné le système de l'individu vivant. Ce contraste met en lumière l'abîme qui séparerait le muscle artificiel d'avec le muscle vivant, en supposant que la chimie parvînt à fabriquer un muscle.

3^ L'individu vivant se reproduit; on sait quelles sont les conditions et le mécanisme de l'embryogénie. Tant que le chimiste n'aura pas réussi à fabriquer ce que fabriquent les glandes génératrices, à savoir, un ovule et un filament, pour ne parler que du règne animal; puis, tant que ce filament et cet ovule, en

supposant que le chimiste soit parvenu à les créer artificiellement, ne seront pas capables de se féconder mutuellement et de donner naissance h un individu vivant; tant que le chimiste n'aura pas accompli cette série de miracles, il ne pourra pas dire qu'il a tiré directement de la matière terreuse la vie, par conséquent il ne pourra pas affirmer que la vie est un résultat. . Si les synthèses accomplies par la chimie moderne n'ont pas résolu le problème de la vio conformément aux vues des physiologistes pour qui la vie n'est pas un principe, il n'en est pas moins vrai que ces synthèses ont rendu un immense service à la philosophie. Elles ont élagué certaines substances métaphysiques, à savoir, les forces vitales de chaque individu végétal ou animal, pures chimères, qui compliqyaient Iê problème et le rendaient insoluble.

En résumé, trois faits capitaux s'opposent invinciblement à ce que la formation des individus vivanls puisse provenir directement de la matière minérale, quelles que soient les actions chimiques que le milieu ait pujadis exercer; ces trois faits sont les suivants :

i^ Les. formes qu'affectent les individus vivants, soit dans leur tout, soit dans chacun de leurs organes;

20 Les lois dévolution, de nutrition et de reproduction qui caractérisent tous les êtres vivants;

30 La nécessité d'un germe pour qu'un individu vivant apparaisse.

III. La vie est un résultat, quant aux conditions de SON fonctionnement. — A l'instant même ou le premier individu vivant du règne végétal et le premier

individu vivant du règne animal sont apparus, leur organisme est entré en conflit avec les conditions du milieu extérieur. Le conflit vital a déterminé dans l'organisme de chacun des individus vivants deux ordres de phénomènes, à savoir, les phénomènes de destruction organique et les phénomènes de création; ces deux ordres de phénomènes ont été et sont connexes et inséparables. Pour que la vie, principe à l'origine, ait pu se maintenir et poursuivre son évolution, il a fallu qu'elle trouvât dans le milieu extérieur l'humidité, l'air, la chaleur et une certaine composition minérale chimique; ces quatre conditions sont, en effet, nécessaires h son fonctionnement. Tout individu vivant qui ne trouve point dans le milieu extérieur les conditions nécessaires à son fonctionnement est voué k la mort. Il s'ensuit que le maintien de la vie el révolution vitale résultent du conflit de l'individu vivant avec un milieu qui remplit les quatre conditions générales dont nous venons de parler. La vie est donc un résultat, quant aux conditions de son fonctionnement.

ni. — La nécessité d*une cause première.

Les lacunes et les conquêtes de la science contemporaine démontrent la nécessité d'une Cause première. En efl'et :

1® La science moderne, non seulement est incapable d'expliquer les forrhes, mais encore d'émettre sur ce

[loint Tombre même d'une hypothètse; il s'ensuit que rexisterice des formes implique l'existence d'une Cause première,

La théorie de ré\rolulion pour le règne organique réussit bien h expliquerpar la clescemiance, par l'hérédité et par la divergence des caractères, nombre de formes dérivées ■ mais son efficacité se réduit à rattadier ci's formes dérivées A des types antérieurs ([irelle accepte comme point de dùpart. Or c'est précisément sur ces types que la science est réduite au mutisme absolu -

±' La science moderne a démontré qu'à l'origine la matière terreuse est restée en fusion ii,aiée, aune température de 4000 degré?? au moins, pendant des millions d'annéeSj et que par conséquent, lorsque la croule terrestre se fut re froid ie, rien autre chose ne pouvait subsister que la matière minérale.

D'autre [jart, la science modern*^ a démontré que la terre est impuissante à donner spontanément naissance à la moindre moisi:îSure ni un pins humble infusoire; par les travaux de Pasteur, il est, en effet, acquis que le point de départ de tout être vivant est un germe.

Il s'ensuit que T origine de la vie sur le globe terrestre implique rexistence d'une Cause première.

IV, — Le iiroblèiiie iuéiii|ili^>tiqiie.

L RÉSULTAT DE LA ÛÉCOUVKRTE DÈS MICROBES ET DE LElli ilÔLË : SUI*i*lïKSîîR"i\ Dt: LA OKMCKATHiIS SPOiNTANÉE. —

Jusqu'à la seconde moitié du xix^ siècle, maints savants ont cru ou ont pu croire que l'origine de la vie était explicable par la seule action des agents physiques sur la matière terreuse. L'erreur dans laquelle ils étaient se comprend aisément; dans l'antiquité, en l'absence de microscopes, les philosophes n'avaient que leurs yeux pour observer, alors que les germes infiniment petits exigent, pour être vus, des grossissements de milieu deux mille diamètres. Si au XIX® siècle, l'origine terrestre de la vie a pu de nouveau être soutenue, c'est qu'à la puissance des microscopes il fallait adjoindre les précautions de la méthode la plus rigoureuse, les procédés les plus délicats de culture microbienne, les vérifications les plus diverses avec preuves et contre-épreuves, en un mot, toutes les ressources du génie expérimental, lia homme s'est rencontré qui réunissait en lui ces admirables conditions : l'origine terrestre de la vie a été définitivement écartée.

H. Résultat des synthèses de la chimie : suppression des

FORGES vitales, EN TANT QUE SUBSTANCES MÉTAPHYSIQUES. —

En fabriquant artificiellement avec les corps minéraux les principes immédiats volatils et l'un des trois principes fixes, à savoir, le principe gras, la chimie contemporaine a déblayé largement le champ métaphysique ; elle a supprimé, en effet, une multitude d e substances métaphysiques subalternes, à savoir, les forces vitales de chaque végétal et de chaque animal. Or la coexistence de ces substances subalternes avec la Substance suprême soulevait des problèmes secon-

ppplilplpjililll.. I . ...14.

îfcJ LA CAUSE PREMIERE

diures lels qu'ils rendaient insoluble le problème delà Qmse première.

ÏIL JIksultat dils travaux de la physiologie cérk-

BtRALB : SUPPRESSION DES AMES INDIVIDUELLES, EN TANT QUE

SUBSTANCES MÉTAPHYSIQUES. — En démontrant expériinentalemÊnt que l'âme est la fonction du cerveau, la physiologie contemporaine a débarrassé le terrain d'une autre série de substances métaphysiques, à savoirjlGs nmes individuelles, dont la coexistence avec la Substance suprême rendait égalemer^t insoluble le problème de la Cause première.

\\\ LE:î IiEUX TERMES DU PROBLÈME MÉTAPHYSIQUE. —

Les termes du problème métaphysique se trouvent réduits aux deux suivants:

1^' Uno cause première, terme que posent nécessairement Li la fois Texistence inexplicable des formes et l'origine inexplicable de la vie ;

2« La matière-énergie et ses deux modes généraux d'évolution, à savoir:

A. Le mode inorganique, qui comprend tous les modes individuels appelés corps minéraux;

n. Le mode organique, qui comprend tous les modes individuels appelés végétaux et animaux.

- L'ensemble des modes individuels, minéraux, végétaux et animaux, ainsi que leurs évolutions, est connu en philosophie sous le nom consacré de Monde.

V, Comment se pose le problème métaphysique. — Tels sont les deux termes; voici maintenant comment se pose îe problème :

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