‹ La cause première d'après les données expérimentalesChapitre 36 sur 197 · Cl. Bernard, Phénomènes de lu vie, tome I*^ page · texte numérisé non relu

Cl. Bernard, Phénomènes de lu vie, tome I*^ page

II résulte de là que la physiologie déterministe rejette toute intervention particulière dans la manifestation des phénomènes ; il n'y a qu'un enchaînement de causes et d'effets.

Mais par cela que la physiologie déterministe place à l'origine certaines lois préétablies, elle admet ce qu'on appelle, en style mystique, la Providence générale.

IV. Haine des savants contre les causes finales particulières. — Rien n'égale la haine qu'ont les savants contre les causes finales particulières, c'est-à-dire contre cette doctrine qui prétend que la Cause première a façonné chaque être et chaque partie d'un être en vue d'un but; qu'elle a disposé chaque chose dans l'univers et réglé l'apparition de chaque phénomène en vue d'un but; et ce but, la doctrine causefinalière prétend le connaître. Cette doctrine n'est pas autre chose qu'un des aspects de la doctrine de la Providence particulière. En détournant les esprits de la recherche du comment et en les égarant à la poursuite du pourquoi, la doctrine des causes finales a ' fait obstacle à la marche de la science pendant plus de quinze siècles. Aussi les savants regardent-ils comme un malheur que la philosophie de Socrate et de Platon ait détrôné celle de l'École mécaniste des Ioniens et d'Epicure. « Sous l'action de l'école philosophique dont nous parlons, l'esprit scientifique des Grecs commençait à sortir de son long et pénible enfantement. Heraclite, Démocrite, Anaxagore etLeucippe séparant Ja science naissante de la philoso-

phie, se préoccupaient de savoir comment se produisent les phénomènes, et non pourquoi ils se produisent^ Ils tendaient à substituer la poursuite des causes secondes à la vaine recherche des causes premières. C*est contre ces tendances que protestait Socrate et que Platon, son disciple, lutta avec trop de succès. La science physiologique, pas plus qu'aucune autre, n'a rien à faire avec les doctrines platoniciennes; car cellesrci ont repoussé la science. La philosophie de Platon a fait plus de tort à la science que celle d'Epicure*. »

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