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V2 LA CAUSE PREMIÈRE

« Dans les animaux herbivores, le cheval, le bœuf, dans certains rongeurs, le gros intestin présente un vaste repli en forme de cul-de-sac appelé cœcum. Chez rhomme, ce repli n'existe pas, mais il est représenté par un petit appendice auquel sa forme et sa longueur ont fait donner le nom d'appendice vermiforme. Les aliments digérés ne peuvent pas pénétrer dans cet appendice étroit, qui est dès lors sans usage. Mais si par malheur un corps dur tel qu'un pépin de fruit ou un fragment d'os s'insinue dans cet appendice, il en résulte d'abord une inflammation, puis la perforation du canal intestinal, accidents suivis d'une mort presque certaine. Ainsi nous sommes porteurs d'un organe qui non seulement est sans utihté, mais qui peut devenir un danger sérieux^ »

2<^ Chez les oiseaux, Tembryon a un système dentaire complet ; Toiseau adulte a un bec corné.

L'aptéryx, oiseau de la Nouvelle-Zélande, a une aile qui ne lui sert à rien.

3^ Chez les reptiles, un lobe du poumon des serpents est rudimentaire.

Puisqu'il existe des organes sans fonction, c'est que l'organe n*a pas été créé pour la fonction.

D'un autre côté, ces faits trouvent leur explication dans un type idéal d'organes préétabli ; l'adaptation au milieu où vit l'animal et le manque d'exercice suivi d'atrophie expliquent naturellement les déchéances

1. Ch. Martins, De Tunité organique (Revue des Deux-Mon^ des, 15 juin 1861).

de certains organes. Quoique la fonction ait disparu, l'organe survit encore, soit temporairement, soit en permanence, décelant par sa présence un plan originel, où le système des organes est préétabli.

En résumé, les objections des analomistes sont dirigées contre la fonction cause finale de l'organe ; mais loin de contredire le plan organique, elles l'affirment et môme s'en servent pour combattre le finalisme des fonctions.

EXAMEN CRITIQUE DE LA THËOHlË DES AXATOMISTES

Les objections des anatomjstes so.nt valables contre toute cause finale intervenant dans la structure particulière de chaque individu, mais non contre les causes finales ayant présidé a la conception du type idéal DE STRUCTURE. — Il faut avoucr que l'argumentation des anatomistes est d'une très grande force, et que l'explication qu'ils donnent, soit de la pluralité des fonctions pour un même organe, soit de l'atrophie ou de l'inutilité de certains autres organes, entraîne irrésistiblement la conviction. Cependant cette argutnentation semble valable plutôt contre une intervention particulière de la cause efficiente à la naissance de chaque être que contre la pensée directrice initiale qui a présidé au plan originel, au dessin primordial. En style théologique, on dirait: « Les anatomistes re^ jettent la Providence particulière, mais ils acceptent la Providence générale. Or la Providence générale

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est, en philosophie scientifique, l'ensemble des lois naturelles ; parmi celles-ci sont les lois biologiques, le plan organique.

Reprenons les faits objectés par les Anatomistes, On comprend très bien que le manque d'exercice et l'influence permanente d'un certain milieu aient amené chez plusieurs animaux l'altération ou l'atrophie et même la perte de l'œil ; puis, que l'hérédité ait fixé cette anomalie dans un genre entier. Mais par cela môme qu'on explique la perte d'un organe, on avoue que cet organe existait dans le plan primitif; que les crabes aveugles et les Galathodes, par exemple, avaient des yeux tout aussi bien que les autres crustacés. Alors la question se pose ainsi : Est-il possible de concevoir que l'œil ait été conformé pour autre chose que pour la vision?

L'exemple du 4^ tronçon du membre antérieur n'est pas, au sujet de la pluralité des fonctions, aussi probant qu'il en a l'apparence. S'il est vrai que ce tronçon terminal sert, ici à saisir, là à marcher, ailleurs à voler ou à ramer, ces quatre fonctions sont loin d'être aussi radicalement différentes qu'on veut le dire. Au fond, saisir, marcher, voler et ramer ne sont que quatre modes particuliers d'une même fonction, le mouvement. De ce que l'homme, peu avancé dans la connaissance des choses naturelles, a tout d'abord attribué au 4« tronçon le mécanisme particulier de saisir, à l'exclusion des autres modes du mouvement, il ne s'ensuit pas que l'ignorance de l'homme doive être éiigée en argument contre les finalités du plan

organique primordial. Ce qui serait un argument sans réplique, ce serait de prouver qu'un organe a deux emplois tout à fait opposés* ; de prouver, par exemple, que l'œil, non seulement voit, mais qu'il odore ou qu'il entend ; percevoir les odeurs ou les sons n'a rien de commun avec percevoir la lumière et les images. Voilà ce que les anatomistes n'ont pas démontré. Par conséquent si l'organisation de l'œil est faite exclusivement pour la vision, il n'est pas absurde d'induire que, dans le plan organique, l'intention de faire percevoir la lumière et les images à l'être vivant a dicté l'arrangement des par-, ties oculaires et qu'ainsi à l'origine, mais à Vorigine seulement, la fonction a été la cause finale de l'organe.

Au demeurant, les anatomistes refusent à la fonction d'être le but en vue duquel a été fait l'organe, mais ils acceptent l'unité de plan ; ils rejettent la finalité d'usage, mais ils admettent la finalité de plan. Une école physiologiste rejette les deux finalités : elle nie qu'il y ait un plan préconçu et préordonné ; tout

4. Il semble qu'il y ait des exemples ; en voici un : la face interne de la -cavité du polype digère; si on retourne le tube comme un doigt de gant, la face interne devient externe ; alors elle respire. Mais dans le polype, il n'y a pas division du travail physiologique ; dans ces organismes confus, c'est d'ans une place et non dans un appareil spécial qu'est localisée la fonction. Chez le polype, la fonction respiratoire est dans la place externe, et la fonction digcstive dans la place interne. Notons enfin que les deux fonctions respiratoire et digestive sont des fonctions chimiques.

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ce qui est actuellement, végétaux et animaux, dérive de révolution d'une cellule; la cellule elle-même n*est que la première détermination physiologique d'une substance amorphe, le protoplasma.

troisième: section : THÉORIES DES PHYSIOLOGISTES

Préliminaires.

Les solutions que, dans la série des siècles, les .physiologistes ont données du problème des causes finales sont en correspondance avec celles qu'ont données les systèmes de philosophie. Rien d'étonnant à cela; chaque savant, en effet, apporte à interpréter les faits naturels une tendance en corrélation, soit avec son éducation première et le milieu où il vit, soit avec le nombre et la précision plus ou moins grande des faits donnés et définitivement acquis à la science. Chacune des interprétations données au Finalisme, soit par les philosophies, soit par les physiologies, a encore aujourd'hui des partisans. En faire l'exposé dans une notice très sommaire aura le double avantage de poser nettement le problème sous ses faces diverses et d'en préparer la solution.

I. A. Philosophie spiritualiste et religions spiritua- LTSTES. — Toute philosophie spirituahste et la plupart des religions admettent deux substances, Tune spirituelle et l'autre matérielle, Dieu et le Monde. En omettant la question de création qui est inutile au

débat, philosophies dualistes et religions s'accordent pour proclamer deux choses :

!« Dieu gouverne le monde parles lois générales; c'est ce qu'on appelle la Providence générale ;

2» Dieu intervient particulièrement dans les affaires du monde, soit par intermittences, soit continûment . c'est ce qu'on appelle la Providence particulière.

Par cela qu'elles voient la main de Dieu partout, les philosophies dualistes et les religions voient partout des causes finales. Expliquant tous les phénomènes par des causes finales, elles regardent comme peu utiles d'en rechercher les causes physiques.

B. Physiologibs animiste et viTALiSTE. — L'auimisme, créé par Stahl, médecin bavarois né à Anspach, a régné de 1660 à 1734.

Le vitalisme, créé plus tard par le médecin français Barthez, né à Montpellier, a régné de 1734 à 4806. 11 compte encore quelques partisans.

1» U Animisme regardait l'âme, anima, comme le principe même de la vie. La vie est pour Stahl un des modes du fonctionnement de l'âme. C'est son acte vivifique. L'âme immortelle, force intelligente et raisonnable, gouverne la substance corporelle, la met en mouvement et la dirige avec intelligence vers un but poursuivi. L'âme agit directement et sans intermédiaire sur* les organes. Elle fait circuler le sang, battre le cœur, sécréter les glandes, contracter les muscles et s'exercer toutes les fonctions. C'est l'âme qui est l'artisan et le constructeur du corps. Si Tharmonie est troublée, si la maladie survient, r'^st que

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l'âme n'a pas rempli ses fonctions, ou n'a pu résister efficacement aux causes extérieures de destruction;

2® Le Vitalisme est un dédoublement et une correction de l'animisme, dont il émane. L'école de Montpellier (Barthez, Bordeu) rejette l'âme de Stahl, elle enseigne que le principe de la vie est distinct de lame et du corps, mais cette force vitale est, comme l'âme de Stahl, un principe recteur dont l'unité donne la raison de Tharmonie des manifestations vitales ; il agit en dehors des lois de la mécanique, de la physique, de la chimie *.

La physiologie animiste et vitaliste admet donc l'intervention générale et l'intervention particulière incessantes d'un principe distinct et surnaturel : c'est le transport à la physiologie de la doctrine philosophique et religieuse de la Providence générale et delà Providence particulière.

IL A. Philosophie matérialiste. — La philosophie matéraliste, qui dans l'antiquité eut pour chefs Démocrite et Epicure, n'admet pour l'explication de Tunivers que la matière et le mouvement. Leur système mécanique, tout système mécanique, par cela qu'il n'emploie que les causes immédiates, rejette toute intervention, soit générale, soit particulière, de la cause premièi*e.

11 est bon de noter que Descartes et Leibniz, s'ils séparent l'âme du corps, Dieu du monde matériel.

1. Claude Bernard, Phénomènes de la vie, tom II, p. i26- 427, ai Science expérimentale, ^ages 155-157.

LES CAUSKS FINALES 109

n'en expliquent pas moins le corps et le monde par la matière et le mouvement.

B. Physiologie matérialiste. — La physiologie matérialiste, dont le chef en France dans la seconde moitié du xix^ siècle a éjé Charles Robin, explique les corps, leurs propriétés et leurs fonctions par l'évolution, en s'appuyant sur le principe des conditions d'existence. Pour écarter définitivement toute cause surnaturelle, elle admet la génération spontanée. Il n'y a pas de plan organique et par conséquent ni but ni moyens; il n'y a qu'un enchaînement de causes et d'effets. Toute intervention générale ou particulière d'une cause efficiente supérieure au corps vivant est absolument rejetée.

III. A. Philosophie intermédiaire*. — Entre les doctrines qui admettent la Providence générale et la Providence particulière et les doctrines qui les rejettent toutes les deux, il en est une qui prend une position intermédiaire: elle rejette la Providence particulière; elle admet la Providence générale. D'ordinaire cette doctrine appartient aux philosophes désignés sous le nom impropre de déistes, lesquels reconnaissent une Cause première distincte du monde et s'en tiennent là. Cependant elle appartient aussi à des philosophes panthéistes, tels que les stoïciens. Le père Malebranche, l'un des plus sublimes esprits du xvii® siècle,

1. Je me sers du mot intermédiaire, faute d'un autre plus précis, pour désigner les doctrines qui, bien que divisées sur la question d'un Dieu immanent ou transcendant, s'accordent toutefois à rejeter la Providence particulière.

ainsi que l'appelle Bayle, et l'un des pins grands écrivains qu'ait eus la France, n'admet que la Providence générale ; il rejette presque avec indignation la Providence particulière, les miracles et la prière comme étant des insultes à la sagesse de l'auteur des lois stables, constantes et parfaites qui régissent la nature (Méditations 7^ et S^). Si l'on remplace l'expression mystique « providence générale » par l'expression scientifique « ensemble des lois naturelles », cette doctrine peut être acceptée par tous les philosophes, quelle que soit leur théorie sur la Cause première, immanente ou transcendante.

B. Physiologie détermilniste. — La physiologie déterministe part de ce principe que dans toute science expérimentale on ne connaît pas autre chose que les conditions physico-chimiques des phénomènes; que le rôle de la science consiste à déterminer ces conditions; de là le nom de déterminisme donné à cette doctrine. « Le déterminisme fixe les conditions des phénomènes, permet d'en prévoir l'apparition et de la provoquer lorsqu'ils sont à notre portée *. »

Le chef de cette école, Claude Bernard, résume de la manière suivante les deux conclusions auxquelles aboutit le déterminisme physiologique :

10 11 y a des conditions matérielles déterminées qui règlent l'apparition des phénomènes de la vie;

2» Il y a des lois préétablies qui en règlent l'ordre et la forme\

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