Voir Paul Janet, Les Causes finales, p. 156 et suivantes
LES CAUSES FINALES llo
L'œuf ne renferme pas Tanimal entier en puissance, laquelle passerait en acte après la fécondation, comme le soutient lÉcoie allemande de Millier. En elTet :
1^ La théorie du protoplasma a démontré que la base physique de la vie est amorphe ;
2® La théorie de Tépigénèse démontre que dans Tœuf fécondé lanimal n'apparaît pas, tout entiec en miniature aussi petite que Ton voudra ; au contraire, les organes se forment pièce à pièce, par une addition extérieure, et naissent l'un après l'autre ; ce n'est donc pas le tout qui précède les parties, ce sont les parties qui précèdent le tout. Or dans Thypothèse d'un plan primordial, c'est le tout, le système total, qui doit précéder les parties. La théorie du protoplasma et celle del'épigénèse excluent donc toute préformation, tout emboîtement, tout plan primordial;
3<> Cette démonstration directe est confirmée indirectement par l'existence des monstruosités. En effet, il se produit souvent des monstres; les monstres vivent. Or s'il y a un plan primordial, il faudra admettre que la Cause intelligente a médité, arrangé et réalisé le plan d'un monstre aussi bien que celui d'un être parfait : cela est contradictoire avec l'hypothèse même d'une Cause intelligente, laquelle serait à la fois intelligente ipoiT le plan préconçu d'un être parfait, et stupide par celui d'un monstre.
Conclusion. — Il n'y a donc pas de plan primordial; il n'y a nulle trace de but préconçu ni de moyens pour atteindre ce but ; il n'y a que des conditions d'existence, des causes et des effets.
II. L'appropriation des organes aux fonctions s'explique PAR LA DIFFÉRENCIATION DES TISSUS VIVANTS ET PAR LEUR
contiguïté. — Il n'est pas besoin d'un plan primordial pour expliquer l'appropriation des organes aux fonctions; cette appropriation s'explique naturellement par la différenciation de& éléments anatomiques et par la contiguïté des tissus vivants. En effet, les éléments anatomiques se différencient l'un de l'autre et s'individualisent; leur individuation détermine la place qu'ils occuperont dans l'organisme ; ainsi est expliquée la diversité des organes et la diversité des fonctions. Quant au concert et à l'harmonie de l'ensemble des tissus de Tétre vivant, ils sont expliqués par leur contiguïté. L'activité de l'un suscite l'activité du voisin, et ainsi de l'un à l'autre dans tout le système. C'est ainsi que l'activité du balancier suscite de proche en proche l'activité des rouages les plus divers du système qu'on appelle une horloge.
Conclusion. — La di versité des organes et des fonctions s'explique par la différenciation des tissus ; le concert et l'harmonie des organes s'expliquent par la contiguïté; il est donc inutile d'avoir recours à l'hypothèse d'un plan primordial.