CHAPITRE III
RAPPORTS DES GROUPES D'ETAES LES UNS AVEC LES AUTilES
La théorie des causes finales a été appliquée non seulement à l'individu, structure et fonctions {finalité interne des philosophes), mais encore aux groupes entiers dans leurs rapports les uns avec les autres. On a soutenu que les végétaux avaient été créés pour nourrir les animaux herbivores; les herbivores, pour nourrir les carnivores; enfin que tout dans la nature avait été fait pour l'homme; bref, que l'homme était le centre de la création. Ces points de vue constituent ce qu'on appelle en philosophie la finalité externe. Les littérateurs cause-fînaliers les ont développés sous le nom d'harmonies de la nature ou harmonies providentielles.
PREMIERE SECTION : THEORIE DES IIADMOMES ENTRE LE RÈGNE VÉGÉTAL ET LE RÈGNE ANIMAL
ï. RESPIRATION. — La respiration des animaux
PRODUIT DE l'acide CARBONIQUE ; CELLE DES VÉGÉTAUX PRO- DUIT DE l'oxygène. — 1*^ Les animaux, par la respiration, consomment de l'oxygène; cet oxygène dans l'organisme brûle le carbone; l'acide carbonique formé est exhalé par l'expiration. Comme l'acide carbonique est un gaz irrespirable, il s'ensuit que les animaux empoisonnent l'air ;
2» Les végétaux décomposent l'acide carbonique, fixent le carbone et mettent l'oyygène en liberté. Il s'ensuit que par cette réduction * les végétaux purifient l'air empoisonné par les animaux.
II. ALIMENTATION. — Le végétal fabrique les aliments; l'animal les reçoit tout formés. — 1» Le végétal seul fabrique les principes immédiats, albumine, graisse, amidon, sucre; il les fournit directement à l'animal ;
2<> L'animal reçoit directement tout formés les principes immédiats; puis il les consomme ou brûle ^
1. En chimie, la séparation de l'oxygrne du corps avec lequel il est combiné s'appelle une réduction.
La combinaison de l'oxygène avec un corps s'appelle une oxydation, et vulgairement une combustion.
A réduction correspond le verbe réduire; à combustion, le verbe brûler,
2. Discussion mémorable à l'Académie des sciences de18i3- 4847. Mémoire de Paycn cherchant à établir que les matières
Celte opposition harmonique entre les fonctions des deux règnes a été développée par Dumas et Boussingault dans leur théorie de la circulation matérielle. D'après ces deux illustres savants, l'organisme animal est incapable de former aucun des principes qui entrent dans sa constitution. Graisse, albumine, librine, amidon, sucre, tout lui est fourni par le règne végétal. L'alimentation des animaux n'est que la mise en place des matériaux uniquement élaborés par les plantes. Le lait sécrété par l'herbivore, la caséine, le beurre, le sucre, doivent se retrouver, poids pour poids, dans les herbages dont il fait sa nourriture.
Ces idées sont rassemblées et formulées dans le tableau suivant :
Un végétal
i^ Fabrique les matières sucrées, grasses, albuminoïdes ;
2o Réduit l'acide carbonique avec dégagement d'oxygène;
•if^ Absorbe delà, chaleur;
Âo Est immobile.
Un animal
i^ Consommelesmaiiières grasses, sucrées, albuniinoïdos ;
2'> Produit de l'acide carbonique avec absorption d'oxygène ;
30 Dégage de la chaleur;
40 ^s^ meut.
^^rassfts, lesquelles existent en plus ou moins grande abondance dans lous les êtres vivants, se forment exclusivement dans les plantes, et qu'elles passent toutes formulas dans les animaux.
Dumas a donné une formule plus absolue encore en énon-. rant cette règle générale : « Les animaux, quels qu'ils soient, ne font ni graissi', ni aucune matière organique alimentaire; ils empruntent tous leurs aliments, quels qu'ils soient, sucrés, amylacés, gras ou azotés, au règne végétal. »
Voir Claude Bernard, Phénomènes de la vie, tome 11^ pages 21-28.
11 résulte de la théorie dualiste que :
1» Les végétaux sont des appareils de réduction, de fabrication ou de synthèse organique ;
2^ Les animaux sont des appareils de combustion, de destruction ou d'analyse organique.
Les phénomènes de destruction vitale sont donc entièrement séparés des phénomènes de création vitale. La création organique appartient aux végétaux; la destruction organique aux animaux. Telle est la théorie du dualisme harmonique du règne végétal et du règne animal.