DE L'OPPORTUNITÉ DES VESICANTS OU AUTRES CORPS
« Lorsqu'on veut, dit Solleysel, que le feu pénètre et résolve une enflure, il faut, le feu étant donné, passer avec un pinceau, de l'esprit de vitriol deux ou trois fois : il fera agir le feu et concentrera sa chaleur: laisser imbiber avant d'y mettre la ciroïne ; les escarres tomberont plus nettes et plus tôt, et le feu fera un plus grand effet. »
La pratique moderne a renoncé à des moyens complémentaires de la cautérisation aussi énergiques. mais guidée par le même principe, elle leur a substitué soit des applications vésicantes, soit des onctions anodines et calmantes, suivant que l’on se propose d’ajouter à l’action du feu ou d'en atténuer les effets. Quelle est la valeur de ces moyens : y a-t-il lieu de les recommander ou de les proscrire ?
Considérons séparément ces deux ordres d'agents si distincts par leurs propriétés opposées, calmantes ou irritantes :
A) Applicalions de topiques irritants, — Le but que
l’on se propose généralement en appliquant un vésicant sur une surface cautérisée, immédiatement après l’action du cautère, est de rendre le feu moins apparent en complétant son action modérée par des topiques susceptibles de produire des effets analogues aux siens, dans les parties profondes, sans laisser, comme lui, des traces trop marquées sur la peau. On peut donc ainsi éviter les tares, tout en conservant les avantages d’une cautérisation suffisamment intense.
Sur les chevaux de courses, les lésions sont parfois si prononcées, que la cautérisation ignée doit produire l'effet primordial, laissant au vésicatoire le rôle d’adjuvant
B) Application des corps gras. — En employant sur une surface cautérisée les substances grasses, simples ou servant d’excipient à des agents médicamenteux, on se propose un double but : d’abord calmer l’irritation des parties ayant subi l’action du calorique, et ensuite de « s'opposer à la sécheresse trop grande des escharres, et de prévenir les crevasses et le fendillement de la peau ». C’est ce dernier résultat qui éngagea Renault à préconiser l'usage des onctions grasses immédiatement après la cautérisation : elles auront cet avantage d’assouplir lu peau desséchée, de la rendre plus extensible et de prévenir l'apparition des crevasses : maïs ce but si rationnel que l’on se propose se heurte à des inconvénients dont le plus fâcheux fut signalé par Fabre,
de Genève : au moment de l’afflux séreux, au niveau
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de la surface cautérisée, la peau encore sèche et raide ne se prête que peu à la distension : ainsi, les sillons creusés par le cautère n’éprouvent qu’un très petit élargissement : il est d’ailleurs manifeste que dans 1a huitaine qui suit l'opération, il s’agit d’un feu de tendons antérieurs, nous constatons un engorgement du genou et du canon dans le feu en pointes, mais que dans le cas d’une cautérisalion transcurrente, si l’engorgement intéresse l’avant-bras et le genou, il distend à peine la région du tendon. Que va-t-il se produire si la peau se prête, grâce aux applications grasses, à la pression de la sérosité accumulée sous elle : l’épiderme pénétré de matières grasses, les escarres ramollies, n’opposent aucune résistance; les raies s’élargissent et offrent une surface de cicatrice plus étendue, d’où tares plus apparentes.
Gourdon donna une démonstration parfaite de ces phénomènes par des expériences comparatives et concluantes : ayant appliqué un feu en raie sur une surface du corps à peau fine, il enduisit la moitié de populeum et laissa l’autre partie sèche. Les escharres de la portion sèche conservèrent leur régularité et leur rigidité. Elles se délachèrent sans suppuration el, vers le vingtième jour, tout était rentré dans l’ordre sur la partie recouverte de populeum, les escharres sé boursoufflèrent, la suppuration apparut, et vers le quarantième jour seulement, elles commencèrent à se former, irrégulières, et deux fois plus larges que . celles de la surface sèche.
Les corps gras agissent sur la peau comme suppu-
ARS. : Pre
ratifs. D'une part, ils favorisent l’afflux du sang, en permettant aux capillaires de se dilater. En pénétrant l’épiderme, ils s'opposent à une union entre l’escharre et le tissu en voie de formation, enlevant à ce dernier son revêtement protecteur, grâce auquel doit s’opérer une cicatrisation sous-crustacée : c’est la formation du pus, dû à la dénudation prolongée du corps papi!laire qui ralentit la cicatrisation e{ la rend moins parfaite.
L'emploi de l’onguent basilicum, ce dont on pourrait nous faire grief, semble donc erroné : le basilicum est un suppuratif, mais également un modificateur des tissus malades et de leur sécrélion : c’est à la térébenthine qu'il doit son action dont la première qualité est d'être cicatrisante.