‹ La CavalièreChapitre 14 sur 24 · CAVAL1BRE · texte numérisé non relu

CAVAL1BRE

quelques mouches habilement placées, l’éclat déjà trop éblouissant de son teint.

Ce fut comme pour les rubans et pour les fleurs. L’épouse n’y allait jamais de main morte. En un clin d’œil, la vaste rotondité de ses joues fut criblée de taches noires, et pourtant aucun roué n’accourut, personne n’escaladait son balcon.

Elle songeait (avec l’accent) :

— Gu* Go**/ Les Parisiennes, ces maigres sauterelles, m’ont jeté un sort! Voilà ce blond là-bas : c’est M. de Chastellux ; je préfère beaucoup les hommes comme lui... Et ce brun, c’est M. de La Faille... Je préfère bien... mais je les préférerais tous, excepté mein herr Eoboam, pour le sentiment, les soupirs et les petits billets !

— Comprenez! s’interrompit-elle en un soudain élan d’espoir. M. le marquis de Romorantin

est l’homme de confiance de mein herr Ro-

boam. Il pourrait... Mais non. Cette cour est un enfer! C’est dans les rangs les plus humbles qu'on trouve la sincère et vertueuse affection. J’irai au sein des campagnes fleuries : c’est plein de villageois candides, qui... Ah ! savez-vous !

Elle poussa soudain la plus jolie exclama-

tion de tous les Pays-Bas. Son regard charmé s’arrêtait sur un bon gros garçon, campé solidement sur de fortes jambes, de l’autre côté de la rue. Ce gros garçon, coilfé du toquet lorrain, d'où s’échappait une forêt de cheveux fauves, vêtu d’une veste neuve en futaine, et armé d’un parapluie de coton bleu qui était un véritable monument, contemplait l’épouse d’en bas, les yeux tout ronds d'admiration et la bouche ouverte.

Le cœur de l’épouse battit. C'était bien manifestement le dieu hollandais, présidant aux sentimentalités champêtres, qui lui envoyait cette aubaine.

Elle sourit. Elle fit miroiter sa boîte d’or aux rayons du soleil, elle se moucha dans mille écus de broderies, elle remonta sa rivière de diamants et déplia son éventail malgré la bise.

Nicaise, car c’était Nicaise, le propre fatout de la grande Hélène, qui se promenait ainsi si loin du Lion-d’Or, Nicaise ouvrit une large bouche, meublée de trente-deux dents éclatantes, et dit avec conviction :

— Elle est cocasse tout de même, la bourgeoise!

L’épouse sourit et se rengorgea, ce qui fit onduler tout le jardin de sa coiffure.

— Et bien avenante aussi ! ajouta Nicaise.

Elle s'est fagotée comme ça à cause du carnaval, censé : c’est une déguisée 1

Ayant ainsi pensé, il fit un pas vers le balcon, ôta son toquet d’une main et appuya l’autre sur la pomme de son parapluie :

— Ohé 1 la bourgeoise! cria-t-il d’une voix retentissante. C'est-il chez vous que reste M. Ledoux de chez nous?

— Je ne suis pas une bourgeoise, mon ami, répondit l'épouse, d'un ton de condescendante affabilité ; bien au contraire. Mais on ne parle pas ainsi dans la rue, comprenez-vous?

— Alors, pardon, excuse... commença Nicaise.

— Du tout, point I J’honore les villageois :

ils ont le cœur pur. Frappez à la porte de mon hôtel et demandez en bas M me la comtesse. Nous allons causer tous deux de ce M. Ledoux.

Elle rentra. Nicaise fit une cabriole sur le pavé et jeta en l’air son parapluie qu’il rattrapa fort adroitement, disant :

— C’est fini pour la poule mouillée, bêta et tout! Je m’ai formé! Les voyages, ça vous fait un garçon ! Du premier coup, v’ià que j’ai mon affaire!

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