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CHAPITRE XVI

COMMFTtT ET OU LA CAVALIÈRE AVAIT CACHÉ LE ROI

L’audience accordée à M. le lieutenant de police fut longue et laissa le régent de France soucieux. Mylord ambassadeur d’Angleterre ne fut point reçu ce jour-là au Palais-Royal.

— Maraud, dit Philippe d’Orléans à l’abbé Dubois, qui venait quérir de ses nouvelles, j’ai fait pendre un voleur qui était un peu mon cousin ; je ferais rouer vif un assassin, souviens-toi de cela, fût-il mon fils ou mon pèrel Répète ceci à mylord comte Stair.

M. d’Argenson vient de me raconter une honteuse histoire où l’ambassadeur d’un grand pays est mêlé à un Roboam Boër et à un Piètre Gadoche! Si mon cousin le roi George fait alliance avec Cartouche, il n’a plus besoin de moi, Je suis mécontent. Que tout mardis

droit, coquin, ou tu auras les deux oreilles coupées, et le cou ! Va-t’en!

L’abbé sortit la tête basse. Le régent se mit à table de méchant appétit. Mais, quand vint le soir, Philippe d’Orléans, l’œil rouge et la joue livide, s’appuya sur l’épaule de l’abbé pour gagner la petite porte de l’Opéra. Tatibieu! le monde avait marché! Ce bon lord Stair était dans sa loge, baragouinant le français avec une demi-douzaine d’abandonnées. Etait-il bien l’heure de parler morale, tout exprès pour troubler la paix de l’univers?...

Lady Mary Stuart, cependant, reprenant son carrosse au sortir du Palais-Royal, avait regagné l’hôtel de Lauzan , où elle faisait sa résidence. L’hôtel de Lauzan était situé au quartier de la Fronde, comme on appelait encore en ce temps ce coin du vieux Paris compris entre les rues du Roule, Saint-Denis, de la Ferronnerie et le quai de la Mégisserie. Il s’élevait à l’endroit même où le prolongement de la rue de Rivoli coupe aujourd’hui la rue des Bourdonnais élargie, remplissant d’air et de soleil cette forêt de masures et de palais où jadis on coupait la bourse des voyageurs égarés en plein midi.

Honoré-Martel Goyon de Matignon, premier

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marquis de Lauzan , l’avait acquis des héritiers de ce fameux conseiller Blancmesnil que les mémoires « pour servir à l'histoire de France » et les almanachs édités « par une société de gens de lettres et de savants » ont fait presque aussi illustre que le bonhomme Broussel lui-même 1

C’était un grand bâtiment de bel aspect et qui fit depuis très-bien l’affaire d'un roulage pour la France et l’étranger. Paris ne se gêne pas beaucoup avec ses palais. Sur dix de ces châteaux urbains qui foisonnent encore dans le Marais, il y en a neuf, pour le moins, qui sont occupés par l’industrie.

Une particularité que nous ne devons point passer sous silence, c’est que 1’hôtel de Lauzan avait un mur mitoyen avec l'ancien hôtel de Besmes, habité alors par le président de Paulmy, frère puîné de M. d’Argenson, lieutenant de police. Ce voisinage, on le comprend, permettait à la police d'exercer sur la maison do lady Mary Stuart une surveillance incessante, qui ne blessait nullement les convenances.

Paris, en vérité, se montrait assez galant avec la Cavalière ; la cour et la ville s'occupaient d'elle considérablement ; une semaine encore, elle allait passer à l’état de curiosité

officielle et rassembler les badauds derrière son carrosse.

On l’avait vue partout, brillante et belle comme un astre, escortée par les meilleures étoiles de la mode, La Fare, Nocé; le jeune duc de Medina-Torrès, qui jouait de la rouerie en virtuose; le vieux duc de Noailles, qu'on appelait « le mâle de Ninon » à cause du miraculeux état de conservation où s’empaillait sa joyeuse vieillesse ; Pepoli, qui voulait être doge ; Liechsteinstein, qui régnait sur vingt-cinq mille âmes et mangeait cinquante millions do livres tournois par an; Argyll, le puritainchevalier; Caraccioli, le nonce batailleur, et M. Law lui-même, John Law de Lauriston, le grand Law, le soleil, le dieu.

Le régent était fou d’elle, on le disait , et rien ne semblait plus probable de la part de Ce cœur d’amadou. Elle avait ébloui un jour les parterres séditieux de ce palais de Sceaux où M n ° de Launay dépensait tant d’esprit à divertir la fille naine du grand Condé ; le lendemain, elle resplendissait au Luxembourg, tout étonné d’entendre les jurons de Riom, car la duchesse de Berry livrait impudemment les tapis de Marie de Médicis aux bottes crottées de ce cent-suisse»

Là, comme ici, la Cavalière avait été reine de beauté.

Mais ce n’est pas assez, vous pensez bien, pour mettre Paris en fièvre. De tout temps, Paris fut si riche en fait de beautés. Il faut autre chose.

Autre chose y était. Cette flère et charmante créature était complète à ce point de vue romanesque qui soulève les grandes vogues. Rien ne lui manquait. Elle avait son roi.

« Son roi ! » son mystère, le chevalier de Saint-Georges, caché dans une cave aujourd’hui et qui demain pouvait s’asseoir sur le trône d’Angleterre. Notez que Philippe d’Orléans avait beau s’ingénier: Paris, français et catholique, ne se prenait pas d’une passion bien vive pour ce Hanovrien accusé de cruautés si froides et dont la seule gloire était de tenir haut le drapeau de la foi protestante:

Paris n’aime ni les maris féroces ni les maris trompés ; le roi George était l’un et l’autre à la fois : George Barbe-Bleue et Georges Dandin.

Où l’avait-elle mis, son roi, la Cavalière?

C'était un prestige, une féerie. Le chevalier de Saint-Georges avait disparu comme par enchantement, à l’heure même où son pied touchait le pavé de Paris.

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Avec le voisinage de ce terrible hôtel de Paulmy, qui avait cent yeux déplus qu’Àrgus, avec les intelligences que le comte Stair, au vu et au su de tout le monde, se ménageait à prix d'argent dans la domesticité de lady Stuart, autant eût valu une maison de verre.

Il n’y avait pas, dans tout ce vaste édifice, un trou de souris où cacher le roi.

Où était le roi?

Chaque matin, Roboam Boër se posait ce problème, et Piètre Gadoche, marquis de Romorantin, faisait de loyaux efforts pour le résoudre.

Où était le roi? le roi de la Cavalière? ce roi qui n’avait pas de couronne, mais qui, en définitive, valait un million sterling?

Voilà ce que disait Paris, qui n'y va jamais par quatre chemins quand il s’agit de résoudre des problèmes. Paris disait que la Cavalière avait mis son roi en sevrage au Palais- Royal. Le régent, madré compère, achetait ainsi son plaisir à bon compte, et par-dessus le marché faisait enrager à la fois le comte Stair et son maraud d’abbé Dubois.

Outre ce pauvre M. d’Argenson, qui était sur les dents!

On citait la partie du palais, morbleu ! l’aile,

le corridor, la chambre où le régent prêtait un lit à Jacques Stuart.

Allons donc! répondait cependant Paris, un autre Paris, car ils sont beaucoup de Paris dans Paris. Billevesées que tout cela! Fadaises! lanternes 1 Le carrosse de la Cavalière a un double fond comme le gobelet des escamoteurs florentins. Le roi est trop délicat pour vivre à la cave. On le promène la nuit et le jour dans son double fond, tout tapissé de dentelles blanches et de satin rose !

Un troisième Paris parlait d’une cachette bien commode, située au sommet des tours de Notre-Dame. Les chanoines n’avaient pu en refuser la clef.

Un quatrième Paris causait d’un mystérieux bateau qui était on ne savait où, sur la Seine.

Un cinquième racontait que, la nuit, un convoi de marmitons quittait l’hôtel de Lauzan, portant des plats couverts, des réchauds, des bouteilles, et allait au quartier de Gentilly, où sont les bouches des catacombes.

Un sixième... le croiriez-vous? M. d’Argenson avait une maîtresse, hélas! oui, et qui coûtait bon à ce magistrat honorable ! Le sixième Paris prétendait que le double fond n’était pas dans le carrosse, mais bien dans le propre bou-

doir de la maîtresse de M. d’Argenson. Que voulez-vous! Quand Charenton sera assez grand, on y mettra Paris. Patientons jusque-là.

Eh bien ! chose singulière, c'était le sixième Paris qui, tâtonnant ainsi à perte de vue, approchait le plus près de la vérité vraie ; et de la police de M. d’Argenson, la police du comte Stair et la police du brave mein herr Roboam n’y voyaient que du feu, c’est qu’elles cherchaient bien loin ce qui était tout près peut-être.

Il pouvait être deux heures de l’après-midi, quand lady Mary Stuart, quittant le régent, rentra en son hôtel par la porte particulière qui donnait accès dans ses appartements privés. Sa fille de chambre lui dit que « ces messieurs » étaient au salon.

Par « ces messieurs, » on désignait, à l’hôtel de Lauzan, Raoul de Chateaubriand-Bretagne, le baron de Douglas, Harrington, Erskine, Drayton, etc., tous les fidèles. Ils venaient chaque jour prendre les nouvelles du roi et ses ordres; mais aucun d’eux, et ils s’en plaignaient amèrement, aucun d’eux, excepté Raoul peutêtre, ne connaissait la retraite du roi.

Nous n’avons point nommé les jeunes messieurs de Coëtlogon, Yves et René, parmi les fidèles de l'hôtel de Lauzan, parce qu’ils fai-

saieat partie de la maison môme : ils appartenaient à lady Mary Stuart comme des gentilshommes peuvent être à une reine.

En entrant dans sa chambre à coucher, lady Stuart était pensive. Les dernières paroles du régent restaient dans son esprit. Peut-être y avait-il un doute en elle désormais, soit qu’elle eût appris à juger Jacques Stuart dans cette intimité de quelques jours, succédant à une longue absence; car elle n’avait jamais revu Jacques, entre le temps où, enfant elle-même, elle partageait les jeux de son adolescence au palais de Saint-Germain, et cette soirée qui avait vu leur rencontre si caractéristique au rendez-vous de chasse de la Croix- Aubert, dans les grandes coupes de Béhonne.

Peut-être cette semaine passée près du roi avait-elle détruit une foi ou empoisonné une espérance; peut-être aussi quelque sentiment nouveau était né dans le cœur de Marie.

Elle avait suivi un jour l’impulsion de sa nature enthousiaste et véritablement chevaleresque ; elle s’était élancée au milieu du danger, disant : J’aimerai le roi. Quand on dit : J’aimerai, c’est qu’on n’aime pas encore.

Et le cœur ne tient pas toujours la promesse, du devoir.

Elle songeait, à cette heure, se demandant, au plus profond de sa conscience, si le conseil de Philippe d’Orléans n’était pas sage et loyal ; si ce jeune homme ne serait pas mieux, pour lui et pour son peuple, sur le chemin de Barle-Duc, où étaient la belle chasse et le plainchaiît paisible, que sur la route de Londres, qui menait au trône, à la guerre, à l’échafaud.

Comme elle réfléchissait ainsi, elle s’approcha de son lit, qu’elle allait tourner pour passer dans la ruelle où un beau prie-Dieu semblait appeler sa rêverie, quand un son de voix se lit entendre dans la chambre voisine. Elle s'arrêta ; une nuance rosée monta à sa joue pâle, qui reprit bientôt une blancheur plus mate.

Son nom passa à travers les planches de la porte que recouvrait une riche courtine de velours.

Lady Stuart appuya sa main contre son front, vous eussiez dit qu’elle avait honte.

Mais qu’elle était admirablement belle ainsi, belle autrement et bien plus belle que jamais nous ne l’avons vue !

La Cavalière était femme à cette heure, et, dans ses traits exquis tranflgurés tout à coup, un jeune amour souriait.

Les voix parlaient; il y en avait deux. Mary fit plusieurs pas à travers la chambre. Le tapis épais étouffait le bruit de sa marche légère.

• Dans la chambre voisine, les deux jeunes messieurs de Coëtlogon étaient réunis, bien changés tous deux depuis cette soirée où nous les vimes pour la première fois. René était debout ; il semblait, à voir son front mûri, que ces quelques jours eussent duré pour lui des années. Ses sourcils fronoés donnaient à son regard, naguère si doux, une expression de souffrance et de colère. Yves s’étendait sur son lit où le clouait encore sa blessure, reçue à la Font-de-Farge.

Quoiqu'il fût bien pâle, il avait l’air moins frappé que son frère.

Nous ne sommes pas seuls à voir cela. Mary Stuart de Rothsay avait fait quelques pas de plus et soulevé le velours de la portière.

Elle écoutait. Les longs cils de sa paupière n’absorbaient pas tout le feu de ses yeux.

— Il y a trois heures qu’elle est partie, disait René, la t$te inclinée et les bras croisés sur sa poitrine.

— N’est-elle pas libre ? murmura le blessé.

- Où peut-elle être ?

— Avec le roi.

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— Le roi ! s’écria René, qui chaDgea de couleur. Toujours le roi ! .

— Es-tu jaloux du roi? demanda Yves en souriant.

René abaissa sur lui son regard étincelant et répondit d'une voix profonde :

— Je serais jaloux de Dieu !

Mary Stuart de Rothsay leva les yeux au ciel. Il y avait uno larme à sa paupière.

— Je suis bien jaloux de toi ! reprit René avec un éclat farouche.

— De moi ! s’écria Yves effrayé. De moi !

toi ! Tu ne m’aimes donc plus ?

— Je voudrais mourir 1 répondit René.

Il se pencha vers son frère et le serra dans ses bras.

— René, René ! dit le blessé. Nous n’avions à nous deux qu’un seul cœur !

René répéta d’un air sombre :

— Je te dis que je voudrais mourir....

Ecoute ! Elle te prend la main, quand elle vient. Tu as mieux fait que moi ! Ton sang a coulé pour le roi 1 Le roi ! toujours le roi !

— Si ce n’est plus ton envie de servir Jacques Stuart, frère, prononça Yves avec sévérité, ta place n’est plus ici. Coëtlogon ne sait pas penser d’une façon, agir de l’autre...

— Tu voudrais rester seuil l’interrompit René avec un sauvage sourire.

Le blessé ne parla plus.

La Cavalière pressait son cœur à deux mains et pensait :

— Comme il souffre! comme il m’aime!

— Dieu m’est témoin, reprit le blessé après un silence, que mon amour pour elle est mon existence entière. Je n'ai eu, je n’ai, je n’aurai que cet amour...

— Tais-toi, fit René. Ne me dis pas cela!

— Je te dirai tout, mon frère. Si cet amour, qui est ma vie, devait nous séparer tous deux, je l’écraserais, cet amour, dût l’effort me briser la poitrine!

Une seconde fois, René se pencha sur lui et le baisa tendrement.

Quand il se redressa, il était si pâle qu’on l’eût pris pour un patient à l’agonie.

La Cavalière retenait son souffle et guettait les paroles qui allaient jaillir de ses lèvres.

René parla en effet et dit d’un accent désespéré qui remua le cœur de Marie jusqu’en ses fibres les plus profondes :

— Frère ! tu vaux mieux que moi. Je l’aime tant que j’adore jusqu’à mon martyre. Périsse tout ce qui n’est pas elle, plutôt que mon

amour pour elle ! Rien au monde ne pourrait me guérir de l’aimer I

Il se laissa tomber sur un siège et mit sa tête entre ses mains.

— Mon beau René ! mon noble René ! murmura Marie en un élan de triomphante passion.

Mais elle ajouta, tandis qu’un sanglot déchirait sa poitrine :

— Mon pauvre René !

Les plis de la portière revinrent à leur place, couvrant de nouveau la porte, derrière laquelle on ne parlait plus.

Mary Stuart de Rothsay regagnait sa couche à pas lents. Elle fit le tour du lit et s’agenouilla au prie-Dieu.

— Le roi ! toujours le roi ! rien que le roi ! murmura-t-elle d’un accent morne.

Ce fut sa prière.

Elle dérangea ensuite le prie-Dieu, et introduisit une clef dans la serrure d’une porte masquée. Aussitôt que la porte s’ouvrit, Jacques Stuart s’élança vers elle et couvrit sa main de baisers.

— O Maryl s’écria-t-il, Mary adorée! je voudrais que mon malheur durât toujcrurs pour avoir toujours votre aide bénie !

Nous disions naguère que la portion des ba-

dauds de Paris qui plaçait le chevalier de Saint-Georges chez M. d’Argenson était bien près de la vérité. Le lecteur va en juger. La chambre à coucher de la Cavalière était la dernière pièce de l’hôtel de Lauzan du côté du nord et confinait au gros mur de l’ancien hôtel de Blancmesnil, devenu la demeure du président de Paulmy. Aux temps agités de la Fronde, la manie des cachettes avait pris des proportions formidables, surtout dans les rangs de MM. du parlement. Chez Blancmesnil seulement, il y avait une demi-douzaine de cachettes ; jugez du nombre de réduits que devait contenir la maison de l’épique et tremblant Broussel, dont le courage civil vivra autant que le monde.

Si les serviteurs de Jacques Stuart le trahissaient, comme nous l’avons vu à la Croix- Aubert, ses ennemis n’étaient pas à l’abri d’une séduction bien entendue. Pour une centaine de louis, on avait acheté la pitié d’un valet de M. de Paulmy. Le gros mur percé avait donné accès dans une des cachettes du conseiller de Blancmesnil, et le chevalier de Saint-Georges se trouvait logé tranquillement, sinon fort au large, dans la propre maison du frère do M. le lieutenant de police.

Là, Mary Stuart de Rothsay lui tenait compagnie autant qu’elle le pouvait. On avait muré solidement la porte qui communiquait à l’hôtel de Paulmy. Raoul avait pris avec lui le valet du président et le tenait bien. De sorte qu'au total, il n’y avait que deux personnes dans le secret : Paulmy et la Cavalière. Les gens de l’hôtel de Lauzan, fidèles ou non, ne pouvaient trahir, ni par imprudence, ni par avidité. Tout le monde, y compris les Coëllogon eux-mêmes, croyait le roi caché dans une retraite fort éloignée.

Un timbre était établi qui annonçait la venue des visiteurs, quand Mary Stuart de Rothsay s’enfermait dans sa chambre pour consacrer quelques heures à son royal protégé.

Aujourd’hui ils étaient ensemble seulement depuis quelques minutes, lorsque le timbre retentit.

— Déjà ! s’écria le chevalier de Saint-Georges. Ah ! voilà ce qui me donne envie d’être roi I Je ne vous ai pas à moi, ma douce Marie!

— Sire, je reviendrai, répliqua la Cavalière; je dois ouvrir pour éviter les soupçons.

Elle s’éloigna précipitamment, arrachant sa main avec peine aux baisers de Jacques Stuart. Elle referma la porte, poussa la tapisserie et

disposa de nouveau le prie-Dieu de façon que l’œil le plus exercé ne pût soupçonner l’issue secrète, puis elle tira le verrou de la porte extérieure.

— Sir Percy Evelyn, dit le valet qui attendait au dehors, demande à entretenir votre grâce.

— Percy Evelyn I répéta la Cavalière. Ce n’est pas un nom des highlands, et je ne connais pas ce gentleman.

— Il vient de la part de sa grâce Jean Stuart, comte de Mar.

— Qu’il entre ! ordonna Marie.

En même temps, elle retira le verrou qui fermait en dedans la porte communiquant avec la chambre des deux gentilshommes bretons et commanda à haute voix :

— Veillez, messieurs de Coëtlogon !

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