AVANT-PROPOS
La découverte des fresques d’Altamira était oubliée depuis 25 ans (1), lorsque M.
Rivière, en 1895, fit connaître au monde savant les dessins et les quelques dessins à l’ocre de la caverne de la Mouthe (Dordogne). Cette découverte éveilla le souvenir de la caverne
cantabrique, elle rappela à plusieurs observateurs des traits gravés ou peints entrevus
précédemment sans être compris, et marqua une première étape, fort importante, dans
l'histoire de l’Art quaternaire, en faisant admettre definitivement l'existence, encore combattue par quelques préhistoriens, d’un art pariétal. Mais ce n’est qu’à partir de 1901 que des recherches systématiques, étendues à de nombreuses grottes, amenèrent, tant en France qu’en Espagne de nouvelles et nombreuses découvertes.
Les cavernes des Combarelles et de Font-de-Gaume, découvertes par nous en Septembre de cette année-là, ont été le point de départ de ces investigations. Font-de- Gaume surtout, dont les grandes fresques polychromes figurant de nombreux bisons Tea
rappelaient étroitement Altamira, eut le don d'amener M. E. Cartailhac, dans s Culpa (2) d'un sceplique, à proclamer l’urgente nécessité d’une reprise des études dans cette dernière caverne. Avant même de donner suite, en Octobre 1902, à ce projet, M. Cartailhac avait revu la grotte déjà presque oubliée de Marsoulas, et constaté dans cette
caverne des fresques et des gravures en tout comparables à celles de Font-de-Gaume et de la grotte cantabrique. C’est bien la découverte de Font-de-Gaume qui fut le point de départ de tout ce renouveau.
MM. Cartailhac et Breuil ont ré de leurs relevés dans la caverne espagnole ; ils ont concu leur œuvre comme le frontispice
cemment publié les résultats de leurs recherches et
des monographies qui, grâce à l’appui généreux de S. A. S. le Prince de Monaco, lui succéderont sous peu. L'historique de la question, les parallèles ethnographiques les plus carac-
éristiques, ont dans ce but, accompagné leur étude locale. Nous n'y reviendrons pas.
Font-de-Gaume est toute désignée pour suivre la caverne espagnole qu'elle a
définitivement réhabilitée. Le travail que nous lui consacrons en est, avant tout, une
escription raisonnée. Après avoir rappelé les conditions de la découverte et de l'étude
(1) Dans une lettre datée du 18 Février 1887, et que nous avons retrouvée récemment, Edouard Piette écrivait à M. E. Cartailhac : « Don Marcellino de Sautuola m'a envoyé sa brochure sur les objets préhistoriques de la Province de Santander, et notamment sur les peintures de la grotte de Santillana del Mar... Je ne doute pas que ces peintures ne soient de l’époque Magdalénienne. » C’est donc à Piette que revient l'honneur d’avoir le premier en France compris la portée de la découverte espagnole.
(21 L'Anthropologie, 1902, p. 348.