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LES FRESQUES POLYCHROMES. — LES GRAFFITES DE MAMMOUTHS

Les fresques en teinte plate noire passent insensiblement à d’autres, de teinte brune plus ou moins foncée, qu’il n'est guère possible de séparer des premières. Les premières fresques auxquelles nous appliquons le nom de polychrômes sont à peine distinctes de ces figures brunes; la couleur brune s'étend à toute leur silhouette, et aucune autre teinte bien tranchée n'intervient; cependant on peut

noter que la couleur est ici plus noirâtre, là plus rougeâtre, ce qui indique l'usage de plusieurs teintes extrêmement fondues.

Le moins polychrôme (PI. XVI) de cette série est un des plus jolis Bisons de la caverne, de couleur brune foncée, avec les pattes, le fanon, la tête et le front plus sombre. Tous les détails de sa silhouette, de ses membres et de sa tête sont soigneusement et finement gravés (fig. 55) (n° 24 de la salle des Bisons).

Plusieurs autres Bisons du voisinage doivent être placés à côté du précédent, en particulier le n° 23 (fig. 58), et les n°° 16, 17, 20 et 28 (PI. XIII, XVII, XVIII et XIX); mais dans ces quatre derniers, la polychrômie s'affirme bien plus nettement; les bords de la silhouette et les pattes sont tout à fait noires, et le centre de la figure est brun, sans qu'on puisse cependant indiquer une limite nette entre les nuances, qui sont très fondues ; la gravure qui accompagne ces figures peintes est très fine, très habile. Selon toute probabilité, les Rennes enchevêtrés dans les complexes 2, 3, 4, se rapportaient aux mêmes procédés, ainsi que des Bisons sous stalagmite placés au voisinage de 48.

D’autres figures où la polychrômie est aussi très réduite, mais où le rouge domine, sont les Rennes 7 (PI. XXVIII), 12 (PI. XXI), celui à droite de 12, et le Bison 40 (PI. XXII). Le brun ou le noir sont limités aux pattes et aux cornes, le tour du corps n'est pas cerné de larges traits noirs; les gravures restent fines, parfois elles manquent. Le Renne n° 7, à cause de la bande de gros points qu'il a sur le flanc, doit être rapproché des grands cervidés de La Mouthe, qui ont les jarrets et cette même série de points, peints en brun noir.

Ce qui caractérise les polychrômes proprement dits, c'est la présence, à la périphérie de la silhouette, de larges bandes colorées en teintes différentes de la surface voisine, c’est l’usage, dans la même silhouette, du noir, du brun et du rouge, et, exceptionnellement, du jaune.

Dans les plus primitifs, la gravure intervient peu (8, 18 inf, 45, 46, 48); au contraire, elle est très profonde et vigoureuse dans presque tous, comme dans les n° 37, 38, 39, 41, 42 et 43, de la galerie principale (1).

Il arrive que la distribution des teintes soit tout à fait arbitraire: un Bison, n° 45, a les cornes rouges (PI. XXVI); chez un autre, ce sont les sabots (n° 50) (PI XXXIV); le dos du beau Renne polychrôme n° 11 est également rouge (PI. XXVII. Mais, généralement, elle suit certaines lois : les lignes périphériques sont tracées en noir ou brun, les pattes sont également sombres, ainsi que la barbiche, la tête et le chignon ; le fanon et les épaules sont d'un rouge qui tire au brun, tandis que le dos et le reste du corps sont un peu plus clairs. Il ne faut pas prendre cette description d’une façon trop absolue; c'est un type que réalisent pleinement un petit nombre de figures, et toutes les transitions se rencontrent entre cette façon de distribuer les couleurs et les procédés que nous avons décrits un peu plus haut.

Parmi les polychrômes qui, apparemment, sont les plus récents, se trouve (PI. XXXV) un grand Bison de teintes sombres, brune et noire, très modelées,

(1). Voir les figures des chapitres VI et VIT.

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ne

et qui doit être signalé pour une particularité exceptionnelle à Font-de-Gaume. A Altamira, à Castillo, à Marsoulas, un bon nombre de Bisons polychrômes ont la laine de leur chignon figurée, à la ligne périphérique, par une bande de grosses ponctuations juxtaposées. A Altamira surtout, la chose est frappante; à Marsoulas, le seul grand Bison polychrôme présente ces ponctuations. À Font-de- Gaume, on les trouve seulement sur le Bison n° 42. Une autre coïncidence, peutêtre sans signification, est que dans la caverne Espagnole, les derniers polychrômes semblent peints de préférence en teintes sombres, comme le Bison de Font-de-Gaume dont nous venons de parler.

Nous avons dit que les figures tectiformes peintes étaient quelquefois détruites par des fresques polychrômes, mais que la superposition inverse avait lieu plus fréquemment; il y a donc probablement synchronisme des deux séries. Nous reviendrons ultérieurement sur les tectiformes.

Nous ne quitterons pas les fresques polychrômes, sans remarquer qu’à diverses reprises, elles s'adaptent avec beaucoup d'ingéniosité aux accidents de la paroi, et tout spécialement dans les Bisons 9 et 42 (fig. 42 et 71).

LES DERNIERS GRAFFITES

Dans l'étude des parois où les cas de superposition ont été notés, nous avons relevé ce fait, que, sauf deux ou trois cas douteux, les figures d'Eléphants gravés étaient nettement superposées aux fresques polychrômes.

Sur les complexes 2, 3, 4 et 5, de grands Mammouths sont raclés en clair par dessus les polychrômes qu'ils entament sur de larges surfaces (PI. XIV).

Ces grandes figures ne sont pas les seules, elles ne sont que les plus grands échantillons de toute une nombreuse série de graffites extrêment fins de tracé, et d'une lecture véritablement laborieuse. Les dessins que nous publions ici sont les

seuls que nous ayons pu lire avec netteté, mais il y en a certainement bon nombre d’autres sur la paroiï‘gauche, entre le Rubicon et le carrefour, et spécialement dans le recoin qui fait face à la galerie latérale.

Aïnsi que l’un de nous l’a fait remarquer à diverses reprises, ces dessins de Mammouths ont ceci de caractéristique, que la ligne tend à se dissoudre en stries

juxtaposées figurant les poils. Ce sont les derniers dessins laissés à Font-de-Gaume par l’homme quaternaire.

Comme ils se ressemblent beaucoup, et se trouvent localisés à certaines parois, ils pourraient avoir été faits par un seul artiste, et ils n’indiquent pas

nécessairement que le Mammouth était encore abondant. Nous allons les examiner plus à loisir.

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