‹ La caverne de Font-de-Gaume aux EyziesChapitre 37 sur 111 · AU À · texte numérisé non relu

AU À

Fren - Le R Eros “horhi , d’après M. Kriz, Quartärzeit

in Mähren.

(Breuil): « Nous avons très bien vu le Mammouth qui est peint dans l'étroit couloir final, et j'ai remarqué la forme insolite de son dos qui est plutôt celui d’un Tapir que d’un Eléphant..……. ». :

Ce mot de Tapir frappa l'attention du correspondant de M. de Fayolle, qui

se promit d'étudier avec plus d'attention ce singulier dessin.

Sa situation rend l'examen assez malaisé ; un premier décalque, très sommaire fut fait de l'image, avant d'en comprendre le sens, en se bornant à relever toutes les lignes rouges, assez ténues, qu'on y pouvait apercevoir.

C'est en faisant cette opération que le sens exact de la figure apparut à M. Breuil ; après avoir décalqué la ligne dorsale, le train postérieur et les pattes, il remarqua que l’encolure portait une espèce de crinière, faite de petits traits courts rangés les uns à côté des autres, et se terminait par une petite oreille courte, très visible, et toute droite ; puis venait une tête rappelant beaucoup celle d’un Cheval par sa forme allongée, un museau busqué à lèvre supérieure proéminente, et son bord mandibulaire velu, fait, ainsi que la crinière, de petites lignes placées côte à côte. Mais les pattes très brèves, le ventre trainant et volumineux, la queue à peine

ff

F1G. 113. — Rhinoceros tichorhinus dessiné en traits rouges ; échelle de un cinquième (Voir planche IV et XLIX).

distincte des fesses s'opposaient à l'interprétation d’un Cheval et rappelaient bien, en plus massif, l'allure de « Tapir » signalée par. MM. de Fayolle et Féaux. Si l'on songe que deux pointes inégales se greffent sur le mufle de cet étrange pachyderme, On aura compris pourquoi M. Breuil admit qu'il s'agissait d’un Rhinocéros et le fit admettre à ses collaborateurs et à divers préhistoriens, dont M. E. Cartailhac. Quant à la tête isolée, dessinée en rouge, et oblitérée depuis par un dessin

linéaire noir et par un polychrôme inachevé, elle a été découverte par M. Peyrony, qui la signala à M. Breuil sans l'avoir interprétée (PI. XI).

M. Breuil remarqua aussitôt l'identité existant entre les tracés des deux têtes : les cornes sont insérées d'une manière identique, et la tête, le mufle, ont exactement la même silhouette. Malheureusement le reste du corps n'est pas dessiné.

En 1904, un amateur, M. Ch. Blin, visitait la caverne avec M. Peyrony, qui lui montra les dessins de Rhinocéros. De retour à Paris, ce monsieur fit part de ce qu'il avait vu à la rédaction de la Revue L'Homme Préhistorique qui imprima (L'Homme Préhistorique, 1904, p. 388) un entrefilet d'une vingtaine de lignes à ce sujet : M. Blin y semble donné comme l'auteur de cette découverte. Il y est dit: « Il a rapporté de sa dernière visite des observations intéressantes qu'il a bien voulu nous communiquer. Certaines figures peintes de la grotte de Font-de-Gaume, que l'on avait d'abord prises pour des Mammouths, à cause de leur forme massive, ne représentaient pas des Eléphants, mais bien des Rhinocéros portant deux cornes

sur le nez, comme le Rhinocéros d'Afrique. L'animal en question ne peut être que

le Rhinoceros tichorhinus, assez commun aux époques Acheuléenne et Moustérienne, mais devenu rare à l'époque Solutréenne, et qui semblait avoir déjà disparu de nos contrées à l'époque Magdalénienne. La conformation du crâne du Rhinoceros tichorhinus, la robustesse de ses os naseaux et les rugosités qu'on observe à leur surface avaient permis d'affirmer qu'il s'agissait d'une espèce bicorne. C'est ce que viendraient confirmer les dessins de Font-de-Gaume que nous signale M. Blin...». (1) M. Blin, s'il n'était pas l'inventeur des Rhinocéros, les avait donc vus et bien vus, car la description est très exacte; ce qui l'est beaucoup moins, c'est l'attribution du dessin rouge de Font-de-Gaume à la période Magdalénienne ; on y reconnait le préjugé reconnu faux depuis longtemps, que l’art quaternaire ne parait qu'avec le Magdalénien. Nous savons qu'il commence dès l'Aurignacien ; celui-ci n’était pas encore né en 1904, où du moins on n'en connaissait que l’un des termes, l’Æburnéen de Piette et de Daleau. Mais ce dernier archéologue avait déja démontré que les gravures de Pair-non-Pair étaient justement de la fin de l'Eburnéen, d'une époque où, à Pair-non-Pair comme à Brassempouy, le Rhinocéros pullulait. Il est d’ailleurs très exact que ses vestiges se retrouvent jusque dans le Magdalénien, bien qu'en quantité infinitésimale dans la France du Sud-Ouest.

Tout dernièrement, M. E. A. Martel, dont on connaît les beaux travaux sur la circulation souterraine des eaux, mais qui, en dehors de ce sujet où il excelle,

est trop visiblement incompétent, s'est occupé du Rhinocéros de Font-de-Gaume.

1. À ce sujet, l’un de nous (H.B.) a écrit, dans le numéro de Mai 1905 de la Revue de l'Ecole d'Anthropologie, p. 155: « Certaines personnes, sans doute bien -intentionnées, ont publié qu'il y avait à Font-de-Gaume, parmi les figures d'animaux ramassés et poilus indiqués comme Mammouths, des figures

représentant le Rhinoceros tichorhinus, à deux cornes sur le nez. Je pourrai y ajouter que ces figure

ont sont

au nombre d’un seul dessin entier, dessiné en traits rouges, et d’une autre tête isolée. Ces figures nous

depuis longtemps connues, et nous n'avions nul besoin qu’on nous indiquât leur existence et leur signifi-

cation... Nous ne nous croyons pas obligés de communiquer aussitôt au publie les fruits de nos patients

faisons la gracieuseté de donner ou faire donner oralement des

relevés, mais les visiteurs, auxquels nous f explications inédites, devraient avoir la discrétion de nous en laisser la primeur ».

Avec une vigueur qui ne saurait lui tenir lieu d'expérience, il écrit : « J’affirme que c’est un informe paquet de couleur rouge, où deux traits pointus ont donné, à des interprétateurs autosuggestionnés, l'illusion (et pas autre chose) d’une double corne ; j'insiste pour qu'on raye cette assimilation entièrement fausse. » (1). Que M. Martel ait écrit qu'il n'avait rien su voir, qu'il n'était pas convaincu de notre lecture, c'était peut-être son devoir, et il serait resté dans les limites de sa sensation personnelle; mais que M. Martel, qui est obligé de porter lunettes, qui, par conséquent, a une vue inférieure à la moyenne, et, d’autre part, manque complètement de cette éducation de la vue que donne une longue habitude de ces déchiffrements, prononce, sans aucune réserve, que notre interprétation est absolument fausse, cela dépasse ce qu'une sage prudence imposait.

L'un de nous a pu constater que, le plus souvent, M. Martel ne savait pas retrouver, sur ses propres clichés, les images les plus claires des animaux qu'il avait photographiés dans nos cavernes, ce qui indique une infériorité visuelle suftisante pour que son verdict puisse être à juste titre récusé. D'ailleurs, pour. préciser, M. Martel a écrit que le Rhinocéros était un informe paquet de couleur rouge ; or c'est au moins un paquet de #raits, de lignes, les unes très visibles, les autres moins : il faut donc voir si ces lignes donnent une forme, en les suivant de proche en proche, sans préjuger du résultat, jusqu'à ce qu'un ensemble soit perceptible. C'est ce qu'a fait l'abbé Breuil, et ce qu'il fait, toutes les fois qu'il faut déchiffrer une image. C'est un travail qui exige beaucoup d’acuité visuelle et de ténacité, que de suivre une ligne entre plusieurs autres qui la recoupent, et dont peu de personnes même parmi les mieux douées sont capables sans se lasser au bout de quelques secondes d'effort.

Un fait, qui nous intéresse d’ailleurs aussi au point de vue de la figure du Rhinoceros tichorhinus, en donnera un exemple.

En Mai 1906, l’un de nous (H. B.), en visitant la belle collection extraite de la grotte du Trilobite à Arcy-sur-Cure (Yonne) par l'abbé Parat, découvrit des gravures sur un galet schisteux provenant du niveau aurignacien supérieur et que son inventeur n'avait conservé que comme pierre utilisée. Une inspection rapide à lumière rasante permit à l'abbé Breuil, au premier coup d'œil, d'y découvrir l’avant-train et la tête d'un Rhinocéros. Avec l'autorisation de l'abbé Parat, le caillou fut emporté, étudié à loisir et dessiné par M. Breuil, qui y déchiffra, d’un côté, deux silhouettes presque superposées de Rhinocéros, avec la tête bicorne. et les pieds antérieurs, un gros arrière-train du même animal, et, en sens inverse, une tête de ruminant à cornes recourbées et barbiche (fig. 114 et pl. LXII) : au

verso, plus mutilé, se lisait, dans un sens, une série d’arrière-trains emboités de

Rhinocéros, et, dans l’autre, une très grosse tête de Rhinocéros bicorne (fig. 115 et £

pl. LXIT).

Page 1