‹ La caverne de Font-de-Gaume aux EyziesChapitre 38 sur 111 · L'Evolution Souterraine, p · texte numérisé non relu

L'Evolution Souterraine, p

M. Breuil porta la pierre à M. S. Reinach; malgré son attention, celui-ci ne put abstraire du chevelu des lignes entrelacées une seule silhouette, et ce ne fut que lorsque M. Breuil suivit avec la pointe effilée d’un crayon, les contours de chacune de ces images, que M.S. Reinach convint de la justesse de sa lecture.

M. M. Boule, auquel le caillou fut ensuite soumis, resta sceptique sur la lecture proposée. Peu de jours après, une empreinte fut obtenue au Musée de Saint-

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Fic. 114: — Galet aurignacien de la grotte du Trilobite, gravé de plusieurs figures de Rhinocéros. Echelle d'environ trois quart. Les dessins séparés sont les figures déchiffrées et détachées les unes des autres. Echelle plus réduite.

Germain par galvanoplastie ; M. Champion la fit argenter, puis oxyder et nettoyer, sauf les traits. Ces opérations toutes mécaniques permirent aux traits incisés de se détacher facilement du fond luisant de l'argent ; l'œil les suivait sans peine, et M. M. Boule, mis en présence de ces reproductions métalliques, admit entièrement la vérité de la lecture de l'abbé Breuil, et reconnut que le Rhinocéros d’Arcy était

aussi certain, comme interprétation, que le célèbre Mammouth sur ivoire découvert par MM. Lartet, Christy et Falconer au gisement de la Madeleine. La gravure de la grotte du Trilobite est datée d’une facon précise comme de D o) 5

l'Aurignacien supérieur ; la couche qui contenait le galet incisé repose sur une

couche aurignacienne et celle-ci sur une assise moustérienne. Elle est caractérisée,

F1G, 115. — Verso de la pièce précédente, avec un devant et un arrière-train de

Rhinocéros.

entre autres objets, par des pointes à dos rabattu du type de la Gravette, et par une pointe plate à base fendue du type d'Aurignac. Au-dessus, vient une assise solutréenne à pointes allongées et feuilles de laurier retouchées sur la face supérieure seulement, qui supportait encore un niveau magdalénien typique, mais sans harpons.

La gravure d’Arcy est-elle absolument isolée dans l’art quaternaire ? Ce n'est

pas certain, bien que les autres gravures attribuables au Rhinocéros soient moins évidentes.

L'une a été publiée par E. Piette, et ne représente qu'une tête, avec une oreille dressée, un petit œil clignotant entouré de replis épidermiques, deux cornes sur le nez (fig. 116 et pl. XLIX, 5). Il semble bien que cette gravure sur stalagmite, trouvée à Gourdan en plein Magdalénien, représente le Rhinocéros ; toutefois, le dessin est bien inférieur à la figure Bourguignonne.

On pourrait peut-être rapprocher de nos tracés de derrière, gravés sur le mème galet, une figure restée problématique, attribuée parfois à un suidé, et découverte dans la caverne suisse du Kesslerloch à Thaingen, mais ici, un

doute subsiste.

FiG. 116.— Tète de Rhinocéros trouvé à Gourdan par E. Piette ; elle est gravée sur stalagtite ; à gauche, lecture Breuil (plus exacte), à droite, lecture Formant (inexacte) (1).

Une gravure sur plaque schisteuse recueillie par M. Léon Nelli dans la grotte des Espélugues, à Lourdes, porte diverses gravures enchevètrées, profondément entaillées dans la roche. On y distingue deux têtes (fig. 117); celle de droite semble figurer un museau de Loup ; quant à celle de gauche, il n’y a guère de doute à avoir : on y retrouve la tête du Rhinocéros, avec ses deux cornes, l’une à peine plus longue que l’autre, sa petite oreille droite à poils raides, son petit œil clignotant, son mufle extrêmement busqué (2). la grotte de Lourdes contenait des vestiges de tous les moments du Magdalénien proprement dit, et de tous les âges

postérieurs. La gravure de Rhinocéros qui en provient est probablement du plein

Magdalénien.

1. M. Martel a cru pouvoir (La Nature, 4 Juillet 1908, p. 74), à la suite de cette double lecture, et à l'examen de l'original, m'accuser d'imagination ; il est injuste de trois manières: 10 Pour

sans recour m'avoir accusé sans contrôler le fait litigieux, ce qui lui était facile ; 20 Parce qu'il ne sait pas que Formant a fait ce dessin à la fin de sa vie, à un moment où sa vue était devenue mauvaise (renseignement

j'aurais

oral de Piette > Parce que mon dessin date de 1807, époque où j'étais jeune débutant de vingt ans ; pu mal déchiffrer alors, sans mériter, douze ans après, d’être accusé de fantaisie ; mon dessin, d’ailleurs, sans être parfait, est plus exact que celui de Formant, ainsi que la photographie (PI. XLIX), le démontre; il avait été fait sous l'œil et en la présence de Piette, dont il indique aussi la lecture ; tout spécialement, la position que j'ai donnée aux cornes est la véritable (H.B.).

2. Lorsque, en Juillet 1907, M. Breuil a étudié la collection Nelli et déchiffré cette plaque,

M.Nelli yait que les cornes du Rhinocéros étaient le bec ouvert d'un oiseau dont la narine formait l’œil ;

mais cette explication est certainement erronée.

Nous terminerons ce qui concerne les figures de Rhinocéros en reproduisant deux images de Rhinocéros sud-africains peints et gravés par des artistes Bushmens

Fic. 117. — Têtes de Rhinocéros (à gauche) et de canidé (?) (à droite) gravées sur pierre, Lourdes, coll. Nelli ; grandeur vraie : 0,166.

FIG. 118. Rhinocéros gravé par les Bushmens (Voir Cartailhac et Breuil, Altamira, pl. XXXIV). (fig. 118 et 119) ; la comparaison entre ces dernières et les œuvres de nos Troglodytes européens permettra de mieux saisir celles-ci (1).

Le Rhinocéros picoté sur pierre est le Rhinocéros Simus que saconformation

1. La grotte des Combarelles possède également une figure de Rhinocéros, elle sera étudiée dans la monographie de cette caverne.

et sa prédilection pour les steppes herbues rapprochent extrêmement du Rhinocéros üchorhinus. M. le Professeur Trouessart a publié une belle photographie d'un de

ces pachydermes qui vient d’être tué sur le Bahr-el-Gazal ; nous la reproduisons

FiG. 119. — Peinture Bushmen fgurant une chasse au Rhinocéros.

FiG. 120. — Rhinocéros Simus tué sur le Bahr-el-Gazal, d’après le Pr Trouessart, et la photographie

qu'il nous a gracieusement communiquée.

ici avec son ‘agrément (fig. 120); en la comparant aux figures du Trilobite et de Font-de-Gaume, on se fera une idée plus juste encore de l'exactitude de leur interprétation (1).

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