LES CARN
nez a, il est vrai, une proéminence assez marquée qui simule le groin d'un Sanglier ; mais une des gravures de Lourdes possède déjà cette particularité, quoique moins accusée ; On la retrouve sur la gravure du Clouton (fig. 139, n° 2) et sur deux figures de Loups de nos cavernes ornées, l’une de Font-de-Gaume, l’autre des Combarelles. Celle-ci (fig. 137) se réduit à la tête ; le museau est fort, l'œil vif, le front bombé,
l'encolure épaisse et la gorge velue ; c'est bien le Loup, et non le Renard, au
F1G. 138. — Loup polychrôme peint à Font-de-Gaume.
museau fin, à l'oreille grande et large, figuré de même aux Combarelles, la gueule ouverte et comme haletante (fig. 136).
C'est encore le Loup que noustrouvons, peint suivant la technique polychrôme, au carrefour des deux galeries de Font-de-Gaume ; malheureusement, le train antérieur est seul dégagé de la stalagmite épaisse qui voile le reste du corps; mais au museau puissant, aux oreilles courtes et pointues, au front bombé, à l’encolure massive et de pelage fourni, on reconnaît bien ce carnassier (fig. 138, et pl. XXX VII).
MUSTÉLIENS
Deux animaux seulement de cette famille ont été représentés, la Loutre et le Glouton. La Loutre et le poisson de Laugerie-Basse sont un tableau classique déjà, quoique généralement mal figuré ; nous reproduisons ici (fig. 140) une photographie très nette, donnée autrefois par E. Massénat à M. E. Cartailhac.
Le Glouton de Lartet et Christy est également une pièce classique, mais son
origine exacte est inconnue : ce ne peut être que Laugerie-Basse, La Madeleine ou la grotte des Eyzies, mais on n'en saura jamais plus ; cette question est d’ailleurs d’un intérêt tout secondaire. L'authenticité en est tout à fait certaine, aïnsi que la signification dès l'abord indiquée par Lartet et Christy. Les formes générales, la queue, la tête à orcille courte et ronde, à front bombé et arrondi, à mufle très marqué, les
détails du pelage très soignés, tout coïncide parfaitement avec les caractères d
ie-Haute, collection du Dr Lalanne,
FiG. 130. — A gauche, Loup gravé sur bois de Renne de Lauge publié avec son autorisation gracieuse. À droite, pendeloque avee Glouton, collection Christy, British Museum.
Fic. 140. — Loutre et poisson de Laugerie-Basse. Collection Massénat.
Glouton ; comme les restes de ce dernier se rencontrent de loin en loin dans les stations, aucune difficulté sérieuse n'empêche d'accepter cette interprétation. Le dessin ci-joint (fig. 139) est plus exact que ceux qui en ont été donnés précédemment.
Il paraît certain que c’est le même animal, quoique plus velu et comme en
pelage hivernal, qui a été gravé sur une pierre de Lorthet appartenant à la collection
Piette (fig. 141). Nous avons hésité aussi à classer comme Loup ou Glouton la gravure de tête de carnassier de Gourdan, figurée plus haut (fig. 135, n° 4), car les lignes de cette tête se rapprochent beaucoup de celle de la gravure de la collection Christy.
Nous ne parlerons pas aujourd’hui des Ours ; leur valeur alimentaire les rapprochaïit, au point de vue pratique, des autres animaux, ruminants et pachydermes, destinés au garde-manger. Les carnassiers dont nous venons de passer en revue les silhouettes ne semblaient pas être dans le même Cas ; Or nous avons signalé sept Félins, un Renard, douze Loups, une Hyène ?, deux Gloutons, une Loutre, non compris les images des Combarelles et de Font-de-Gaume, et des gravures moins claires ; cela fait donc vingt-quatre figures de carnassiers autres que l'Ours, dans l’art mobilier.
Il n'est donc plus possible de baser un argument sur l'absence de telles espèces dans l'iconographie quaternaire. En réalité cette présence, maintenant établie, n’est nullement inconciliable avec des idées totémiques atta-
chées aux œuvres d'art de l’âge du Renne.
Aujourd'hui, s'il est des peuples qui recher- ny. 141: Grade ur schiselde LLorthet, ntant un Glouton |?) et un Renne.
Grandeur réelle. Collection Piette.
chent dans la possession de l’image de l'animal poursuivi le gage du bonheur de leur chasse, il en est d’autres qui, tout au contraire, demandent les mêmes garanties à la figuration d'animaux de proie dont ils pensent s'infuser pour ainsi dire l'habileté à atteindre
des proies. Tels sont les Zunis. Et sans doute on trouverait des peuples comme
les Eskimos, où les deux idées complémentaires se mêlent et s'entrecroisent à plaisir. De l'absence ou de la présence des figures de carnassiers, il est difficile
de rien conclure pour ou contre une hypothèse interprétative de l'Art quaternaire, quelle qu'elle soit. Jusqu'ici on peut cependant constater que de telles gravures sont encore plus rares sur les parois des cavernes que dans l’art mobilier contemporain.