‹ La caverne de Font-de-Gaume aux EyziesChapitre 63 sur 111 · Voir Anthropologie, t. XIII 1902, p. 353, fig · texte numérisé non relu

Voir Anthropologie, t. XIII 1902, p. 353, fig

3. M. E. A. Martel. Réflexions sur Altamira, i7 Congrès Préhistorique de France, Périgueux, 1905, p. 117, fig. 3. — Ce dessin fantaisiste est amusant à signaler, émanant d’une personne qui s’est donné la charge de critiquer les savants moins pressés que lui et qui ne publient que des documents sérieusement établis.

4. Cf. H. Breuil : Le Bison et le Taureau céleste chaldéen, ir Revue Archéologique 1909, I, p. 250.

n'est pas encore publiée. Si l'on étudie les plus anciens cylindres Chaldéens et les coquilles gravées de même époque, on y découvre une faune où se rencontrent le Bœuf

ment de La e-Basse. — vraie, coll. V ye au Museun zrandeur vraie, 4, réduit d’un tiers.

? Chasse à l’Auroch ” de la coll. Massénat,

5, Le Bison sur bois de Rennes d d’après un moulage, grandeur vraie.

sauvage, le Lion, des personnages entièrement humains (Gilgamès), un personnage

mythique à corps humain, mais à tête de Taureau comme s'il était masqué (Eabani,

compagnon de Gilgamès), et un bovidé, dont la tête toujours figurée de face rappelle la physionomie d'un Homme muni d’une grande barbe ; son front très bombé est flanqué par deux cornes s’insérant latéralement. Il s’agit, nous apprennent les Ass créé par Istar furieuse pour se venger des insultes de Gilgamès. Le texte décrivant

rriologues (1), de la représentation du « Taureau Céleste », animal monstrueux

ce monstre est mutilé, il y serait seulement question de ses cornes et de sa longue queue, et non de cette tête humaine dont parlent les auteurs. Dans les cylindres archaïques (fig. 213), et spécialement dans ceux de Lougalanda publiés par M. Allotte de la Fuye, et dans un autre analogue (2), les « Taureaux Célestes » sont représentés, comme aussi les Lions, les Bœufs sauvages et les autres êtres, dressés sur leurs pieds d’arrière, ceux de devant repliés en avant du poitrail ; M. Allotte de la Fuye reconnaît que le haut de la tête, par les cornes et les oreilles, se rattache à l'animalité, il écrit que la barbe touffue se confond avec les mèches de la chevelure et la toison, analogue à celle du Bison, qui couvre le cou et la poitrine. Quel est donc cet animal ? C'est, nous apprend le même auteur, le seul exemple d'un être imaginaire figuré sur les cylindres archaïques, sauf Eabani, et l'oiseau léontocéphale. Voilà qui doit nous mettre en garde : s'agit-il vraiment d'un être imaginaire ? Nous répondrons négativement : le grand ruminant figuré sur les cylindres correspond exactement au Bison : son front bombé, ses cornes courbes à insertion latérale, cette toison laineuse, cette barbe longue, ce sont les caractères du Bison. Celui-ci vit encore au Caucase ; il a vécu dans le Liban, d’après les recherches du P. Zumoffen, au moins jusqu'à l’âge de la pierre polie. Les anciens Chaldéens l'ont vu, mais il devait être rare, puisqu'il jouait un rôle dans leurs légendes, et que bientôt les artistes en altérèrent le type, et, illusionnés par sa grande barbe, le modifièrent dans un sens de plus en plus androcéphale. Très probablement, comme le dit M. Allotte de la

Fuye, l'animal des cylindres archaïques est le type primitif de la série des Taureaux Assyriens étudiés par M. Heuzey, et nous ajouterons que cet animal n'est

autre que le Bison. Rien d'étonnant que l'énorme ruminant ait joué un rôle dans

les hauts faits légendaires prêtés à Gilgamès, le Nemrod Chaldéen.

Mais sur les cylindres dont nous avons parlé, le Bison est traité exactement

sur le même pied que le Bœuf sauvage : dans les sceaux de Lougalanda, il est croisé avec ce dernier aussi bien qu'avec un second Bison, et généralement figuré saisi à la gorge par un Lion. Une coquille de même style le reproduit moins complètement dressé, et saisi aux reins par l'oiseau léontocéphale cramponné à son dos (3). Ce

sont des aventures bien vulgaires pour le « Taureau Céleste » et qui le ramènent au plan des autres ruminants que figurent les cylindres archaïques, et qui n'ont rien d'imaginaire.

1. Les sceaux de Lougalanda, patési de Lagash (Sirpoula), par le Comte Allotte de la Fuye, in Revue d’Assyriologie et d'Archéologie Orientale, vol. VI, n° 4, 1907; d’après cet auteur, les sceaux dont il parle remonteraient à 4500 avant l’ère.

2. V. Perrot et Chipiez. Histoire de l’Art dans l'Antiquité, II, p. 650.

3. Harpers New Monthly Magazine, no 524, Egypt and Chaldea, by W. St. Chad Boscawen, p. 194.

Mais revenons aux Bisons quaternaires. Un certain nombre ont été représentés par la sculpture en ronde bosse à l’époque Magdalénienne ancienne. Les plus

remarquables ont été recueillis par Piette dans les plus anciennes assises du gisement de la rive droite de l’Arize, dans la grotte du Mas d'Azil (1); dans l’un, la tête manque, mais le corps et presque toutes les pattes subsistent, la bosse, avec sa toison ornemanisée, est très caractéristique. La tête d'un autre subsiste, avec sa grande barbe, et les pieds de devant ramenés en avant ; le front bombé, l'insertion latérale des cornes sont très nets.

Laugerie-Basse (Dordogne) a donné une première tête sculptée de Bison au Marquis de Vibraye (fig. 200), moins délicatement comprise, mais à front énormément convexe entre les cornes s’insérant au coin de l'œil. Une seconde pièce classique a été maintes fois figurée, et fut découverte par Elie Massénat : c'est un sommet de bâton de commandement, couronné de deux protomés de jeunes Bisons, fort reconnaissables, malgré leur âge qui atténue les caractères (2).

Le procédé du bas-relief très faible, appelé aussi par Piette « champlevé », a servi plusieurs fois, dans le vieux Magdalénien, à représenter des Bisons. Le fragment de la collection Vibraye dont nous venonsde parler, montre juste le front et les cornes d’un de ces animaux, en très faible saillie sur le champ. Une tète barbue, venant des Espélugues, est de la même technique (fig. 201, n° 4). C'est la même par laquelle on a répliqué, sur les deux faces d’un bois de Renne de Bruniquel (3), une tête et une patte de Bison très finement exécutées (fig. 200, n°2) Quatre objets de Laugerie-Basse montrent aussi des figures en faible saïllie sur le fond plus ou

moins raclé. Deux appartiennent à la collection de Vibraye : un fragment de palme de . : ne 2... HIG. 204 — létesde Bisons. en:

18. 202), aux dalénien ancien du Placard. Coll. de Maret, grandeur vraie.

Renne, avec une fort belle tête ( cornes longues et très sinueuses; une côte

illustrée sur chaque face d'une tête de

Bison ; l'une, prolongée en échine (fig. 203, n° 1) a le chignon très accentué, le front tout à fait bombé, une jolie barbiche ; l’autre manque de cet appendice, mais l'insertion de la corne, au milieu d’une grande masse poilue suffit à déterminer le type (fig. 203, n° 2). Le Bison fuyant devant un chasseur, pièce célèbre de

. Piette, l’Art pendant l’Age du Renne, pl. LXV, LXVI. Lartailhac. Les Stations de Bruniquel, èn l’Anthropologie.

DM 3. Girod et Massénat. Les Stations de l’Age du Renne, I, pl. IV.

la collection Massénat, appartient à la même série, et reste l’une des plus complètes et des plus expressives gravures de Bison sur os ou bois de Renne: son dos renflé, ainsi que le chignon, écrasant de leur masse la tête et les petites pattes antérieures, perdues dans un fanon traînant, ridiculement petites, ainsi que le train de derrière, par rapport à cet énorme avant-train; sa corne latérale, perdue dans la laine épaisse du front bombé, tels sont les caractères de cette admirable pièce (fig. 203). Chez elle, comme dans les objets précédents, les cornes sont fines, longues et sinueuses. Elles sont moins longues, mais tout aussi ondulées dans un fragment très incomplet de la même collection, comprenant aussi un front très proéminent.

Le plus grand nombre des images de Bison ont été gravées ; elles appartien-

nent d'ailleurs à toutes les phases du Magdalénien. Peut-être l'éclat d'os de Cro-

FIG. 2054 — auche, Bison avé sur os de Marsoulas, coll. Cau-Durbeau, d'après un dessin de Cartailhac ndeur vraie. — A droite, portion d’un Bison gravé sur os, Mas d’Azil, fouilles Breuil, un peu grandi (échelle de cinq quarts).

Magnon, publié par M. Rivière, et gravé d’une silhouette assez sommaire, doit-il remonter jusqu'à l'Aurignacien, mais ce n'est pas certain.

Parmi les dessins les plus anciens de la série, il faut probablement placer (fig. 204) deux têtes de Bison de la grotte du Placard, qui présentent cette particuarité d’avoir les cornes figurées de face, et le reste de la tête de profil. La plus petite de ces têtes montre bien la barbiche, le front bombé entre les cornes ; la plus grande n'a pas de barbiche, la place manquait pour l’exécuter, mais un grand chignon poilu prolonge le front en arrière ; toutes deux (1) ont des cornes arquées en sabre et non sinueuses et formant crochet à l'extrémité comme dans presque

ous les autres dessins. Cette manière de dessiner la tête de Bison est très particu-

1. M. le Pr Düerst a bien voulu m'écrire, en ce qui concerne les figures que j’attribue au Bison : « Je me range complètement à vos déterminations, sauf pour l’animal de la pl. IX, no 1. C’est évident que ce

pourrait être un Bison priscus, qui se distingue du B. europeus surtout par la longueur et la grosseur des cornes. Mais il faudrait d’autres preuves qu'une peinture : celles du Bison priseus (cf. Chantre, L'Homme Quaterne

votre peinture n’ont aucune forme naturelle, elle

les cornes n’ont pas la direction que doivent avoir dans le Bassin du Rhôn sont de forme impo

fig. 26). Les cornes de

sible ». Je crois que cela tient à une déformation d’ordre artistique, à laquelle il ne faut pas attacher trop d'importance. Un peu plus loin, M. le Pr Düers

es corn

, ajoute

Si vous admettez que le Bison précédent peut figurer le B. priscus, les têtes fig. 204, d’après

, pourraient aussi le figurer ». Un peu plus loin nous revenons sur ces divers dessins. (H.B.).

lière, mais non pas unique ; on doit la rapprocher de certaines graffites d’Altamira (fig. 38, n° 1, p. 53, et fig. 40, n° 3, p. 55, la Caverne d'Altamira, par MM. Cartailhac et Breuil). Il n'y a pas loin de ces figures à la tête de Bison vue en raccourci, comme celle gravée sur un bâton de commandement de Lorthet (fig. 200, n° 3), bien reconnaissable au front bombé et poilu. On doit en rapprocher un frontal de Bison, tracé en noir sur le plafond d’Altamira (loc. cit. pl. XIX) parfaitement certain comme attribution spécifique, malgré la simplicité de ses lignes, grâce à la largeur et à la convexité du front.

AN

FiG. 206. — Bisons gravés sur pierre de la Grotte des Espelugues, à Lourdes, réduits d’un tiers. Coll. Nelli.

Beaucoup d'images de Bisons ont été exécutées sur des morceaux de pierres schisteuses ou calcaires, et appartiennent généralement au Magdalénien moyen. E. Piette en a publié un fort beau du Mas d'Azil (1) (fig. 200, n° 4, et pl. LXV, n° 3) qui est emmêlé dans deux ou trois images d’équidés : le chignon et le front, poilus ainsi que la barbe, les cornes latérales, très incurvées, sont bien celles de l'animal que nous étudions.

1. E. Piette. L'Art pendant l’Age du Renne, pl. XLVI, no 4. Le Bison no 1 de la même planche est

une imitation moderne du Bison de la « Chasse à l’Auroch ».

F1G. 207. — Très grande gravure de Bison sur schiste de Bruniquel, coll. Peccadeau de Lisle ; réduction d’un tiers. British Museum.

F1G. 208. — A gauche, Bison gravé sur pierre de Bruniquel, coll. P. u de , au British Museum, échelle : deux tiers. — A droite, Bison sur bois de Renne, coll. Lartet au Musée de Saint- Germain, réduit d’un quart.

Les graveurs de la Grotte de Lourdes l'ont aussi plusieurs fois gravé sur schiste d’une manière très reconnaissable (fig. 206); l’un des dessins, complet, présente une énorme barbe, et de longues et fines cornes très recourbées. Les artistes de Bruniquel ont produit des pièces analogues, et parfois à très grande échelle (fig. 207). La robustesse d’un vieux mâle y est parfaitement saisie; une longue mèche termine sa queue relevée pour s'émoucher, le chignon et le dos ont des proportions modérées, ainsi que la barbe, mais la corne forme une double spire complète ; un autre dessin, en sens inverse et moins entier, montre des cornes encore plus tourmentées, très portées en avant, et à crochet terminal extrêmement récurrent. Un autre croquis sur

pierre du même endroit, montre un Bison ployant sur les pieds postérieurs et relevant la queue avec frayeur, comme une bête surprise et qui va fuir (fig. 208, n° 1); quoique les lignes générales soient bonnes, les détails sont peu accentués et manquent de fermeté.

F1G. 209. — Bison gravé sur bois de Renne, Mas d’Azil, Musée de Toulouse, grandeur vraie.

Les cornes si recourbées de la grande gravure de Bruniquel se retrouvent sur un fragment minuscule provenant de la grotte des Eyzies et où s'aperçoit aussi le front convexe (fig. 210, n° 2).

Au revers de la grande plaque de schiste dite Au Combat de Rennes, de la collection Vibraye, se trouve un dessin tout entier de Bison, dont les proportions générales sont bien prises, mais qui n’a pas été détaillé (r).

La série des Bisons gravés sur os et bois de Renne est également assez longue ; nous omettrons intentionnellement quelques débris trop infimes et dessins trop inférieurs, quoique, même à l’état fragmentaire, le Bison se reconnaisse du premier coup d'œil. On ne saurait hésiter un instant, devant de grandes gravures sur palmes de Renne, mêmes mutilées, comme celles découvertes à Laugerie-Basse par Lartet

r. E. Cartailhac et H. Breuil. Les œuvres d’art de la collection de Vibraye au Museum National, #n

l’Anthropologie, 1907, n° 2, fig. 16.

g. 208, n°2, et 210, n°1), la disproportion entre l’avant-corps énorme,

et Christ et l’arrière-train réduit, suffit à déterminer l'animal. Même observation pour une gravure du Mas d’Azil (Musée de Toulouse) (fig. 209); la barbe, les quelques traits perceptibles caractérisant le front et le dos énormes ôtent toute incertitude.

Un petit fragment recueilli au même gisement par l’un de nous (H. B.), si incomplet soit-il (fig. 205, n° 2), montre nettement le chignon, l’amorce du front

Fic. 210. — 1, Bison gravé sur palme de Renne de Laugerie-Basse, coll. C , au British Museum, réduit d'un quart. — 2, igment de gravure sur schiste, de la Grotte des Evzies, coll. Peyrony. — 3, Tètes de Bisons gravées sur bäton de commandement de la Madeleine, coll. Lartet, au Musée de Saint-Germain, grandeur vraie.

bombé qui suffisent pour diagnostiquer le Bison. A fortiori est-il bien reconnaissable dans d'excellentes silhouettes de têtes, comme trois de Lourdes (1) (fig. 201, n° 1 à 3), une autre de Laugerie-Basse (fig. 203, n° 3), avec leur front convexe, leurs cornes latérales, leur barbe pointue, et une figure entière, découverte à Marsoulas par E. Cartaïlhac (fig. 205, n° 1), qui exagère encore les caractères du diagnostic.

1. Voir Piette, l’Art pendant l’Age du Renne, pl. XXXIL, 1, 2.

Dans cette dernière figure, on rencontre une particularité de la robe qui doit être relevée : la cuisse et le ventre sont couverts de stries serrés tandis que le reste du tronc ne présente pas cette ornementation ; la limite forme une diagonale singulière à travers le corps du bovidé. Reportons-nous aux grandes fresques.d’Altamira ; huit d’entre eux (pl. XVI à XVIII, XXI, XXIII, XXIV et surtout XIX et XX) montrent à des degrés divers la mème ligne de division de la robe; cette diagonale représente donc quelques particularités du pelage, plus clair sans doute sur le dos et les flancs que sur les cuisses et le ventre (1). Chose curieuse, on ne les retrouve jamais notées sur les fresques de Font-de-Gaume. Les Bisons des régions françaises avaient-ils

donc une autre robe que leurs congénères des côtes tempérées de la zone Cantabrique ? Cette idée peut se soutenir.

Dans presque tous les dessins que nous avons énumérés, les cornes des Bisons ont été figurées fines, longues et sinueuses ; les gravures de la grotte du Placard font seules exception, avec leurscornes en forme de sabre, d’ailleurs fort bien développées.

A Altamira, sauf deux graflites que nous avons rapprochés des figures précédentes, les cornes sont longues et ondulées ; il en est de même à Font-de-Gaume : à une exception près, tous les Bisons, à quelque technique qu'ils appartiennent, ont les cornes fines, menues, flexueuses et pointues (2). Dans un Bison noir modelé (pl. IX, n° 1) une seule corne est figurée, énorme, incurvée en forme de sabre très recourbé.

Si l'on compare ces divers aspects d’encornures avec les cornes des Bisons actuels d'Europe ou d'Amérique, on ne peut manquer d’être profondément saisi de la différence considérable qui les sépare. En effet, les Bisons actuels des deux mondes ont les cornes très courtes, coniques, trapues, plus ou moins courbes mais jamais sinueuses. Entre ces pointes massives, à terminaison obtuse, et les fines cornes eflilées de nos dessins et de nos fresques, il y a une véritable opposition. Et ce n'est pas une question de plus ou de moins grand âge des individus : on peut voir, dans le travail sur le Bison d'Amérique de W. T. Hornaday (3), que les cornes de ces animaux, même âgés, ne décrivent qu'une courbe, et figurent assez bien les pointes, plus ou moins ouvertes ou rentrantes, d'un croissant. Nous avons fait des constatations analogues dans toutes les reproductions que nous avons pu nous procurer du Bison d'Europe.

Les cornes des Bisons actuels diffèrent donc par leur moindre longueur, par leur courbe simple, et leur forme trapue et obtuse, des cornes de Bisons qu'ont dessinées, la plupart du temps, les artistes Magdaléniens, longues, fines, sinueuses, effilées et pointues généralement ; parfois d’une seule courbe, en lame de sabre,

1. Les Vaches qui pâturent sur les côteaux de Santillana montrent très souvent cette distribution brusque des teintes (H. B.).

2. Les Bisons publiés par MM. Capitan et Breuil, de Niaux et de Marsoulas, ont aussi ces cornes fines, élégantes, sinueuses, pointues. Même observation pour ceux découverts dans les cavernes Cantabriques par M. Alcalde del Rio.

3. The Extermination of the American Bison, in Annual Report of National Museum. 1887, pl. VIII.

& Ni D

mais toujours longues, quelquefois même énormes (pl. IX). L'un de nous (H.B.), frappé de cette constatation, crut devoir la soumettre au D' Ü. Düerst, dont on connaît les belles recherches sur les Bœufs fossiles ; il voulut bien lui répondre en ces termes : « En ce qui concerne les cornes des Bisons, vous touchez là à un point « où votre témoignage me semble d'une extrême valeur. Je me suis déjà permis de « dire que je ne puis trouver aucune différence entre les diverses espèces de Bisons « fossiles et actuels, et que l'unique variation reposait dans la grandeur des cornes « qui, chez le Bison priscus, sont très longues, mais qui deviennent pendant des « siècles de plus en plus courtes, jusqu'à ceux de nos jours. Le même phénomène « s’est également manifesté chez les autres bovidés à longues cornes, sans exception. « Vous avez donc, dans les Bisons de vos fresques, des intermédiaires entre le type

« B. priscus et le type actuel, ce qui confirme, d'un côté, l'exactitude des dessins « quaternaires, et, d’autre part, leur grand âge. » (1).

te

F1G. 211. — Lame d’os, de Raymonden, montrant deux rangées d'hommes, simulant un cortège, une tête et des pattes de Bison. Grandeur vraie.

Presque tous les dessins que nous avons passés en revue appartiennent à la première moitié du Magdalénien. Dans le Gourdanien supérieur, et surtout dans le Lorthétien, les dessins de Bison se font beaucoup plus rares. Ils sont aussi beaucoup moins corrects, comme si, ce qui correspond bien aux données paléontologiques, ‘espèce était en voie d’extinction.

Edouard Piette avait bien montré que ce n’est que par erreur que Lartet avait un moment pensé clore le quaternaire récent par une phase du Bison succédant à a phase du Renne. La vérité est toute autre : dans les Pyrénées tout au moins,

a phase Boyidienne est très reculée dans le Magdalénien, elle correspond aux étages à sculptures en bois de Renne si développés dans la grotte du Mas d'Azil, et

1. Je crois devoir mentionner l'opinion de M. le Pr Heim, de Zurich, qui considèr, noir à grande corne courbe de la pl. IX, comme le Bison priscus, tandis que les autres s

aussi le Bison aient le Bison Europeus. Il n’est pas douteux que cette grande corne correspondrait bien aux chevilles osseuses colossales du B. priscus, telles que le montre, par exemple, une belle tête trouvée dans le Sussex (Angleterre), et publiée par F. Lucas dans sa note « The Fossil Bison of North America » (in Proc. ofthe Unit. St. Nat. Mus. vol. XXI, p.755 et seq. pl. LXXI et LXXII). Cet auteur montre toute une série de têtes de Bisons fossiles à ct

ne-

villes des cornes bien plus fortes que dans le type historique du Nouveau Monde. L'observation de M. le Pr Düerst est donc applicable aux Bisons de cette autre région (H.B.).

précède de peu une phase Æquidienne qui correspond à la base du Magdalénien moyen, avec les contours découpés de têtes de chevaux ; puis vient la phase Tarandienne, où le Renne prédomine, et où le Bison se raréfie beaucoup vers la fin ; c’est l’époque des plus belles gravures et des harpons à un seul rang de

FiG. 212. — Bisons gravés sur une côte, Grotte de Teyjat, coll. Perrier du Carne. Grandeur vraie. Les lettres indiquent les raccords.

barbelures du Gourdanien supérieur ; enfin vient la période où le Renne diminue

et où le Cerf Elaphe s’accroit, que Piette a appelée, à juste titre, £/apho-T'arandienne ; le Bison y est presque absent dans les Pyrénées, dans les couches à harpons à double rang de barbelure du Lorthétien ; et quand, avec l’Azilien, le Cerf Elaphe

a complètement remplacé le Renne {Ælaphien), quand l'Homme de l'époque de transition peint des galets et taille des harpons plats à base perforée, le dernier Bison est depuis longtemps émigré de cette zone méridionale (1).

Les dessins du Gourdanien récent et du Lorthétien, avons-nous dit, ne sont ni très abondants, ni toujours très corrects.

C'est à la dernière phase que se rapportent deux petites gravures découvertes à Fontarnaud (Gironde) par l'abbé Labrie ; elles sont encore inédites ; toutes deux sont très frustes, et l’on dirait que le dessinateur n'était plus familiarisé avec l'animal représenté, car le meilleur des deux croquis a les cornes tournées de devant derrière, écution de

le mufle et la barbe plus ou moins fusionnés. Cette hésitation dans l'e la tête n’est pas unique. Les gravures sur cascade stalagmitique de Teyjat en donnent plusieurs exemples bien nets : l’un des dessins, trouvé en place dans l’assise Gourdanienne de la grotte de la Mairie (2), a la barbe insuffisamment marquée, le front pas assez bombé, le chignon non distinct du dos bossu, tous caractères qui montrent que l'artiste n'était pas très familier avec son sujet. La cascade possède deux images

de Bisons, placés sur le même fragment. Le plus grand est d'une ligne irréprochable, sauf la tête, dont l'artiste a fait successivement trois tracés qui se nuisent mutuelle-

ment et dont aucun n'est correct : dans chacun, les cornes sont du type sinueux et effilé. Le second Bison du même bloc, très bien fait dans la plus grande partie du corps, est aussi manqué pour le devant : deux tracés de La tête ont été commencés, et l'artiste a renoncé à l’achever et à faire le mufle, la barbe et le fanon. Ces dessins sont probablement de la fin du Gourdanien.

Dans le Lorthétien de la même grotte, M. Bourrinet a récolté une portion de côte dessinée d’un avant-train de Bison, très incorrect et mal bâti; la bosse et le chignon sont cependant séparés, mais le front est trop plat ; la corne est raide et droite, sans être amincie au bout. De cette côte, il faut sans doute rapprocher une

autre côte de grande dimension, cassée en trois morceaux, recueillie par M. Perrier du Carne dans la même grotte, en 1888. Elle porte quatre dessins de Bisons, qui, cette fois, rentrent dans les proportions des Bisons actuels : les convexités du dos et du chignon sont modérées; les cornes sont très courtes, maïs toujours un peu sinueuses ; deux dessins sont excellents ; le troisième, manqué et tout déformé (3)

(fig. 212).

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