LES CAUSES DE LA CÉCITÉ DE GUERRE
Ces causes sont diverses. La cécité peut être déterminée par un traumalisme. Dans l'immense majorité des cas, elle est due à l’action propre des projectiles. Les projectiles seuls feront l’objet de notre étude. Ils appartiennent à peu près tous, ceux qui nous intéressent au moins, à la catégorie des armes offensives : les armes à feu. Les armes défensives, les armes blanches en particulier, n’ont à leur actif qu'un nombre infime de blessures oculaires. Leur action, qui porte surtout sur la racine des membres inférieurs et l'abdomen, ne remonte guère au delà de la base du thorax; nous les passerons donc volontairement sous silence.
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Les projectiles des armes à feu sont déja nombreux. La durée de la guerre ne cesse d'accroître leur chiffre et leur puissance. Dans l'ordre de leur importance, au point de vue qui nous occupe, nous citerons les balles et les éclats de balle, les obus, les bombes, les grenades.
La balle. — A la balle revient incontestablement la première place. C'est à elle que nous devons sans aucun doute le plus grand nombre de cas de cécité binoculaire. Nous ne nous occuperons que de celles dont nous avons pu constater les eflets : la balle allemande et la balle française.
La balle allemande ou balle S du Mauser allemand se caractérise essentiellement par sa forme cylindroogivale, sa petite taille (elle est longue à peine de 28 millimètres), sa pointe très effilée, sa couleur blanchâtre, son petit calibre (qui est de 7 millimètres), sa légèreté. Elle ne pèse que 10 grammes. Au point de vue de sa constitution, la balle S se compose d’une âme de plomb durei, enveloppé d’une chemise d’acier doux plaqué de maillechort. Si la balle frappe directement et de plein fouet le corps humain, elle détermine une lésion nette, avec plaie d'entrée et de sortie reconnue. Si, au contraire, elle vient à heurter un obstacle, à ricocher, en raison même de son manque d’'homogénéité, elle se disloque, sa gaine se brise, ses éclats forment autant de nouveaux projectiles dont le nombre fait la gravité. Ajoutons que cette dislocation peut se produire dans l’intérieur même des tissus, au contact d'un os, par exemple. Notons que les métaux qui
2"1082 entrent dans la constitution de la balle S sont magnétiques, ses éclats pourront donc être attirés et fixés par l'électro-aimant. La balle allemande agit, en somme, soit par sa totalité, soit par ses éclats.
A cet égard, elle se rapproche de l’ancienne balle française ou balle M, aujourd'hui abandonnée. La balle M est aussi constituée d’un noyau de plomb dur recouvert d’une chemise de laiton et d’acier.
La balle D, au contraire, est homogène; c’est un lingot de laiton. Quand on la compare à la balle allemande, on est frappé de sa couleur rouge foncé, de sa taille, 39 millimètres de long ; de son poids, qui est de 15 grammes; de sa forme, qui est biogivale. L’ogive antérieure se termine en pointe très effilée ; l’ogive postérieure est, au contraire, tronquée. En raison même de son homogénéité, les déformations que subit la balle D dans ses ricochets sont moins fréquentes et moins accusées. Le plus souvent elles se réduisent en « rebroussements » de la pointe. Il est bien rare que le corps ou la base s’aplatisse ou s’incurve. La déformation se produit toujours contre les objets extérieurs, Jamais au contact des os. Nous verrons plus loin l'importance de la notion des déformations.
Citons encore la balle de mitrailleuse, en tous points conforme à la balle de fusil, déterminant les mêmes blessures.
Nous étudierons maintenant, à un point de vue tout à fait général, la nature des lésions déterminées par les balles. Leur action est extrêmement diverse, tantôt destructive, tantôt conservatrice dans une certaine mesure. Il est impossible de fournir à ce sujet des
=. 99° — règles générales. Tout au plus nous bornerons-nous à signaler des facteurs de gravité ou, au contraire, de bénignité relative.
Les balles S et D, en raison de leur petit calibre (7 et 8 millimètres), de la terminaison en pointe effilée de leur ogive, sont généralement considérées comme moins meurtrières que les autres. À une époque où l’on n'avait qu’une faible idée de la guerre, on a pu, dans cet ordre d’idées, parler à leur propos de balle humanitaire. La vision d’un champ de bataille a depuis longtemps fait justice auprès de nous de ces conceptions.
Signalons encore, comme élément favorable, la grande distance : au delà de 500 mètres, la balle perfore, déterminant dans la profondeur des tissus des trajets réguliers. Cette action s’accentue au delà de 2,000 mètres, les dégâts sont alors minimes.
Ajoutons la moindre vitesse ; à mesure que s'accroît la distance, la vitesse de la balle diminue, sa force vive baisse, puisqu'elle est égale à 1/2 de MV*.
Les conditions les meilleures seront réalisées quand la balle arrivera directement et de plein fouet, ayant conservé dans sa trajectoire l’orientation que lui aura donné l’âme du canon.
La réalisation de quelques-unes de ces conditions assure en général des blessures nettes, sans trop gros dégâts. La balle ponctionne les tissus sans les faire éclater. Au niveau de l’œil, la balle déterminera une simple perforation. Nous verrons tout à l'heure que l'orbite peut être frappée beaucoup plus gravement.
Les facteurs de gravité d’une blessure sont la gran-
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deur de la vitesse de la balle qui les occasionne, la faiblesse de la distance à laquelle elle est tirée. Une balle, tirée de près, à moins de 500 mètres, présente une vitesse presque égale à sa vitesse initiale. À cette distance, elle provoque des effets explosifs. Au niveau de l'orbite, nous la verrons déterminer l'explosion des globes oculaires, telle qu’une énucléation traumatique en résulte.
Ajoutons, comme nouvel élément de gravité, les mouvements de bascule de la balle, particulièrement fréquents pour les balles S et D. Ces mouvements « oscillatoires et déviateurs », en vertu desquels la balle pivote sur son axe, se retourne et se présente soit par le travers, soit par Le culot, se produisent quand la balle rencontre un faible obstacle dans son parcours ou même en atteignant le corps dans l'épaisseur des tissus.
La balle retournée provoque des plaies particulièrement larges.
Les obus. — Les obus ont à leur actif un nombre important de cécités. À dessein, nous ne nous occuperons que de l’obus tiré par le canon de campagne léger ou demi-lourd, puisqu'il est destiné uniquement aux combattants ; le gros obus se trouvant, au contraire, lancé sur les obstacles et les ouvrages de défense. L’obus est essentiellement formé d’un corps métallique parfois en fonte, mais le plus souvent en acier, renforcé à son extrémité antérieure formant l’ogive, renforcé également à sa base formant le culot. Sur l’ogive est vissée la fusée. La fusée peut être fusante; dans ce cas, elle éclate en l'air, à la hauteur et à la distance pour