‹ La Cécité: Blessures de guerreChapitre 11 sur 25 · ER: ES · texte numérisé non relu

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laquelle elle a été débouchée. Elle peut être encore percutante : l’obus explose au contact d’un point résistant.

Nous avons en France l’obus de 75, l'obus de 105, l’obus de 155 court. Les Allemands ont le 77 et surtout le 105.

Les obus qui nous intéressent le plus sont les obus à balles et les obus explosifs.

Les obus à balles ont été très employés au début de la campagne, dans la proportion générale de 3 à 1.

On tend maintenant à en réduire le nombre.

Leur constitution est celle de l’obus ordinaire ; un corps à paroi mince, une ogive massive, un culot épais; à l’intérieur, une charge de poudre mélangée à des balles rondes, au nombre de 290 dans l’obus de 75; le 77 allemand en contient 300. L’obus de 105 allemand en renferme 500.

L'obus à balle éclate toujours en l’air.

L'obus explosif, tiré au début de la campagne dans la proportion de 1 à 5, a vu s’accroître son importance. Nos artilleurs ne tirent plus guère qu’à obus explosifs. Le corps de l’obus est en acier. Il renferme une forte charge de mélinite, environ 800 grammes pour le 7, 750 grammes pour le 77. Nous trouvons là l'explication des effets destructeurs de l’obus français.

Le 77 allemand est infiniment moins nocif.

L’obus explosif éclate généralement au ras du sol.

Les Allemands possèdent un troisième type d'obus, intermédiaire entre les deux précédents : explosif par sa partie antérieure, la partie ogivale ; shrapnell par sa partie postérieure. Une fusée percntante assure l’explo-

ne Fe sion de la partie antérieure, une fusée fusante permet la déflagration de la charge arrière.

L'obus est à double effet.

Nous ne nous étonnerons donc pas de trouver chez un même blessé des balles et des éclats d’acier.

L’obus agit à la fois par son explosion propre, par ses éclats et par ses balles. Nous aurons à étudier plus tard dans quelle mesure le son affecte la vue. Pour l'instant, nous nous occuperons des éclats et des balles d’obus et des blessures qu'ils provoquent.

L'éclat d’obus actuel, généralement en acier, provenant de l’obus explosif et percutant, est généralement petit. Il a une forme allongée, lamelleuse, striée, tranchante en biseau, atteignant à peine 1 centimètre ou 1 centimètre et demi. Certains éclats sont beaucoup plus petits. Nous ne tenons presque aucun compte des gros éclats, fournis par le culot, l’ogive et la fusée, qui ont une action infiniment moins marquée en raison de leur petit nombre.

Les premiers ont pour caractère essentiel de produire des blessures multiples, mais en général peu profondes, de forme étalée et irrégulière. Ajoutons pour l’'obus percutant une influence particulière : l’obus éclatant à terre, ses éclats sont souillés et tendent à infecter les bessures qu'ils déterminent.

La balle d’obus est ronde, de 10 à 15 millimètres de diamètre. Elle détermine des plaies arrondies et larges en cul-de-sac, avec perforation incomplète, souvent compliquées de la présence de corps étrangers et vouées à la suppuration. Parfois elle ne produit qu'une simple contusion. L'obus à balles, en raison du nom-

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bre relativement restreint de projectiles qu il met en liberté, paraît bien moins dangereux pour l'appareil visuel. Dans les trente observations relevées, une seule se rapporte à une balle de shrapnell ayant déterminé la cécité. L’obus explosif, au contraire, est la cause de presque toutes les cécités par éclat d’obus et la raison en est dans l'infinité des fragments qu'il fournit.

Les bombes et les grenades. — Ce qui caractérise l’action de l’obus, c’est qu’elle s’étend à une certaine distance. Elle diffère ainsi dé l’action de la bombe qui est toute locale. La bombe exerce de gros ravages à l'endroit précis où elle tombe. À quelques mètres, la violence de ses éclats est épuisée et l’action explosive dé ses gaz ne se fait plus sentir. Cette notion se vérifie pour toutes les bombes à quelque modèle qu’elles appartiennent. Les Français utilisent surtout la bombe Célerier et la bombe à ailettes. La bombe à ailettes, la plus intéressante, revêt les apparences extérieures d'un obus: elle est munie d’une fusée percutante. Sa base supporte une tige sur laquelle sont adaptées des ailetles destinées à en régulariser la chute. Elle pèse 5o kilogrammes.

La torpille aérienne allemande est plus volumineuse et de poids supérieur. Elle ne porte pas d’ailettes. Une notion de la faiblesse de son action à distance nous sera fournie par ce fait que les hommes qui la voient venir et qui ont le temps de sé garer à quelques mètres s’estiment absolument à l’abri de ses effets.

A l’action explosive de ses ‘gaz qui bouleverse les

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ouvrages de défense et en particulier les tranchées, à la puissance de ses éclats nous joindrons, pour être complet, l’action caustique. La bombe brûle en même temps qu'elle blesse.

L'action caustique se retrouve à un plus haut point dans la grenade. Nous dirons même qu’elle brûle autant qu’elle blesse. Elle est aussi le fruit de la guerre de tranchées, soit qu'il s'agisse d’user un ennemi placé à petite distance, soit qu’il s'agisse d'appuyer un mouvement offensif.

L’adversaire se ruant à l'assaut de la tranchée ennemie cherche à l’écraser sous une pluie de grenades au fur et à mesure qu'il se rapproche et, suivant l'expression, à l’aveugler. La grenade est essentiellement constituée par une sphère métallique quadrillée à sa surface, chargée d’explosifs, et pouvant contenir des projectiles de toutes formes et de tous poids.

Le système de percussion est mis en jeu par le débouchage de la grenade qui précède immédiatement sa projection. La grenade à main est meurtrière, parce que, lancée généralement à très courte distance, elle manque rarement son but; meurtrière pour les yeux en parüculier en raison de l’exposition de l'appareil visuel, qui est le moins protégé de tous, exposition qui tient à la nécessité pour le soldat de surveiller les mouvements de l’adversaire.

Par l’action de leurs éclats aussi bien que par leur action caustique, les bombes, torpilles et grenades, désignées en commun sous le nom générique de crapouillots, produisent un ensemble de plaies pouvant se ramener à deux types cliniques.

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Dans le premier type rentrent les gros délabrements ou l’amputation plus ou moins complète d’un membre.

Dans le deuxième type rentrent les blessures présentant les caractères suivants : ce sont des régions entières criblées d’éclats de mitraille, en général assez peu pénétrants, où sont incrustés à la fois les grains de poudre ayant subi une combustion incomplète et les débris vestimentaires entraînés. La région est en quelque sorte truffée par ces lésions. C’est ce type qui nous intéresse. C’est avec ce masque facial que se présentent quotidiennement nos grands blessés des yeux.

Balles, obus, bombes, grenades, tels sont les projectiles qui provoquent la cécité de guerre. Nous croyons quil convient d'en citer un cinquième le corps étranger projectile. Qu'un éclat d'obus, de bombe, une balle animée encore d’une certaine force vive, vienne frapper une pierre, une pièce de bois, elle tend à la fragmenter. Les débris héritant de la force vive transmise se transforment à leur tour en projectiles susceptibles de léser le corps humain. Au niveau de l’appareil visuel en particulier, ils pourront déterminer des désordres d'autant plus graves qu’ils défieront certains de nos moyens d'investigation et en particulier l'examen radiographique.

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