‹ La Cécité: Blessures de guerreChapitre 15 sur 25 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(Centre ophtalmologique de la XIV* Région).

Cécilé par balle ayant entraîné une double perforation.

V..., Claude, soldat au 21° régiment d'infanterie, né en 1890, à Villegovin (Saône-et-Loire).

Blessé le 28 août au col de la Chipotte.

Blessure par balle tirée transversalement et äe bas en haut, ayant pénétré au niveau de l’arcade zygomatique, étant ressortie au niveau du frontal gauche.

Le blessé se trouvait sur un flanc de coteau quand il a été atteint par une balle venant d’en bas et de sa droite, tirée à 40 mètres. La balle a fracturé l’arcade zygomatique à sa partie la plus antérieure, fracturé le bord supérieur du maxillaire

supérieur, intéressé l'orbite droit, les fosses nasales, fracturé la voûte frontale de l'orbite gauche.

La bosse frontale gauche a complètement disparu et se trouve remplacée par une dépression linéaire très profonde, dirigée obliquement en haut et à gauche.

L'œil droit est atrophié. L'œil gauche a été énucléé par un médecin militaire allemand pour cause de suppuration. Le blessé a été délivré à la mi-septembre par les Français. Il se plaint d'une céphalée constante. Cécité complète.

Le blessé a été évacué sur l'hôpital 8 bis.

OBsERvVATION V

(Centre ophtalmologique de la XIV* Région).

Cécité par balle ayant entraîné une double perforation.

D..., Gratien, soldat au 161° régiment d'infanterie.

Blessé le 22 août 1914 à Apincourt (Meurthe-et-Moselle).

Balle tirée transversalement suivant un trajet biorbitaire.

La balle a pénétré au niveau du globe oculaire gauche, traversé la racine du nez, fracturé le plancher orbitaire droit. Elle est ressortie à 2 centimètres au-dessous de l’angle externe de l'œil droit. L’œil gauche a été énucléé en Allemagne par des médecins français, prisonniers, le 28 août. L’œil droit est atrophié.

Le blessé a été évacué sur l'hôpital 8 bis.

OgBsEervaTION V bis

(Centre ophtalmologique de la XIV* Région).

Cécité par balle ayant déterminé une double perforation des globes.

D..., Paul, soldat au 210° régiment d'infanterie.

Blessé le 24 avril 1915 au bois d’Aïlly, par une balle ayant lésé en séton les deux orbites et intéressé les fosses nasales.

A été soigné à l'hôpital de Commercy, où il fut énucléé de l'œil

ec gauche, évacué ensuite sur Chambéry et l'hôpital Desgenettes, à Lyon.

A l'examen : O. G. énucléé.

O. D. Chémosis, hémorragie du vitré, décollement rétinien

probable. V. = Q.

Dans sa traversée des orbites, la balle peut encore produire une double énucléation, une expulsion totale des deux globes.

OgsEervarTiIoN VI

(Centre ophtalmologique de la XIVs Région).

Cécilé par balle ayant entraîné une double énucléation.

G..., Prosper, soldat au 53° régiment d'infanterie, né à Revel (Aube).

Blessé le 19 août à Cutet (Lorraine).

Blessure par balle tirée transversalement ayant énucléé les deux globes et lésé la racine du nez.

Le blessé raconte qu’au cours d'un assaut, il a été alteint par une balle arrivant de sa gauche, tirée à 200 mètres environ. La balle, lésant le rebord inférieur de l'orbite gauche, a traversé les os du nez, dans un trajet exactement transversal, et est ressortie par l'orbite droit sans toucher les parois orbitaires. Actuellement, on constate un ectropion des paupières inférieures des deux yeux témoignant de leur atteinte. Les deux globes oculaires ont été énucléés sous l’action de la balle. Il ne persiste que des moignons.

À noter la perte complète de l'odorat, qui persiste entière.

Le blessé a été pansé et soigné en Allemagne, d'où il est rentré le 4 mars.

15 avril. — Opération de l'ectropion des paupières inférieures : résultat peu satisfaisant, Le blessé à été évacué sur

l'hôpital 8 bis (D' Masson).

Eire

OBsErvATION VII (Centre ophtalmologique de la XIV: Région), Cécité par balle ayant entraîné une double énucléation.

P..., Lucien, soldat au 30° régiment d'infanterie,

Blessé à Erleville (Somme) le 25 septembre.

La balle, tirée transversalement à une centaine de mètres, de droite à gauche, a lésé le malaire droit à 1 centimètre au-dessous de l’angle externe de l'œil, a fracturé le plancher de l'orbite droite à sa partie la plus antérieure, fracturé les os du nez, ainsi que le plancher de l'orbite gauche.

Actuellement, on constate une large perte de substance au niveau de la paupière inférieure ‘gauche. Les globes oculaires ont totalement disparu; il y a eu énucléation par balle à peu près complète. À gauche, il persiste un tout petit moignon.

Le blessé accuse la perte complète de l’odorat. Il a été évacué sur l’hôpital 8 bis.

La balle peut aussi agir à distance sur le globe sans intéresser directement l'orbite. Elle le confusionne, comme c'est le cas dans l'observation VIII.

OBsERvVATION VIII

(Centre ophtalmologique de la XIVe Région).

Cécité par balle ayant perforé un globe et contusionné l’autre.

C..., Louis, soldat au 158° régiment d'infanterie, né en 1892 à Bonnétable (Sarthe).

Blessé le 1° mai 1915 au Bois-le-Prêtre.

Blessure par balle ayant contusionné l'œil droit et atteint directement l'œil gauche.

La balle a pénétré à la partie inférieure de la région malaire droite, intéressant le maxillaire supérieur, les fosses nasales ;

LR mr Lo

elle est ressortie par l'orbite gauche au niveau de l'angle interne, en lésant sa paupière inférieure.

Le blessé a été pansé sur place, puis à Pont-à-Mousson, Toul.

Rentré à l’'Hôtel-Dieu de Lyon le 17 mai 1915.

L'œil gauche, qui avait été atteint directement par le projectile, a été énucléé secondairement,

L'œil droit, contusionné, présente à l'examen ophtalmoscopique une hémorragie du vitré.

Cécité complète. OEil d'apparence normale. Blessé évacué sur l'hôpital 8 his.

o° Lésions indirectes de la balle entière. — Ces actions indirectes s’exercent sur les voies nerveuses optiques. La lésion peut porter en des points divers. Elle peut intéresser le nerfoptique: c'est le cas général. Si le coup de feu porte en arrière, la balle vient frapper le splénoïde, au niveau de la selle turcique en particulier ; 1l s'ensuit une lésion du chiasma. Il peut s'agir d’une blessure directe du chiasma, de sa compression par des esquilles osseuses ou aussi par un anévrisme.

La balle peut encore déterminer la cécité par une lésion des deux centres visuels du lobe occipital ou des voies optiques. La destruction d’un seul centre provoquerait l'hémianopsie.

Nous rapportons deux observations de cécité par lésion des voies nerveuses. Dans la première, il s’agit d’une section du nerf optique.

Dans la deuxième, le processus de cécité est dû à une lésion des centres eux-mêmes, s'accompagnant de phénomènes de compression cérébrale, comme s’il y avait une tumeur cérébrale surajoutée,

Es

OgservarTioN IX (Centre ophtalmologique de la XIV* Région).

Cécitépar lésion du nerf optique d'un œil, el contusion probable du globe opposé.

D..., Léon, soldat au 157° régiment d'infanterie, né le 30 décembre 1892 à Baroménil (Seine-[nférieure).

Blessé le 22 août à Dannemarie.

La balle, dirigée transversalement de droite à gauche, tirée à 100 mètres, a pénétré à 2 cm. 5 au-dessous de l’angle externe de l'œil droit, a fracturé le plancher de l'orbite droite, a lésé les os du nez, fracturé le plancher de l'orbite gauche et le malaire gauche, remontant à 1 centimètre en arrière de l'angle externe de l’œil gauche.

L'examen ophtalmoscopique, pratiqué à Desgenettes, révèle :

O. D. Atrophie papillaire. Chôrio-rétinite. V. = 1/100.

O. G. Atrophie. V.— Q|.

Soigné en Allemagne, Evacué en France, en mars,

OBSERVATION X (Centre ophtalmologique XIV® Région).

Cécité par balle ayant intéressé les centres visuels.

L..., Jean, soldat au 83° régiment d'infanterie, né à Puitz-de- Touges (Haute-Garonne).

Blessé à Sedan le 27 août par une balle.

Blessure ayant pénétré dans le pariétal gauche, sortie à 5 centimètres au-dessus, au sommet du vertex.

Hémiplégie droite. Légère confusion mentale. Double œdème papillaire. Cécité.

Prisonnier de guerre évacué d'Allemagne comme mutilé le 13 Mars.

Le blessé raconte qu'il a été touché le 27 août au matin, vers les 6 heures. Il a perdu connaissance et est tombé. L'aprèsmidi il est revenu à lui, quand les Allemands le relevaient. il a remarqué que ni sa jambe, ni son bras droits ne lui obéis-

te

saient. Il ne les sentait plus. La moitié de son visage refusait d'accomplir le moindre mouvement. Le blessé était très gêné pour causer. Il parvenait avec peine à se faire comprendre. Sa gêne augmenta très rapidement. Le lendemain, il ne pouvait remuer ni sa jambe, ni son bras droits. Il ne parlait plus. Il avait un brouillard devant les yeux, plus intense à droite. Mais, somme toute, la vue était encore bonne.

Au bout de deux mois, le blessé commença à mouvoir d’abord sa jambe, puis son bras. Quinze jours après, il marcha avec des difficultés; il put mouvoir son bras, ce qui détermina son envoi, prématuré à son avis, dans un camp de prisonniers,

Le brouillard persistait devant ses yeux, mais sans augmentation.

Vers la mi-décembre, le blessé se plaignit de la tête. Il sentit ses jambes fléchir à nouveau. Les vomissements le prirent; ces vomissements survenaient à tout moment dans la journée ; généralement ils s’accompagnaient d'efforts. Ils étaient soit alimentaires, soit bilieux.

La vue persistait au même degré. Devant ces symptômes, les médecins allemands lui proposèrent une intervention qu'il accepta. Le blessé fut trépané le 18 juillet à Cologne.

Les suites opératoires paraissent avoir été normales.

Au bout de trois semaines, le blessé se leva, ne trouvant guère d'amélioration dans sa jambe ou son bras droit. Les vomissements persistent ainsi que la céphalée. Le brouillard s'épaissit devant ses yeux, surtout à droite.

Sur ces entrefaites, le 13 mars, le blessé partit pour la France. Il'entra, à Lyon, à Ozanam. Ses yeux se troublérent de plus en plus. Le blessé distinguait avec peine les objets, surtout de l'œil droit. Vers la mi-avril cet état s'exagéra.

Un examen ophtalmoscopique, pratiqué le 4 mai à Desgenettes, montra l'existence d’une hémorragie rétinienne régressive bilatérale.

Le 5 juin, un deuxième examen montra un double œdème papillaire.

Actuellement, le blessé marche avec beaucoup de difficultés. Le membre inférieur droit est sans force, très atrophié. Le malade s’y appuie un peu dessus tout de même. Le bras droit est aussi atrophié, sa force diminuée, Le blessé est dans l’impossi-

= = bilité d'assurer des mouvements vigoureux de préhension de ses doigts.

On constate, en outre, un certain degré d'asymétrie faciale.

A la partie supérieure du temporal gauche, sur une longueur de 5 centimètres environ, on constate l'existence d'une cicatrice linéaire oblique, en haut et en avant, aboutissant au sommet du vertex, résultant à la fois de la blessure originelle et de la blessure déterminée par la trépanation. A ce niveau, on voit les battements de la dure-mère se transmettre au cuir chevelu et aux cheveux qui le surmontent.

Au point de vue fonctionnel, le malade va bien. Plus de céphalée. 11 ne vomit pas. Il est d’une façon générale confus dans ses explications.

La cécité est absolue,

Le blessé est envoyé dans le Service du Dr Collet, à la Charité.

b) Les Ecrars DE BALLE. — Ils produisent généralement des perforations des globes, comme en témoignent les observations XI, XII, XITIS

OBsEeRvATION XI

(Centre ophtalmologique de la XIV® Région).

Cécité par éclats de balle ayant déterminé une perforation double.

B..., Jules, soldat au 22° chasseurs alpins, né à Mas-de-Tence (Haute-Loire).

Blessé le 3 septembre 1914 au col des Journaux.

Blessure par fragment de balle.

L'œil droit a été atteint au niveau de son angle externe par un fragment de balle et perforé.

L'œil gauche ne présente pas de lésion apparente. Sa vision a baissé progressivement pour disparaître au bout de quatre mois.

L'odorat a disparu pendant environ quinze jours après la blessure.

D'autres éclats de la même balle ont atteint la lèvre, la joue,

tie le cou. Il semble qu'on puisse leur rapporter certains troubles de la sensibilité faciale accusés par le blessé.

Le blessé a été pensé à Gérardmer huit heures après. Evacué sur l'hôpital Desgenettes. Envoyé le 1° décembre à Saint-Pothin. Rentré enfin à la Clinique Dor, à la Croix-Rousse, à la mi-février, où on l'énucléa de l'œil droit.

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