AVANT-PROPOS
Cet exposé est le fruit d’un travail effectué au retour du front (Lorraine, Belgique, Champagne), au cours d'un congé de convalescence. Nous appelons sur lui la bienveillante attention du lecteur. Nous nous sommes heurté, en effet, à quelques difficultés, qui ont tenu, en particulier, à la documentation.
Notre sujet de thèse était fixé d'avance. A un soldat et en ces temps, 1l convenait un mémoire de chirurgie de guerre. Nous nous sommes assigné les Cécilés par blessures de querre.
C’est avec un grand intérêt que nous avions observé au front ces traumatismes oculaires. Les circonstances voulaient que nous ne poussions guère nos investigations. Après un court examen relevant les grosses lésions de son appareil visuel, le blessé était pansé et renvoyé à l’arrière par les voies les plus directes. Mais le plus grand nombre de ses lésions nous échappaient. Avec le plus vif intérêt nous avons retrouvé ici ces blessés des yeux et appris leur histoire. Les plus heureux ont guéri. Les autres ont fait de la cécité monoculaire. Les moins favorisés, ceux qui nous intéressent aujourd'hui, ont fait de la cécité binoculaire.
PUR D'autre part, la situation morale des aveugles n’étaitelle pas faite pour nous intéresser à leurs blessures ? Ceux qui ont franchi le « Styx des vivants », et qui, bannis dans un «triste lieu d’exil », ne connaissent plus que le « Royaume de l'Ombre ». La « lugubre loi pèse sur eux de tout le poids de l’irrémédiable ». Si graves que soient nos malheurs, nous espérons toujours une fin. Ils n’ont même pas cette illusion vague et bienfaisante que nous conservons jusque dans les plus graves douleurs « et que nous n’abandonnons qu'au terme de nos souffrances » (D' Curtil, chef de Clinique du professeur Rollet). L'aveugle sait bien que « Jamais il ne reverra le jour, que s’il veut être sage, 1l doit lâcher tout espoir de faire le pas qui le ramènerait parmi nous en deçà du voile, et que la seule issue de ce premier tombeau serait l’autre tombeau avec l’autre nuit, celle qui nous prend tous et ne finit jamais ». Situation d'autant plus émouvante que nos aveugles ont connu les plaisirs de la vue, qu'ils l’ont perdue au jour de leurs plus belles espérances, et pour la grande Cause patriotique. L'aveugle militaire entre sur la « terre nouvelle l’âme chargée de souvenirs et de regrels; 1l laisse derrière lui la suite plus ou moins longue de son passé de lumière. Devant lui se dressent les ténèbres de l'avenir. » Il connaîtra un « choc qui l’étourdira ». La lumière est pour lui un «trésor perdu ». L'aveugle militaire pourra lui adresser une suprême prière : « Lumière prodigieuse, inflexible Déesse, toi qui nous accueilles à la vie et nous auras jusqu’à la mort, sublime et céleste épouse, ô mon infidèle, sois à moi une dernière fois. Je t’implore pour un dernier bai-
ser. Vivons dans une suprême minute toutes les joies, tout le bonheur, toute la clarté débordante de notre pensée, ensuite tu pourras relâcher ton étreinte, et tu poursuivras ta route vers l'infini de l’espace et du temps. Moi, sans (e maudire, ému pour jamais de ta dernière caresse, je laisserai tomber ma paupière sur ce regard que tu n’animeras plus, et ce sera notre adieu, » Combien plus troublante la situation matérielle de l'aveugle soldat. Privé du jour au lendemain de ses facultés de travail, que va-t-il devenir? Il ne saurait compter pour vivre sur la pension de réforme qui lui est allouée. Nous aurons à étudier l’ensemble des mesures propres à créer chez ces êtres des facultés nouvelles, des moyens de travail, qui les rendront à la vie utile et sociale. A cetitre nous croirons continuer l’œuvre patriotique accomplie au front depuis dix mois. Qu'ils nous soit permis d'adresser au professeur Rollet nos meilleurs remerciements. Il nous a fourni l’idée de ce travail. Il nous en a donné les grandes lignes. Ses conseils éclairés nous ont guidé au cours de notre rédaction. Il nous a consacré les rares loisirs que lui laissent ses obligations militaires. Il nous a fait l'honneur d’accepter la présidence de notre thèse. Nous ne saurions oublier quel maître fut pour nous le professeur Tixier, qui, en maintes circonstances, nous a témoigné le plus grand intérêt. Dans son Service, il ne nous a ménagé ni ses conseils, n1 ses enseignements. Nous l’assurons de toute notre reconnaissance. Nous remerçions encore les D Mouisset et Mollard, médecins des Hôpitaux, de l’enseignement précieux et pratique qu’ils nous ont fourni au lit du malade; le
En des D' Voron, accoucheur des Hôpitaux, de la bienveillance avec laquelle il nous a accueilli dans son Service, et des facilités qu’il nous y a accordées.
Nous n'oublierons pas l’aide particulièrement précieuse que nous ont fournie, à l’occasion de ce travail, les D'S Ronot et Mangini, anciens internes des Hôpitaux et dans la Clinique.
Nous ne saurions passer sous silence l'accueil agréable que nous avons reçu à la Maison des Aveugles de Villeurbanne, el nous en sommes vivement reconnaissant au D'° Masson, qui s’est intéressé à notre mémoire, et à MM. les directeurs Leblanc et Lafontaine.
Que, dans ma famille, le D' Elie Lavabre, mon frère, ancien interne des Hôpitaux, le D' Léon Virenque, mon beau-frère, reçoivent ici le témoignage de ma plus affectueuse gratitude pour l’appui constant, les conseils sages et bienveillants qu'ils ont bien voulu me témoigner dans le courant de mes études.
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