INTRODUCTION ET HISTORIQUE
Notre travail comprend trois grands chapitres :
Le premier chapitre a trait à la cécité en France. Il est rédigé d’après les indications fournies par le professeur Truc et le D'Trousseau dans leur rapport à la Commission pour l’Assistance oculistique des aveugles.
Nous fournissons une définition précise de l’aveugle, destinée à assurer la régularité et l’unité de notre étude.
Nous déterminons encore la fréquence, l’âge et les principales causes de la cécité.
Dans un deuxième chapitre, nous étudions :
1° Les causes de la cécité de guerre : les projectiles; nous citons leur nature et leur action générale ;
2° Les lésions : nous envisageons successivement les lésions déterminées par les balles, les obus, les crapouillots.
Nous établissons une nouvelle distinction parmi les
nr — blessures par balles suivant qu’elles se rapportent à l’action de la balle entière, de ses éclats ou des corps étrangers qu’elle projette contre l'œil.
Nous relevons deux sortes de lésions produites par la balle : les lésions directes portant sur le globe, les lésions indirectes portant sur les centres nerveux.
Nous déterminons l’action de l’obus qui s'exerce par ses éclats et son explosion même, l’action du crapouillot qui, aux influences précédentes, joint un effet caustique.
Nous fixons la nature des lésions des globes oculaires et les réduisons à trois : la contusion, la perforation, l’énucléation traumatique.
Dans notre froisième chapitre, nous envisageons les obligations qui nous incombent à l'égard des militaires aveugles. Nous déterminons la conduite à tenir, l’éducation, l'instruction, la protection de l’aveugle.
Dans un dernier paragraphe, nous disons ce qu'a fait Lyon pour ses aveugles en général et ses aveugles militaires en particulier.
Les cécités par blessures ont fait l’objet d’un petit nombre de travaux seulement. Rien dans les Annales d'Oculistique (1871-1874), où se trouvent quelques mémoires sur des lésions oculaires de guerre.
Dans leur Traité pratique de Chirurgie d'armée, publié en 1890, les médecins principaux Chauvel et Nimier ont consacré un chapitre aux blessures de l'œil observées dans la guerre de 1870-1871.
Ces auteurs examinent successivement les causes de la cécité de guerre, les lésions déterminées : les causes
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sont les projectiles : balles, éclats de balle, corps étrangers, obus agissant par leur passage, leur explosion, la déflagration de la poudre qu'ils contiennent. Les lésions sont : 1° directes : commotions de la rétine, contusion des globes, perforation, énucléation, brûlure; 2° indirectes : section du nerf optique, blessure des deux centres visuels dans les lobes occipitaux, accidents d’origine sympathique affectant l’œil du côté opposé.
Les dernières grandes guerres ont peu enrichi l’histoire des cécités; les quelques renseignements qu'elles nous aient values sont contenus dans la Guerre de Bulgarie et de Turquie, par le D' Laurent. Nous y relevons seulement quatre observations.
Deux se rapportent à l’action d’une balle, mais ne précisent pas les lésions :
OBsERVATION Î[. — N. T.., vingt ans, officier, 12° régiment d'infanterie.
Blessé à Sultan-Tepe le 6 juillet par balle de revolver tirée à 12 pas; est resté huit heures sans connaissance. Anosmie, cécité.
OsservarTion II, — N. P..., vingt-cinq ans, lieutenant, 40° régiment d’infanterie. Blessé le 5 juillet par balle tirée à 800 pas. N'a pas perdu connaissance, Anosmie, cécité.
L'observation III à trait à l’action d’une balle ayant lésé les centres visuels.
OgservarTioN III. — G. T..., trente-huit ans, 44° régiment d'infanterie. Blessé le 27 juin par balle serbe transverso-occipitale supérieure tirée à 800 pas. Perte de connaissance qui s’est prolongée dix jours. À marché ensuite : ni aphasie, ni parésie, ni cécité,
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Un mois après, a perçu légèrement la lumière à droite. Le 7 septembre, rien de particulier à la rétine.
La quatrième observation se rapporte encore à une lésion des centres visuels, mais par balle de shrapnell :
Ossenvarion IV.— L.I..., vingt-huit ans. Blessé le 2 novembre 1912, près d'Andrinople, par un schrapnell, vers l’occiput, Il ne pouvait rien voir, ni rester debout. La balle a été extraite le lendemain. Il reprit connaissance six jours après. La marche est impossible pendant un mois. La parole, qui a été embarrassée, est normale. Insomnie. Il se plaint de vertiges. La vision reste imparfaite. Congestion de la rétine droite. Il peut marcher, mais difficilement. Diplopie. Trouble vitré. Cicatrices et fistule à trois doigts en arrière de la région rolandique supérieure droite.
Opération le 14 décembre. Ablation de nombreuses esquilles. Ce sujet s'améliore rapidement, sa vision redevient normale. I] peut se lever et marcher dès le cinquième jour.
Tels sont les éléments qui, à ce jour, représentent l'histoire des cécités de guerre.
Les plaies de l’œ1l observées dans les tentatives de meurtre ou de suicide par balle à la tempe ne sauraient leur être assimilées. Ce genre de blessure, particulièrement étudié par le professeur Rollet dans son mémoire l'OEïl et le Revolver, ne rappelle que de loin la lésion déterminée par la balle de guerre dans sa traversée des orbites. La balle du Lebel ou du Mauser, en effet, diffère totalement de la balle du revolver de la pratique civile, en particulier par sa vitesse et sa force de pénétration. Il en résulte des modifications essentielles dans les blessures déterminées.
La même remarque s'applique à la balle en usage en 1870. En raison de sa grande vitesse, la balle de
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guerre actuelle accroîtra la fréquence des contusions des globes oculaires, le nombre des énucléations traumatiques, la gravité des perforations.
De même, l'obas actuel, en raison de la dispersion de ses éclats, de leur pénétration, déterminera laugmentation du nombre et de la gravité des blessures oculaires.
La guerre actuelle de tranchées a, de plus, donné le jour à des projectiles nouveaux. Il s'ensuit des blessures nouvelles.
Nous conclurons que l’histoire des cécités par blessures de guerre n'est pas entièrement nouvelle, mais qu'elle pose des problèmes nouveaux.
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