ACTE DIX-NEUVIÈME
vienne mon doux seigneur; chante bien bas au milieu de ces feuillages, afin de ne pas attirer PaUention des passants.
Lucrèce.
Heureuse toi qui cultives Toutes ces brillantes fleurs, Et qui le matin les cueilles Pour en orner tes amours.
Parez-vous de vos couleurs, Beaux œillets de ce jardin,* Répandez tous vos parfums, Le bien-aimé va venir.
Mélibée. Oh! combien il m'est doux de t'entendre! je ne me sens pas de joie; ne t'arrête pas, par amour pour moi.
Lucrèce.
Joyeux est l'homme altéré Qui rencontre une fontaine j Plus joyeuse est Mélibée Quand Calixte vient la voir.
Lorsque la nuit tend ses voiles, Son bonheur est d'être à lui, De le presser sur son cœur Quand il descend auprès d'elle !
Le loup saute d'allégresse Quand il trouve les moutons, Les agneaux quand vient leur mère, Mélibée quand vient Calixte.
Jamais de celle qu'il aime Fut amant plus désiré • Ni jardin plus visité $ Jamais nuit plus fortunée.
Mélibée. Tout ce que tu me dis, amie Lucrèce, je me le représente devant moi, il me semble que je vois tout de mes yeux. Continue, car tu chantes bien $ je vais chanter avec toi.
Lucrèce et Mélibée.
Beaux arbres à l'épais feuillage, Lorsque vous verrez les doux yeux De celui que vous désirez, Courbez-vous pour lui rendre hommage.
Etoiles qui, brillant au ciel, L'éclairez du soir au matin, Si mon bien-aimé dort encore, Pourquoi ne Féveillez-vous pas ?
Mélibée. Écoute-moi, je t'en prie, je veux chanter seule.
Rossignols, oiseaux d'harmonie, gui chantez quand paraît l'aurore, Allez dire à mon bien-aimé Qu'ici je gémis à l'attendre.
La nuit rapidement s'écoule, Il n'est pas encore arrivé $ Dites-moi si près d'elle une autre L'aura retenu, enchaîné.
Calixte. La douceur de tes chants m'a vaincu; je ne puis te faire supporter plus longtemps l'absence, ô ma reine et tout mon bien! Quelle femme au monde peut l'emporter sur ton grand mérite? Quelle ravissante mélodie! ô doux moment! O mon cœur! comment ne t'es-tu pas contenu un peu plus longtemps? pourquoi as-tu interrompu les chants de ta bien-aimée ? ne pouvais-tu combattre un instant encore ton désir et le sien ?
Mélibée. O douce trahison! agréable surprise ! Estce bien mon seigneur et mon âme? Est-ce lui? Je ne puis le croire. Où étais-tu, brillant soleil ? où cachaistu ta clarté? Y avait-il longtemps que tu écoutais? Pourquoi me laissais-tu jeter au vent d'aussi folles raisons avec mon aigre voix de cygne? Tout ce verger est joyeux de ta venue. Vois la lune, comme elle nous éclaire! Vois les nuages, comme ils s'enfuient! Écoute cette charmante fontaine, comme elle coule et