Sismondi, Littérature du Midi
XXVI FREFACE
de Rojas et de celui de Cervantes prononçaient sans honte et sans mauvaises pensées tous ces mots dont rougit la pruderie de notre époque. On ne peut donc affirmer, malgré l'extrême liberté de tableaux et d'expressions qu'on remarque dans la Célestine, que ce soit une œuvre infâme^ comme l'a prétendu un écrivain moderne l. Je n'irai pas jusqu'à avancer, comme preuve de la moralité du livre de Rojas, que la majeure partie des exemplaires que possèdent nos bibliothèques publiques a appartenu à des prêtres^ à des évêques, voire même à la Société de Jésus : cela ne prouverait rien2; mais je ferai remarquer que don Pedro-Manuel de Urrea, auteur d'une imitation de 1/iCêlestine en vers castillans, la dédia à sa mère, la comtesse de Aranda; que l'une des traductions italiennes, celle de 1 5 3 5 3, a été faite par un familier du pape Jules II, nommé Alfonso Hordonez, d'origine espagnole, à la prière de l'illustrissime dame Feltria de Campo-Fregoso, à laquelle elle est dédiée * ;
1. M. Lottin de Laval dit, dans un roman intitulé les Galanteries du maréchal de Bassompierre : « Tragi-comédie imprimée en France sous François Ier, une chose infâme, digne de l'Aretin, qui pourtant faisait les délices de la cour, tant les mœurs étaient dissolues. » Cette note de M. Lottin de Laval me porte à croire qu'il n'a pas lu la Célestïne.
2. Exemplaire delà bibliothèque Mazarine (Anvers, I 539). — A dotn Emforis Oneûj-o.
Même bibliothèque (Anvers, i5gg). — Domhicus Barnabas Turgot, episcopus Sagiensis, i 7 i 7 .
Bibliothèque Richelieu, exemplaire de l'édition de Séville, 1 40 1 . — Société de Jésus .