ACTE PREMIER
son lit. Bon courage ! ce sera là le résultat des cadeaux de mon maître; sans récompense, rien n'arrive à bonne fin.
Calixte. Ne néglige rien.
Sempronio. Et faites de même, jamais maître négligent ne rendit valet diligent.
Calixte. Comment penses-tu parvenir à me rendre service?
Sempronio. Je vais vous le dire. Il y a longtemps que je connais dans le voisinage une vieille barbue qui se fait appeler Célestine : c'est une rusée sorcière, habile à toute espèce de méchanceté. Je crois qu'on peut élever à cinq mille le nombre de virginités qui ont été faites et défaites par son autorité dans cette ville. Si elle le voulait, elle exciterait à la luxure et pousserait l'une vers l'autre les pierres les plus dures. Calixte. Pourrai-je lui parler?
Sempronio. Je vous l'amènerai ici. Préparez- vous à sa visite; soyez avec elle gracieux et généreux surtout, et, pendant que je vais la chercher, disposez -vous à lui dire votre peine aussi clairement qu'elle vous en indiquera le remède. Calixte. Ne tarde pas.
Sempronio. Je pars, Dieu vous garde !
Calixte. Qu'il t'accompagne!
Calixte, seul. O Dieu tout-puissant et éternel ! toi qui guides les hommes égarés, toi qui envoyas une étoile pour amener à Bethléem les rois de l'Orient et les reconduire dans leur patrie ! je te conjure humblement de guider mon Sempronio de telle manière qu'il puisse changer en joie ma peine et ma tristesse, et me conduire, moi indigne, au but que je désire tant !
Célestine. Bonne nouvelle 20, Elicie, bonne nouvelle! voici Sempronio.
Élicie. Chut, chut, silence!
Célestine. Pourquoi?
Elicie. Criton est ici.
Célestine. Cache-le dans la chambre aux balais, vite. Dis-lui que c'est ton cousin, un de mes habitue's qui vient.
Elicie. Criton, cache-toi ici. Voici mon cousin, je suis perdue.
Criton. Volontiers, ne t'inquiète pas.
Sempronio. Bonne mère! que je désirais te voir! Grâces à Dieu, qui me conduit vers toi.
Célestine. Mon fils, mon roi, tu m'as effrayée, je ne puis parler. Viens, embrasse-moi de nouveau. Comment as-tu pu passer trois jours sans nous voir ? Elicie, Elicie, le voilà.
Elicie. Qui, mère?
Célestine. Sempronio.
Elicie. Ah ! mon Dieu! le cœur me bat ! Où est-il? Célestine. Il est ici, je l'embrasse sans toi. Elicie. Ah ! maudit traître! la fièvre te tue, puissestu mourir entre les mains de tes ennemis? puisses-tu te trouver au pouvoir de la justice pour des crimes dignes de mort! Ah !
Sempronio, Ha, ha, ha! Qu'est-ce, mon Elicie? De quoi te tourmentes-tu ?
Elicie. Il y a trois jours que tu n'es venu me voir. Que jamais Dieu ne te regarde, que jamais Dieu ne te console et ne te visite ! Malheur à la femme qui met en toi son espérance et tout son bien !
Sempronio. Tais-toi, ma reine, crois-tu que la distance qui nous sépare soit assez grande pour éteindre mon violent amour et le feu qui brûle dans mon cœur ? Où je vais, tu viens avec moi, tu es avec moi ; ne t'afflige pas, ne cherche pas à souffrir plus que je ne souffre. Mais, dis-moi, quels sont ces pas que j'entends là-haut ?
Elicie. Qui marche là-haut? Un mien amoureux.
Sempronio. Oui, je le crois.
Elicie. En vérité, monte, tu verras.