ACTE PREMIER
Sempronio. J'y vais.
Célestine. Veux-tu bien rester ! laisse là cette folle, que ton absence a étourdie et qui perd la tête. Elle va te dire mille sottises. Viens près de moi, nous causerons. Ne laissons pas ainsi passer le temps inutilement.
Sempronio. Mais qui est en haut?
Célestine. Tu veux le savoir ?
Sempronio. Oui.
Célestine. Une jeune fille qu'un moine m'a donne'e à garder !
Sempronio. Quel moine?
Célestine. Peu t'importe.
Sempronio. Sur ma vie, mère, quel moine? Célestine. Entêté ! le prêtre, le gros21. Sempronio. La malheureuse, quelle charge l'attend ! Célestine. Nous portons chacune la nôtre. As-tu remarqué, malgré cela, beaucoup d'écorchures sur le ventre des femmes ?
Sempronio. Des écorchures, non, mais des meurtrissures, oui.
Célestine. Ah ! farceur !
Sempronio. Écoute, si je suis farceur, laisse-la moi voir.
Élicie. Ah ! don maudit ! tu veux lavoir ? Les yeux te démangent, une seule ne te suffit pas. Marche et laisse-moi pour toujours.
Sempronio, Tais-toi, ma vie, ne te fâche pas; je ne veux voir ni elle ni aucune autre femme au monde. Je veux parler à la mère. Adieu !
Élicie. Adieu; va, indigne, reste encore trois autres années sans revenir.
Sempronio. Mère, aie confiance en moi et sois persuadée que je ne veux pas me jouer de toi. Prends ta mante et partons ; en chemin je te dirai une chose qui est telle que si je m'arrêtais ici pour te l'apprendre, c'en serait fait de ton profit et du mien.
Célestine. Partons. Élicie, Dieu te garde, ferme la porte. Adieu, maison22.
Sempronio. O ma mère ! laissons là toute autre question ; écoute-moi attentivement et réfléchis à ce que je vais te dire; ne laisse pas aller ton imagination à droite et à gauche, car celui qui pense à plusieurs choses à la fois ne pense bien à aucune. Je veux que tu saches de moi chose que tu n'as jamais entendue, et chose telle que, depuis que j'ai foi en toi, je n'ai rien pu désirer de mieux pour t'en faire part.
Célestine. Que Dieu partage ses biens avec toi, mon fils , il ne le fera pas sans raison, puisque tu as pitié de cette pauvre vieille pécheresse. Mais parle, ne t'arrête pas, l'amitié qui existe entre nous deux n'a besoin ni de préambules ni de précautions pour captiver la bonne volonté. Abrège et va au fait, il est inutile d'employer beaucoup de paroles quand il ne faut qu'un mot.
Sempronio. Tu as raison. Galixte est éperdument amoureux de Mélibée, il a besoin de toi et de moi. Puisque nous lui sommes tous deux nécessaires, profitons-en tous deux; connaître le temps et saisir l'occasion, c'est ce qui fait prospérer les hommes.
Célestine. Tu as bien dit, je suis au fait, un clin d'œil me suffit. Je me réjouis de cette nouvelle tout autant que les chirurgiens des blessures. Et de même que ceux-ci irritent toujours le mal dans le principe et ne donnent pas grand espoir de guérison, de mime j'agirai avec Calixte. J'éloignerai de lui toute espérance de salut, parce que longue attente afflige le cœur; et plus je lui ferai de peine en lui ôtant l'espoir, plus je lui ferai de plaisir en le lui rendant. Tu m'entends i ?
Sempronio. Taisons-nous, nous voici à la porte, et, comme on dit, les murs ont des oreilles.
Célestine. Frappe.
Sempronio. Tac, tac, tac.
Calixte, dans V intérieur, Parmeno !
Parmeno. Seigneur?