‹ La cellule belgeChapitre 10 sur 16 · LOUVAIN, GAND, SAINT-GILLES · texte numérisé non relu

LOUVAIN, GAND, SAINT-GILLES

Tout visiteur est impressionné par le spectacle d’une maison cellulaire. On remarque partout l’ordre, la régularité, la propreté, l’air, la lumière. Le silence n’est guère troublé que par le bruit occasionné par le travail. C’est le bourdonnement d’une ruche laborieuse, Les mouvements sont exécutés militairement. Enfin tout se trouve réglé jusque dans les moindres détails.

Avant d'entrer dans la description des principaux établissements, mieux vaut s'occuper d’abord de la cellule qui, en général, est à peu près la même partout.

Qu'est-ce donc qu'une cellule? C’est une chambre de trois mêtres de hauteur sur quatre mètres de long:

et deux mètres cinquante de large. Elle est voütée

en arc, et cette voûte est crépie et badigeonnée en blanc. Les murs sont crépis et peints couleur pierre avec filets rouges aux angles. Le plancher est généralement en chêne ciré. Une lourde porte de bois, assez épaisse, donne accès dans la cellule en s’ouvrant à l’intérieur. Elle est percée d’un guichet qui s'ouvre de haut en bas et plus haut d’un petit œil qui permet au gardien de voir sans être vu. Le condamné a à sa disposition une sonnette, en communication avec une plaque extérieure; quand il a besoin d’un gardien, il agite la sonnette et la plaque en tombant, indique dans quelle cellule le gardien doit se rendre (1).

La cellule doit être claire, saine, bien aérée. Dans ce but, la fenêtre a 1 mètre 10 de largeur et 75 centimètres de hauteur. Elle est garnie de vitres non lisses et placée à deux mètres du sol, de sorte que le détenu ne peut voir ce qui se passe à l'extérieur. Il ne peut ouvrir que la partie supérieure qui forme bascule. L’aération est bien comprise et les tuyaux du calorifère sont placés au fond de la cellule, soit contre le mur, soit sous le plancher.

Un robinet à eau avec cuvette est placé dans l'angle du côté de la porte, mais dans beaucoup de

prisons on distribue tous les matins l’eau à chaque

détenu.

(1) A Fresnes, comme les sections sont plus vastes, le gardien n'a qu'à consulter un tableau électrique.

PEN Te

POCPEN NN

Chaque cellule est éclairée par un bec à gaz avec abat-jour en fer blane. Un robinet pour le réglage est à la disposition du détenu, un autre pour l’allumage à la disposition du surveillant le long du mur du couloir.

Dans tous les établissements, sauf à Gand, il n’y a pas de siège d’aisance, mais un vaste. inodore en tôle caché dans une niche qui le plus souvent communique avec la galerie d’aérage. À Gand on a conservé le système du siège fixe avec chasse d’eau (1).

Une chaise, une encoignure vitrée dans laquelle se mettent la gamelle, le goblet et la cuiller en étain, un peigne, une boîte à savon, une petite pelle et deux brosses complètent le mobilier. La couchette en fer contient un matelas de zostère, produit plus éco-

nomique et moins dangereux que la paille ; elle se

replie de façon à servir de table. Seulement cette table est bien petite et le détenu qui à un travail à exécuter ne peut guère s’en servir.

De plus cette couchette est mobile et permet au détenu de se mettre à la fenêtre. Il est vrai que ce fait est excessivement rare à cause de la surveillance exercée à tout instant (2). À Gand on a conservé le système ancien, c'est-à-dire que les couchettes de fer se relèvent contre le mur. Ce mobilier est prescrit

(1) Ce système est celui employé à Fresnes.

(2) A Fresnes la couchette est attachée au mur,comme à Gand,

et la chaise enchaïînée.

par l’ordonnance du 9 novembre 1869 et sa valeur est d’une quarantaine de francs. Le détenu est responsable des détériorations occasionnées par sa négligence.

Aux parois de la cellule sont suspendus des tableaux contenant les maximes morales que l’on change tous les quinze jours, le règlement de la prison et le tarif de la cantine, la liste des membres de la commission administrative et du comité de patronage, et pour les catholiques des objets de piété. Beaucoup de condamnés ornent avec goût leur cellule de dessins, d'images CICR certains qui se conduisent bien, ont même l'autorisation d'élever des oiseaux.

À la porte de chaque cellule est une petite pancarte indiquant la peine et son motif, la classe et la nationalité. Elle mentionne aussi que le détenu est civil ou militaire : les militaires punis pour délits de droit commun subissent en effet leur peine dans les prisons civiles. Un cachet noir désigne les protestants ou les athées. Enfin, une pancarte est également suspendue en certains cas, indiquant que le détenu est privé de cantine ou que, à cause de son état maladif, il a droit à telle ou telle nourriture.

La cellule contient en outre les instruments nécessaires à la profession du détenu, dans les unes un métier à tisser, dans les autres un tour, dans d’autres enfin un bureau pour les détenus employés à des travaux d'écriture. Les condamnés qui sont forgerons où menuisierssont, pendant le jour, dans des cellules

dé one tutti dE

sd rod, mA Et

dé tte mi dons ét ui 0 hé chéstee st

Énotède dd dut à

plus spacieuses où ils peuvent exercer leur profes- Sion.

Il nous reste maintenant à décrire les établissements types de la Belgique.

Le Pénitencier de Louvain. — La prison de Louvain ‘date du 1° octobre 1860. Elle contient les condamnés criminels et les correctionnels à plus de cinq ans. Construite sur un vaste terrain situé le long des boulevards extérieurs de la ville, elle donne avec son aspect sévère, l'impression d’un château féodal. Elle a la forme d’une étoile composée de cinq grands corridors comprenant trois étages de cellules; ces einq allées aboutissent à un réduit central ou observatoire d’où l'on voit tout ce qui se passe. Il y à 571 cellules ordinaires et chaque gardien en a vingtcinq à trente sous sa surveillance. La partie centrale est occupée en haut par la chapelle qui sert en même temps d'école dans un de ses secteurs. À cet effét, on relève dans la partie où sont réunis les prisonniers une planche qui cache la vue de l'autel et l'institu-.. teur peut faire sa classe; ce secteur est également affecté aux autres services religieux. Nous verrons, lorsque nous nous occuperons de Saint-Gilles, comment on est arrivé à coneilier le système cellulaire avec les exigences du culte.

Au bout de chaque aile sont les préaux : ce sont des cours triangulaires aboutissant à une rotonde. Le

gardien peut voir ainsi ce qui se passe. Celle petite

4112 CHAPITRE JII

cour est fermée au bout par une grille donnant sur le chemin de ronde et abritée par un auvent où le prisonnier peut se promener s'il pleut. Pendant cette heure de récréation il fume et il peut s'occuper à jardiner. Les préaux de Louvain sont assez gais; certains sont même garnis de fleurs.

L'infirmerie est éloignée du cellulaire et comprend 24 cellules. Ges cellules sont plus confortables; elles sont plus vastes, le lit est plus grand et mieux aménagé.

Il y a également 7 cellules de punition. Elles sont moins grandes que les autres et munies de deux portes distantes l’une de l’autre de un mètre environ (1). La porte intérieure est pourvue d’un guichet de distribution. La fenêtre est garnie à l'intérieur d’un volet fixe en chêne perforé de petit trous, et un

volet mobile, placé à l'extérieur, permet de faire

l'obscurité complète. Pour tout mobilier il y a un lit de camp avec ou sans paille, à moins que le direc- .teur, sur l'avis du médecin, n’en décide autrement, une cruche et une caisse fixe pour déposer le vase

mobile. Il existe une cellule capitonnée, destinée aux

individus dont les faits et gestes dénotent un déransement d'esprit et aux individus furieux mis en observation.

(1) À Fresnes, la porte intérieure est remplacée par une grille aux barreaux épais, qui empêche ainsi le gardien d’être en contact immédiat avec le détenu parfois dangereux.

fe

La boulangerie est cellulaire. Pour l’épluchage des légumes, chaque détenu est dans un réduit où il fait son travail (1). Il en est de même pour la buanderie. Aux heures des repas ces détenus sont réintégrés dans leurs cellules ; tous les mouvements sont faits avec le capuchon.

Le directeur et les deux directeurs-adjoints sont astreints au port de l'uniforme, comme dans toutes les prisons belges. Il y a en outre trois aumôniers, deux instituteurs, un économe, un adjudant et une cinquantaine de surveillants. La population moyenne est de 524 détenus, comportant cinq huitièmes de forçats, un huitième de réclusionnaires et deux huitièmes de correctionnels. La prison de Louvain a coûté 1.892.941 francs, c'est-à-dire 3.197 fr. 50 par cellule. Son état sanitaire est très satisfaisant et les cellules d’'infirmerie sont souvent inoccupées.

La Maison de Force de Gand. — La maison de Gand est doublement intéressante, d’abord parce qu'elle est à peu près encore telle qu'elle à été conçue par Vilain XIII, et ensuite parce qu'on y trouve les condamnés soumis au régime auburnien. Elle fut ouverte en mai 1775. C'est le plus ancien des pénitenciers actuellement existants.

Nous avons vu que son érection avait été ordonnée

(1) À Fresnes, on enfreint la règle de l'isolement environ deux heures par jour à l'égard des détenus employés au nettoyage de la cuisine.

H. Martin. — 8

pour réprimer le vagabondage intense qui existait dans la Flandre: mais Vilain XIII en fit un pénitencier destiné à recevoir également les criminels, les enfants et même les sans-travail honnêtes qui S'y présenteraient. [l lui donna la forme d'un octog'one et le partagea en huit quartiers dont cinq seulement furent d’abord édifiés : la maison ne fut achevée qu'en 1827. Ces huit quartiers aboutissent à une cour placée au centre et chacun renferme un nombre de chambres proportionné au nombre de places et où tous les détenus sont enfermés isolément le soir.

Dans cet établissement, on classa les détenus suivant le sexe, l’âge et la nature du délit et il servit de modèle pour la construction des prisons, même cellulaires, avec ailes convergeant vers un point central.

Vilain XIII introduisit à Gand le travail, trouvant que c'était là un moyen d'amendement et préférant l'amélioration du coupable à son châtiment. De nombreuses industries furent établies, et parmi elles le râpage du bois de campêche, ce qui a valu à l'établissement le nom populaire flamand de « Rasphuis » (maison de râpag'e) qui lui est toujours resté. Malheureusement, les résultats ne furent que temporaires et, à partir de 1783, la maison de Gand fut livrée, comme nous l'avons vu, à une complète désorganisation. En 1815 le gouvernement hollandais réforma le pénitencier et introduisit le travail en régie, mais il fit de la prison une véritable manu-

ad "08

Le

N Mi ASE NN dr Li on Là

LUCE Live CT né

LL AR à

facture, et, en raison du nombre de pensionnaires, les chambres construites par Vilain XIII pour l’isolement nocturne furent réunies deux par deux par la suppression du mur de séparation, afin de pouvoir loger cinq prisonniers à la fois. Ducpétiaux devait venir opérer la réforme générale et c’est là qu'il fit en 1835 ses premiers essais de cellule continue. Actuellement l'établissement compte une aile cellulaire, comprenant 106 cellules pour les condamnés correctionnels à plus de cinq ans. Il ne renferme plus de femmes.

La prison de Gand a une superficie de quatre hectares, 1,244 places, et une population moyenne de neuf cents détenus. Ses cellules, à part celles du quartier spécial, sont plus petites, puisqu'elles ne servent que la nuit, et elles ne sont jamais chauffées.

Outre son quartier cellulaire, la Maison de Force comprend un quartier pour les condamnés de un à trois mois d'emprisonnement, un deuxième pour ceux ayant à subir de trois à six mois, un troisième pour les condamnés criminels n'ayant pu supporter la cellule, un quatrième pour les prisonniers employés au service domestique, un einquième formant l’infirmerie et un sixième comprenant deux sections et renfermant les enfants: dans la première section sont placés les enfants envoyés en correction et se conduisant mal et dans la deuxième les jeunes condamnés, Chaque quartier, sauf le quatrième,

a sa chapelle qui sert en même temps de réfectoire (un rideau cache l'autel) : ces chapelles sont communes sauf celle du quartier cellulaire.

La loi du silence est absolue et les prisonniers, pendant la promenade doivent marcher à quatre pas de distance.

Le quartier des enfants est très bien aménagé : le dortoir est cellulaire, c’est-à-dire composé d’alcôves en fer. Ils ont une salle de gymnastique; on leur apprend la musique ; on cherche également à leur mettre en main le moyen de vivre honorablement dans l'avenir, aussi leur fait-on choisir un métier. On leur apprend à fabriquer des lits de fer, des souliers, des sabots; d’autres sont tailleurs, relieurs, menuisiers. En quittant le pénitencier ils reçoivent une caisse d'outils. Ce quartier spécial va bientôt être transféré à Ypres.

C’est surtout le quartier des criminels qui est intéressant : on voit là, en effet, tous les individus qui n'ont pu s'adapter à la cellule. [ei les détenus ne portent plus la cagoule et ils sont tous ensemble dans de vastes ateliers bien éclairés, bien aérés, où ils travaillent sous la loi du silence et éloignés les uns les autres. Ils sont occupés à tisser, ou à des ouvrages de cordonnerie, ou à faire de l'étoupe avec de vieux cordages.

J'ai remarqué que le nombre des gardiens était insuffisant : il n’y en a guère qu'un seul dans ces

ateliers contenant une trentaine d'individus qui ont entre les mains des tranchets et autres instruments dangereux. J'en ai fait la remarque et on m'a répondu que toutes ces salles étant en communication, 1l n’y avait guère de danger; d’ailleurs les détenus ne s’entendraient pas entre eux et certains viendraient au secours des gardiens pour mériter une faveur de l'administration ; enfin chaque surveillant a dans sa poche un casse-tête. J'avoue qu'il y a peut-être là un peu trop d’optimisme.

Les cellules de Gand ont coûté moins cher que les autres, mais on doit remarquer que l’on applique dans cet établissement le régime auburnien. Le prix de chacune est environ mille à onze cents francs. La menuiserie et la serrurerie ont été faites par les détenus.

La Prison de Saint-Gilles. — Nous arrivons enfin à la prison modèle de la Belgique. C’est une maison secondaire : elle ne reçoit que les condamnés correctionnels. les prévenus et les accusés. Elle est située au sud de Bruxelles, dans le quartier de Saint-Gilles, qui est très salubre. Sa construction, commencée en 1878, a été achevée en 1884; l'ouverture eut lieu le 1% juin 1885. Le mur d’enceinte, d'une hauteur de six mêtres, contourne une superficie de à hectares et demi. Elle a 233 mètres de façade sur 245 mètres de profondeur. La population moyenne est de 578 détenus, mais elle contient 616 cellules.

On a dit que cette prison était une erreur pénitentiaire ; elle est au contraire une fantaisie royale et, en la voyant, on est impressionné. La façade en pierre présente l'aspect d'un château fort, avec ses tours et ses créneaux. Quand on a franchi la porte, on se trouve dans une grande cour bordée à gauche par la maison du directeur et celle du chef surveillant et à droite par celles des directeurs-adjoints et le corps de garde militaire. Des jardins sont attenants à ces habitations. Au fond de la cour, sont des bâtiments à un étage où se trouvent le réfectoire des surveillants et la salle d’attente pour les visiteurs des détenus ; entre ces deux salles, une ouverture grillée donne accès au chemin de ronde ainsi qu'aux magasins et aux foyers des calorifères situés de plain-pied avec la cour. Sur les côtés de cette entrée sont disposés deux escaliers d’une vingtaine de marches donnant accès au couloir qui conduit au centre de la prison. A l'entrée, à droite du couloir, se trouve le cabinet du directeur et à gauche la salle des réunions de la Commission administrative. Le couloir est fermé par deux grilles, à l'entrée du cellulaire. Après avoir franchi la première, on trouve à droite le cabinet des magistrats, les bureaux de la comptabilité et du greffe, les cabinets des avocats et plus loin, dans un pavillon distinct, quatre cellules de répression et une cellule sombre capitonnée, pour les déments ou furieux ; à gauche les bureaux des directeurs-adjoints

ARE A VAS ES RON PR DL dd CRAN VA NE gel Fe Dis Que à dr

Page 1