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plus souvent, il est dans un état de dégénérescence physique et intellectuelle, ouvrira son cœur aux bonnes paroles et à la réflexion inspirée par ceux qui le visiteront. Cette semence germera le plus souvent. car il n’y aura sur lui aucune mauvaise influence, et dès lors on peut espérer qu’elle prendra des racines assez fortes pendant une solitude quelque peu prolongée pour ne plus tomber ensuite sous le moindre souffle nuisible.
Il est peut-être téméraire de dire que certainement la cellule a une heureuse influence en ce sens qu'elle rend les hommes meilleurs. Je partage à ce sujet l'avis de M. Bérenger qui s’exprimait ainsi au Sénat le 21 mars 1884 (1) : « Nous avons la certitude que » l’encellulement empêche le prisonnier de devenir » pire, ce qui est déjà beaucoup. On peut de plus » espérer qu'il sera plus accessible aux bonnes influ- » ences. » Bien souvent en effet l'amendement semblera acquis, mais on n'aura guère qu'un succès partiel, car il sera bien difficile d'atteindre les fibres profondes de l’âme.
Il ne faut pas nier la supériorité de ce régime sur le régime commun. Celui-ci entretient la persistance et l'obstination dans la voie du crime, et fait naître l’orgueil du vice, qui fait considérer le retour au
(1) Journal officiel, débats du Sénat, 1884, p. 751,
bien comme un acte de faiblesse et le rend ainsi à peu près impossible.
Le régime individuel, outre qu’il empêche le contact pernicieux est intimidant pour le plus grand nombre: il faut qu'ils échangent une vie de désordres, de paresse et d'aventures contre une vie dont l’emploi de toutes les journées est fixé d'avance, dont pas un moment n'est laissé à la fantaisie et au hasard. La peine frappe donc d’autant plus cruellement les âmes les plus perverties. Cette monotonie de la cellule fait naître l'ennui, et les détenus sont heureux d'y apporter une diversion par le travail. De là à la morali- Sation, il n’y a qu’un pas,
Il faut reconnaître qu’un encellulement prolongé peut avoir de déplorables conséquences sur certains caractères. Certainement, c’est un mode susceptible d'améliorer le condamné, de l'empêcher de céder par faiblesse aux mauvais conseils et aux mauvais exemples, mais à la longue certains détenus peuvent se trouver dans un état de santé précaire. À coup sùr la peine doit être dure, le criminel doit expier son forfait et servir d'exemple aux autres, mais il ne faut cependant pas qu’elle soit inhumaine, qu'elle produise une somme plus grande de maux qu'il n'est nécessaire pour atteindre le but de la loi : ce serait une cruauté inutile. C’est ce qu'a compris la Belgique. Il arrive un moment où fatalement l’individu est ‘en quelque sorte sursaturé ; un séjour en-
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core prolongé contre son gré n’aura aucun effet nouveau sur son âme et pourra être préjudiciable à sa santé. La Belgique a fixé ce moment à dix ans de captivité. Après ce temps, l'individu, nous l'avons vu, peut à sa volonté être placé ou non sous le système auburnien. |
[ei se pose une grave objection : la cellule est moralisante; pourquoi donc, après un certain temps, compromet-on ses bons résultats en changeant le régime ? Dans la cellule, dit-on, le détenu a été privé de toute communication ; il n’a pas été en lutte contre ses mauvais instincts et maintenant on va le mettre en commun avec obligetion au silence. Il va être tenté continuellement de désobéir au règlement ; cela va être un supplice plus atroce que celui de la solitude véritable.
C’est cependant un moyen de voir si le détenu est réellement amendé: on le replace en effet dans les conditions où il sera à sa libération, c'est-à-dire qu'on le laisse exposé aux tentations. Dans la cellule, le détenu, toujours en contact avec les fonctionnaires de la prison, ne peut qu’obéir ; il aura toujours en vue les faveurs promises à la bonne conduite et le plus souvent il sera hypocrite. On se figure difficilement qu'un homme absolument pervers, n'ayant plus aucune notion de bien, puisse s’amender ; il semble cependant que cela se produise en cellule. Mais est-ce bien certain ? C’est seulement au bout d’un certain
temps de régime commun, que l’on verra si réellement cet homme mérite la confiance de la société. II résistera à la tentation s’il est amendé ; il apprendra ainsi à considérer la loi comme un précepte sacré dont l'infraction entraîne un mal juste et légitime. On pourra alors récompenser ses eflorts par la grâce ou la libération conditionnelle.
Les hommes qui se sont occupés de la réforme des prisons en Belgique: ont étudié à fond toutes ces questions, et ils sont arrivés à organiser un système dont les moindres détails ont été réglés avec soin et qui fait leur gloire et celle de leur pays. Ils se sont parfaitement rendu compte que la séparation n'est pas la solitude et que le simple isolement ne suffit pas. L’emprisonnement cellulaire transformé en solitude est une cruauté inqualifiable, contre nature, préjudiciable à l’esprit et au corps. Il faut donc, comme en Belgique, éloigner du détenu seulement les causes de dépravation et laisser auprès de lui tout ce qui peut contribuer à son relèvement. C’est l'idée fondamentale de Ducpétiaux qui écrivait en 1857 (1): « L’emprisonnement séparé ou cellulaire consiste » essentiellement dans la séparation complète des » détenus les uns des autres et dans la substitution de » la société moralisatrice des employés et visiteurs à
(4) Visschers. — Notice sur La Construction de la Maison de force de Gand, 1872, p. 62,
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