‹ La cellule belgeChapitre 7 sur 16 · C) IMPORTANCE DU RÉGIME BELGE. — SA SUPÉRIORITÉ · texte numérisé non relu

C) IMPORTANCE DU RÉGIME BELGE. — SA SUPÉRIORITÉ

Le régime belge a une grande importance au point de vue pénitentiaire. Seul en effet il peut donner des résultats certains, puisqu'il est actuellement le seul complètement organisé. L'administration est entrée franchement dans la voie de la réforme et, après des sacrifices énormes, elle peut maintenant aspirer au premier rang. Une chose l’a toujours tenue en haleine, c’est la réforme morale des prisonniers ; elle n’a jamais considéré le détenu comme un moyen de production, mais comme un homme tombé qu'il faut reclasser. L’admirable organisation intérieure de la prison Belge répond à ces aspirations. On a compris que l’action puissante de la solitude vaut bien mieux comme ressort moralisateur que l’émulation, l’imitation et l'exemple qu'on propose au détenu dansle régime commun. Telle est d’ailleurs l'opinion d'un homme éminent en matière criminelle, de Livingston

(Code de réforme et de discipline des prisons) : (1)

Voir Stevens. Régime des Etablissements pénitentiaires, 1875, p. 61.

« Solitude et travail, dit-il, voilà les deux grands

» remèdes. Comment doivent-ils être appliqués ?..….

» Chaque condamné doit être séparé de ses coasso- » ciés, mais doit-il être privé de tout autre société ? » [ne faut pas perdre de vue deux points que

» nous nous proposons d'atteindre. la punition et la » réforme. Autant de punition qu'il est nécessaire » pour détourner les autres de l'exécution du crime » et le coupable de la récidive et toute indulgence » compatible avec l’objet en vue qui peut graduel- » lement amener le coupable à préférer une vie » d’honnête industrie, non par la crainte de la puni- » tion, mais par la conviction qu'elle est réellement » préférable. »

En Belgique, on isole le prisonnier dès son entrée: on l’éloigne de tout mauvais contact, mais on n’a pas voulu méconnaître le besoin de sociabilité inhérent à la nature humaine et le mettre, comme dans le système de Philadelphie, dans une cellule sans issue, où 1l ne voit personne, et où il est sans cesse en proie à la crainte, à la colère, au remords, et où il arrive fatalement à la folie. On a adouci sa captivité par des soins intelligents, par des visites. On s’est rappelé que ce malheureux était un homme et avait besoin de consolations, d’encouragements et que l’on retirerait plus de fruits d’une sage direction donnée à cet être délaissé de tous que d’une sévérité draconienne. Ce qu'il faut avant tout, c’est sinon réconcilier le

coupable avec la société, du moins obtenir quil renonce à ses hostilités contre elle, changer ses habitudes à défaut de son cœur, remplir dans la prison la fonction de la famille, faire enfin du châtiment un moyen d'éducation.

Beaucoup se sont montrés les adversaires décidés de ce système. On a dit, par exemple M. Lucas, qu'il était illogique de placer le condamné dans un milieu différent de celui qui l'attend à la libération : à sa sortie il rencontrera la société telle qu’elle était avant son entrée en prison, avec les mêmes exigences, les mêmes tentations. « Le système cellulaire » serait donc, d’après M. Lucas, un système négatif » qui ne voit qu'une chose, la séparation obligatoire, » afin que les uns ne démoralisent pas les autres, » mais ce système ne permet n1iinitiative, ni épreuve, » ni effort, d'où ni moralité ni moralisation. »

C'est une exagération. Loin d’avoir un but négatif, le système belge s'est proposé un but positif, le reclassement du coupable. C'était bien ce qu’on avait en vue également à Philadelphie : on pensait que l’homme livré à lui-même arriverait inévitablement au repentir et au bien. C'était une erreur, un manque de science psychologique. Le délinquant, en effet, n’a guère l'esprit tourné vers le bien ; 1l est livré aux passions, il est en proie à des dispositions héréditaires, à son tempérament. Or, le condamné, qui n’est autre qu'un grand enfant, parce que, le

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