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FONCTION GRANULOPEXIQUE

Cette fonction doit être étudiée au double point de vue de la graisse et des granulations artificiellement introduites dans la circulation sanguine.

À. — Graisse.,

L'absorption de la graisse par les cellules de Kupffer a été très complètement observée dans ces dernières années par MM. Gilbert, Carnot et Jomier.

MM. Gilbert et Carnot injectent dans la veine mésaraïque du Lapin de petites quantités de graisse. En sacrifiant les animaux en série, ils ont vu, après fixation à l'acide osmique, « les gouttelettes graisseuses retenues dans les capillaires, s'attarder, en longeant les parois vasculaires et parfois tapisser celles-ci d'une lame mince ininterrompue. Puis on voit très nettement de fins corpuscules à l'intérieur des cellules endothéliales; celles-ci en sont parfois absolument bourrées, enfin, au bout de quelques heures, des gouttelettes de graisse toujours très fines apparaissent dans les cellules hépatiques, elles augmentent progressivement de nombre et se fusionnent en constituant des masses de plus en plus considérables ».

IL semble donc y avoir passage de la graisse de la cellule de Kupffer à la cellule hépatique.

Jomier est arrivé à des résultats analogues en donnant à des chiens un régime riche en graisse : il a trouvé de la graisse dans les cellules de Kupffer de 21 chiens soumis à ce traitement. La graisse du foie, on le sait, occupe le capillaire, la cellule hépatique et la cellule étoilée. Jomier n’a trouvé aucune proportionnalité entre la teneur graisseuse respective de ces trois éléments. Les cellules étoilées chargées de graisse répondaient particulièrement à la périphérie du lobule.

Jomier a encore essayé de fixer la teneur respective en graisse de ces différents éléments suivant le temps de l'ingestion : il a vu que chez le Chien la graisse de la cellule hépatique augmentait de la septième à la neuvième heure, restait stationnaire à la onzième, puis diminuait à la treizième; dans la cellule de Kupffer, le maximum d'abondance de la graisse se place entre la onzième et la treizième heure. Il est difficile de tirer de ce dernier fait une loi générale touchant l'activité respective de l'endothélium et du parenchyme suivant l'heure de la digestion.

B. — Granulations diverses.

La propriété granulopexique de la cellule de Kuplier à été la première connue : c’est en étudiant le sort des granulations injectées dans la circulation que les auteurs ont été amenés à décrire la cellule granuleuse du foie.

Différentes substances ont été employées à cet effet, le carmin, l'encre de Chine, le cinabre, le pigment mélanique, toutes substances que Hoffmann et Langerhans, Pontick, Asch, Rothe, Wérigo, Carnot et Cohn ont retrouvées ensuite dans les cellules de Kupffer. Sans nous préoccuper de l’ordre chronologique, nous rappellerons ici les principales expériences faites à ce sujet.

Kupffer (1899) avec Otto Franck injectent de l'encre de Chine dans la veine jugulaire de quatre lapins.

4e lapin. — Le premier lapin recoit 5 centigrammes d'encre de Chine; sacrifié au bout de vingt-quatre heures.

A part quelques granulations disséminées dans le poumon, Pencre de Chine se retrouve uniquement dans le foie et dans cet organe elle reste électivement cantonnée aux cellules endothéliales.

2e lapin. — Même expérience, mêmes résultats.

oc et 4° lapins recoivent 15 centigrammes de poudre d'encre de Chine sèche. Même résultat.

« À Pexamen histologique, on constate une disposition radiée du pigment dans les capillaires du lobule. Les granules pigmentaires sont, tout d'abord, massés au centre de la lumière vasculaire, et souvent comme agglutinés les uns par rapport aux autres. Puis, au bout de peu de temps, on voit les granules les plus fins colorer la bordure du capillaire, accolés contre la cellule hépatique. Par places, on se rend parfaitement compte que ces trainées de gra nulations en bordure sont situées dans l’endothéliam capillaire : sur certains points particulièrement démonstratifs, on voit, parfois, la lame endothéliale soulevée, détachée par conséquent des cellules hépatiques, tendue en are et contenant, sans doute possible, dans son intérieur, d'assez nombreuses granulations pigmentaires. On peut donc se rendre compte du passage du pigment, à travers

lendothélium. On voit même, en certains points particulièrement intéressants, une saillie endothéliale venir au-devant des granulations et les englober. Déjà, à ce moment, quelques granulations assez fines se trouvent au sein même des cellules hépatiques. « Plus tard, les granulations, situées dans la cellule hépatique, augmentent progressivement de nombre, puis diminuent à nouveau et finalement disparaissent. »

L'évolution de ce pigment est comparable à celle des granulations graisseuses à travers la cellule de Kupffer; cette expérience peut encore se rapprocher de ce cas si curieux, de mélanome simple du foie observé par Hanot et Gilbert, cas dans lequel les cellules endothéliales étaient plus infiltrées de pigment mélanique que les cellules parenchymateuses : contrairement à Rindfleisch, Hanot et Gilbert ne croient pas que cette localisation prédominante suffise à affirmer le début endotbéliale des lésions.

Werigo (1892), antérieurement à ces différents auteurs, avait encore précisé les conditions de labsorption des granulations par la cellule de Kupffer. L'auteur injecte de la poudre de carmin dans la veine de l'oreille de dix lapins qu'il sacrifie 2, 4, 6, 7, 15, 20, 30 minutes, { heure et 3 heures après : le temps de l'injection et de la mise à mort comptait dans les chiffres indiqués.

De deux à quatre minutes la majeure partie du carmin se trouve dans les leucocytes, les cellules endothéliales en renferment relativement peu.

A six ou sept minutes, la charge des cellules endothéliales augmente. À dix et quinze minutes, elles contiennent à elles seules la presque totalité des grains de carmin.

Les leucocytes chargés de carmin disparaisssent après la vingtième minute, les cellules endothéliales restent électivement imprégnées : même aspect au bout d’une et trois heures.

Ainsi se trouvent expliquées les diverses constatations des auteurs qui ont étudié la fonction granulopexique.

Werigo a encore essayé de préciser le mécanisme de cette transmission du pigment des leucocytes à la cellule endothéliale : il a vu les leucocytes se rapprocher des cellules de Kupffer, parfois même ils sont englobés et détruits par ces dernières : cependant

Werigo apporte une certaine réserve à ces résultats, non seulement dans son article de 1892, mais encore dans une note de son article de 1894.

Cobn avait expérimenté le collargol au cinquième dans les mêmes conditions : il obtenait une élection parfaite au bout de cinq minutes. Cette divergence semble due à ce fait que Cohn ne comptait dans les cinq minutes ni le temps de l'injection, ni le temps de la mise à mort de l'animal. Cet auteur du reste ne mentionne pas dans sa bibliographie les travaux de Werigo : le titre de ces derniers explique cette omission.

Nous avons nous-mêmes repris les expériences relatives au collargol chimique à gros grains; nous avons employé une solution au centième, les résultats obtenus après quinze ou vingt minutes, quelques heures ou vingt-quatre heures sont d'accord avec ceux de nos devanciers. Nous avons cherché à les compléter sous e rapport de la durée de l'imprégnation.

Cinq lapins ont reçu le même jour un centimètre cube de la solution de collargol dans la veine marginale de l'oreille, ils sont sacrifiés au bout de deux, trois, quatre, cinq et six jours. Toute la charge de collargol avait disparu le sixième jour, le cinquième elle élait tout à fait minime et ne persistait plus que dans les cellules les plus grosses qui en renfermaient chacune deux à trois grains. Le troisième et le quatrième jour limprégnation restait encore très notable : enfin l'aspect au bout de vingt-quatre et quarante-huit heures restait sensiblement le même, les cellules étaient bourrées de granulations que leur forme et leur couleur permettaient parfaitement de distinguer d’autres granulations et en particulier les granulalions biliaires.

Les cellules de Kupffer semblent se vider de la plus grande partie de leur collargol par l'intermédiaire des cellules hépatiques : le collargol se rapprocherait en ceci des autres substances granuleuses.

Sur un lapin mort huit heures après une injection d’un centimètre de collargol au centième, les cellules hépatiques contenaient les granulations de collargol au nombre de quatre à cinq par élément. Au lieu d’être tassées en un même point, comme dans la cellule de

Kupfïer, elles se dispersent et sont séparées les unes des autres par de très grands espaces : tantôt elles se rapprochent du bord adjacent à l'endothélium; tantôt elles sembleraient se rapprocher du point de contact de plusieurs cellules hépatiques, point qui coinciderait peut-être avec l’origine d'un canalicule biliaire.

En tout cas les expériences de Gompel et Victor Henry semblent prouver d'une facon péremploire l'élimination des granulations d'argent par voie biliaire. Ces auteurs injectaient à un chien 40 centimètres cubes d’une solution d’électragol à 0,25 pour 1 000; ils ont retrouvé cet argent au bout de une heure quinze et de trois heures cinquante dans la bile, le sang et l'urine. L’élimination biliaire dépassait de beaucoup celle des autres milieux, ces recherches d’argent dans la bile étaient effectuées grâce à une méthode spectrographique très compliquée dans son outillage et dans son application. Il nous semble néanmoins que malgré la différence entre l’état des granulations du collargol employé, malgré la concentration différente de solution, leurs résultats soient applicables à nos conditions expérimentales.

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