L'ACTION DU POUVOIR ROYAL ET DU PARLEMENT
Dès le xrv° siècle se fonde un théâtre permanent pour les représentations des mystères, etles règlements d’apparaître aussitôt : le prévôt de Paris, par une ordonnance du 3 juin 1398, fait défense « à quiconque soumis à sa juridiction de représenter aucun jeu de personnages soit de vie de saints ou aultrement, sans le congié du roi sous peine d’encourir son indignation et de forfaire envers lui ». 3
Mais le 4 décembre 1402, le roi Charles VI accorda aux bourgeois organisés en Confrérie de la Passion des lettres les autorisant à jouer quelque mystère que ce soit.
Le théâtre devait rester ainsi exclusivement religieux jusqu'à la fin du xv° siècle où la politique faitson apparition sur la scène. Cependant, ni le prévôt, ni le roi, ne crurent utile d'établir une censure. Louis XII comprit en effet quelle utilité présentait le théâtre pour servir sa politique et agir sur l'opinion publique. Mais il y aurait quelque
(1) Fontaine, La Censure dramatique sous l'ancien régime.
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anachronisme à faire de ce prince un prince libéral. Sa tolérance n’était point inspirée par une doctrine ; elle fut toute politique. Dans ses démêlés avec la Cour de Rome, Louis XIL avait besoin de s'appuyer sur le sentiment public. Loin de réprimer, il avait intérêt à encourager la licence arisiophanesque des clercs de la Basoche et des enfants Sans-Souci. Lorsque ceux-ci raillaient en pleine scène, sous le nom de Mère Sotte, les ambitions de l'Eglise romaine, ils étaient pour l'adversaire du belliqueux Jules IT de très utiles alliés... (4)
Louis XII laissa donc faire, mais il se montrait plus susceptible si la Cour était tournée en dérision: « Lui estant rapporté un jour, dit Brantôme, que les clercs de la Basoche du Palais et les écoliers aussi avaient joué des jeux où ils parlaient du roi et de sa Cour, et de tous les grands, il n’enfit autre semblant sinon de dire qu'il fallait qu'ils passassent leur rire, et qu'il permettait qu'ils parlassent de lui et de sa Cour, mais non pourtant déréglément, et surtout qu'ils ne parlassent de la reine sa femme, en façon quelconque, autrement qu’il les feroit tous pendre. » ;
Au xvi* siècle, le Parlement, usant de son droit de police, interdit certaines représentations. Le 4° juillet 4515, il saisit le prétexte du deuil du roi Louis XII pour interdire les jeux qu’en vue de la fête des Rois, préparait la Basoche.
(1) Fontaine, op. cit.
Le 5 février 1516, un arrêt défend aux acteurs de ne jouer « aucunes farces, soties ou aultres jeux, contre l’onneur du roi, de la royne, de M° la duchesse d'Angoulême, mère dudict seigneur, des seigneurs du sang ou aultres personnages estant autour de la personne dudict seigneur, sous peine de punicion contre ceux qui feront le contraire, telle que la Cour verra estre à faire ».
Bien plus, le Parlement essaya d'établir une censure préventive. Un arrêt du 15 janvier 1538 ordonne en effet que toutes les pièces lui soient soumises au moins 15 jours avant celui de la représentation. Mais les organisateurs de farces et sermons obtinrent qu'il revint sur sa décision, ce qu’il fit par arrêt du 45 octobre suivant : « Et quant à la farce et sermon, attendu la grande difficulté par eux alléguée de les montrer à ladite Cour, leur a permis et permet de jouer ladite farce et sermon sans les montrer à ladite Cour... »
D'ailleurs, la censure créée par le Parlement n'eût été qu'un contrôle illusoire, la protection royale restant acquise aux confrères malgré les réprimandes et arrêts, et les maintenant dans tous les privilèges que leur avaient accordés Charles VI et François I”.