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avec Voltaire, comme Marin, son successeur, le fut par sa luttecontre Beaumarchais. Crébillon le jeune ne devait exercer que peu de temps ; il céda la place à Savigny que remplaça lui-même Suard, le dernier censeur avant la Révolution. Il se montra particulièrement rigoureux envers Chénier dont deux pièces, Henri VIII et Charles 1X durent attendre la prise de la Bastille pour être représentées. « Ce n’est donc point assez, s’écriait Chénier, d’avoir composé en France une pièce de théâtre ; ce n’est point assez d’avoir à essuyer les intrigues, les cabales, les dégoûts sans nombre, inséparables de la carrière dramatique ; ce n’est point assez d’avoir à supporter les tracasseries les plus étranges, les rivalités les plus humiliantes ; pour faire représenter une pièce, il faut monter d’échelon en échelon ; de M. le Censeur royal à M. le Lieutenant général de police ; quelquefois à M. le Ministre de Paris ; quelquefois à M. le Magistrat de la librairie ; quelquefois à M. le Garde des sceaux !... La mission des censeurs est de faire la guerre à la liberté ; sans talent et sans génie, leur devoir est d’énerver le génie et les talents ; ce sont des eunuques qui n’ont plus qu’un seul plaisir, celui de faire d’autres eunuques. »
Pourtant, malgré le tableau que nous fait Chénier des difficultés que rencontre l’auteur sur sa route, il paraît certain que le pouvoir royal fut impuissant à comprimer la pensée, et que la liberté du théâtre perçait peu à peu ; c'est du moins ce que l’on peut croire à la lecture du
fameux mémoire au roi qu’en décembre 1788 écrivaient les princes du sang: « Sire, l'Etat est en péril... Les écrits qui ont paru pendant l'assemblée des notables... tout annonce, tout prouve un système d’insubordination raisonnée, et le mépris des lois de l'Etat. Tout auteur s'érige en législateur ; l’éloquence ou l’art d'écrire, même dépourvu d’études, de connaissances et d’expériences, semblent des titres suffisants pour régler la constitution des empires ; quiconque avance une proposition hardie, quiconque propose de changer les lois est sûr d’avoir des lecteurs... Qui peut dire où s'arrêtera la témérité des opinions ? »