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LE THÉATRE

Le théâtre subit à peu près un sort pareil. Avec la Révolution, il s’affranchit de tout contrôle; la loi du 13 janvier 1791 déclare en effet : Art. 1%. « Tout citoyen pourra élever un théâtre et y faire représenter des pièces de tous les genres en faisant, préalablement à l’établissement de son théâtre, sa déclaration à la municipalité du lieu. » Et l’art. 6 dispose que : « Les entrepreneurs et les membres des différents théâtres... ne recevront des ordres que des officiers municipaux qui ne pourront arrêter ni défendre la représentation d'une pièce, sauf la responsabilité des auteurs et des comédiens. »

Cette dernière phrase de l'art. 6 devait attirer sur l’art dramatique toutes les persécutions des autorités

révolutionnaires.

(1) Welschinger. Op. eit., avant-propos.

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« Malgré la liberté du théâtre décrétée, est-il dit dans un rapport de police du temps, cette liberté doit cependant avoir des bornes, et il pourrait y avoir le plus grand inconvénient à remettre sur la scène ce qui a déjà suscité tant de mécontentement. » Aussi, tout en exécutant la loi de 1791, les municipalités se croyaient le droit de faire des suppressions dans les pièces après la première représentation.

Bientôt, le théâtre va servir à glorifier les hommes de la Révolution. La Convention, sur la proposition de Boissy-d’Anglas, adopte en effet un décret par lequel, considérant que les théâtres « ont trop souvent servi la tyrannie », elle décide qu’ils donneront 3 fois par semaine les tragédies de Brutus, Guillaume Tell, Caïus Gracchus, et autres pièces dramatiques qui retracent les glorieux événements de la Révolution et les vertus des défenseurs de la liberté.

Le 3 septembre 1793, à la suite de troubles qui avaient éclaté au Théâtre Français, le Comité de Salut public fait fermer le théâtre et arrêter les acteurs. Dans la ouit du 3 au 4 ceux-ci sont emprisonnés ; un seul échappa : Molé.

Désormais toutes les pièces sont examinées avec un soin jaloux, et le répertoire ancien n’est pas exempt luimême de ce contrôle; des dispositions ridicules sont même prises à son égard.

Le 26 avril 1794, une circulaire des administrateurs

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de police enjoint aux directeurs de théâtres de faire disparaître de toutes leurs pièces, les titres de ducs, barons, marquis, comtes, monsieur, madame, « ces noms de féodalité émanant d’une source trop impure pour qu'ils souillent plus longtemps la scène française ».

L'année suivante, la censure reparaissait par arrêté du 44 mai 1794, confiée à la Commission de l’instruction publique. Ces dispositions d’abord spéciales à Paris sont étendues le 27 nivôse à tout le territoire de la République. La censure fut d'autant plus tyrannique que le Gouvernement n'était pas seul à l’exercer : les comités de gardes nationaux, le club des Jacobins, ne craignirent pas d'en user et même d'en abuser. Ce fut une source de rivalités sans précédents entre tous les partis, aussi peuton dire sans crainte d’exagération que l'œuvre de la censure, sous la Révolution, ne fut pas plus heureuse que sous la Monarchie, et autant sont blâmables les excès de la censure royaliste, autant sont ridicules ceux de la censure conventionnelle. Leur justification, même, est peutêtre plus malaisée, car si la censure peut faire partie de l'arsenal indispensable à tout gouvernement autoritaire, elle peut plus difficilement se comprendre sous un régime de liberté.

L'Empire n'avait donc pas beaucoup à faire pour lutter contre la licence des théâtres. Dès le lendemain du coup d'Etat de brumaire, la censure de la police est secondée par celle du Bureau des mœurs :

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