‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 135 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

« Son orgueil s'habitue à compter les mortels

€ Comme de vils troupeaux nourris pour ses autels ! »

Feydeau joue Bayard à Mézières, le Vaudeville Jeanne Hachettej les théâtres des boulevards Philippe à Bouvines^ Charles Martel à Tours^ Villars à Denain. L'Opéra représente YOriflamme d'Etienne et Baour-Lormian, et l'on voit un chevalier, portant l'oriflamme de Charles Martel, inviter les Français à chasser les Sarrasins. Le censeur Sauvo, enthousiasmé, s'écrie : « L'oriflamme ! A ce mot vraiment français, tous les sentiments généreux se réveillent, toutes les âmes s'électrisent et tous les bras sont prêts à s'armer. Il semble que cette nationale et belle expression renferme en elle seule l'idée de tout ce que nous avons de plus cher : le prince, la patrie, le territoire, la famille, tout ce qu'il faut honorer et servir, tout ce qu'il est beau de protéger et dô défendre !... » La Censure ne nous avait pas encore habitués à dç si fiers élans.

Mais le dernier succès du théâtre avant la chute de l'Empire n'est pas une œuvre patriotique, c'est un opéra comique léger, Joconde, de Nicole et Etienne, et tout Paris, quelques jours avant l'entrée des alliés, fredonne avec Martin l'air fameux : « J'ai longtemps parcouru le monde... »

La Censure impériale a terminé son œuvre : les théâtres vont bientôt reprendre, au retour des Bourbons, les pièces défendues, telles que la Partie de chasse de Henri- IV ^ Edouard en Ecosse^ les Etats de BloiSj et ce sont les censeurs Lacretelle et Lemontey qui donneront l'autorisation de les représenter, après les avoir si longtemps proscrites.

Durant la période des Cent Jours^ le rôle de la censure dramatique se borna à examiner de près les ouvrages qui

auraient pu soulever des tumultes populaires. Quant aux impromptus et aux à-propos louangeurs, ils furent résolument écartés de la scène : car Napoléon avait appris ce que valaient les œuvres adulatrices de ces écrivains qui, après avoir célébré PEmpire, puis la première Restauration, étaient revenus lui offrir leurs hommages. Il regrettait maintenant d'avoir laissé autrefois les censeurs et les courtisans ordonner en sa faveur des hymnes et des apothéoses, dont, mieux que personne, il connaissait le prix. Ces encouragements officiels à une flatterie vénale furent en effet un des plus détestables services que la Censure rendit au gouvernement impérial.

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