‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 134 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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tente de déterminer son beau-frère à marier sa fille avec un grand seigneur endetté ; mais le beau-frère congédie l'intrigante et le grand seigneur, puis marie sa fllle avec celui qu'elle a choisi. Il est à noter ici que le censeur subit à son tour les coups de ciseaux de la Censure et la défaveur du gouvernement. Cette pièce, si Ton en croit Sauvo, était attendue avec une extrême impatience, et jamais œuvre dramatique n'avait excité autant d'intérêt et de curiosité. Tout ce que l'amitié et le zèle qu'inspirait le talent, tout ce que les jalousies littéraires et les rivalités dramatiques pouvaient mettre de spectateurs en présence était « à son poste, le 6 mars 1813, et en quelque sorte sous les armes ». La pièce fut faiblement jouée, les coméiiens se troublèrent et la représentation devint orageuse aux derniers actes. L'Empereur, qui avait voulu voir Vlniriganle à Saint-Cloud, en fut très mécontent. 11 interdit cette comédie et la fit même saisir chez les libraires. Pour quel motif? Laissons parler Etienne :

« Il faut dire que ce n'est pas la Censure, mais Napoléon lui-même qui défendit l'Jufrîf/ante. Quel est donc cet ouvrage si dangereux pour la société et les constitutions de l'Europe?... Il n'en est guère de plus moral, déplus étranger à la politique. C'est cependant cette comédie que Jupiter lui-même, du haut de sa loge, a frappé de ses foudres au milieu d'une représentation à Saint-Gloud.Où est le poison ? Où est l'attentat? Le mot de cour est souvent prononcé. La cour est montrée de loin dans la coulisse ; c'est le ressort caché de l'action dramatique. Ce mot, l'Empereur l'a pris pour lui, malgré l'intention et les sentiments do l'auteur ».» La Censure avait cependant modifié la pièce en plusieurs endroits. N'avait-elle pas changé le vers suivant :

1. Notice de Vlntritjante.— « Il se bornait à s^amusor seul de ses courtisans : c'était une comédie qu'il se réservait. Il ne pouvait per-

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LES IHEATRES 257

« La fortune s'attache aux pas de nos guerriers , » pour lui substituer:

« Suivez, suivez les pas de nos braves guerriers ! » afin d'éviter de rappeler le souvenir des derniers désastres. N'avait-elle pas aussi retranché une allusion aux petits souverains supprimés par FEmpereur :

« Non, mais il a tout Tair d'un prince supprimé! » puis ces deux vers qu'elle croyait insolents :

« Cher comte, en vérité, vous êtes trop discret...

« Eh quoi! pour soupirer, vous faut-il un décret? » Enfin n'avait-elle pas remplacé, de crainte de déplaire à Marie-Louise, ce vers :

« Ah ! que ce compliment sent bien la Germanie ! » par:

« Vous voilà bien... toujours de la galanterie ! » et ceux-ci :

« Je déclare aujourd'hui la guerre à l'Allemagne,

« Il me tarde déjà de me mettre en campagne, » par :

« Point de paix, point de trêve avec cette étrangère :

« Je veux sans nul retard lui déclarer la guerre ! » 11 en restait encore trop pour l'Empereur, qui avait cru voir dans cette comédie une satire des alliances entre ses généraux et les familles de la vieille noblesse. 11 avait froncé le sourcil à ce portrait d'un chambellan :

« ... Je crois qu'il attend un décret pour penser; » puis, en entendant Tintrigante promettre un brevet de colonel, il se tourna avec humeur vers ses aides de camp, et leur dit : « 11 n'y a que moi qui fasse des colonels ! » Un dernier vers :

« Je suis sujet du prince et roi dans ma famille, » lui fit dire avec irritation : « C'est à moi que le mot

mettre que c*ea fût une pour les autres ». (Etienne, Lettres sur le théâtre,) '

s'adresse ! » et il se leva, décidé à interdire la comédie d'Etienne. Après douze représentations, Vlntrig&nte disparut de Tafflche. Une circulaire adressée aux préfets défendit aux théâtres de province de la mettre en représentation *. Sous la première Restauration, on offrit à Etienne de reprendre Ylntrigante îju Théâtre-Français. Il refusa noblement, de crainte de donner lieu, par sa faute, à des réflexions désobligeantes pour l'Empereur, dont il avait reçu des bienfaits : « La défense d'une comédie, écrivit-il alors à un journj^l, n'est pas un malheur pour un auteur, mais l'ingratitude est un maljieur pour tout le monde, a Une telle reconnaissance était rare et méritait d'être signalée.

Quelques jours après l'interdiction de Vlntrigantej le Théâtre-Français jouait une tragédie de Briffaut, NinusII^ dont le sujet avait été primitivement emprunté à l'histoire d'Espagne. Mais les événements d'Aranjuez et de Rayonne décidèrent la Censure à demander à Briffaut de transformer ses Espagnols en... Assyriens. Pour le récompenser de sa docilité, le duc de Rovigo fit nommer l'auteur rédacteur de la Gazette de France, avec promesse de cinq articles par ' mois. M"*' de Bawr, auteur de la Suite d'un bal masqué, obtint la même faveur \

L'invasion arrive et la police ordonne aux théâtres d'exercer leur influence sur l'opinion. La Comédie française joue la Rançon de Duguesclin et reprend Gaston et Bayard; l'Odéon, le Siège de Calais, où la Censure biffe ces vers :

1. Voir sur Faffaire de Vlntrigante le discours de réception d'Alfred de Vigny à TAcadémie française, le 29 janvier 1846. Alfred de Vigny raconte dramatiquement la* scène do SaintrGloud, mais avec des phrases prétentieuses où. il compare l'Empereur k ^ un chimiste inquiet et sombre qui approche de sa touche froide l'or suspect du poète, ».

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