RELATIVE AUX PIÈCES SUR LA RÉVOLUTION
Archives de la Comédie française.
Bureau des mœurs. — Paris, le 14 frimaire an vni (5 déc« 1799).
Aux entrepreneurs du théâtre de la République:
Le Ministre de la Police générale nous charge, citoyens,
* Les documents inédits sont ceux qui sont mentionnés ici conlme provenant des Archives nationales et des Archives de la Comédie française.
2Ô4 APPBNDIGB — PREMIERE PARTIE 1800
do suspcndFO la représentation dos piëcos qui pourraient devenir un sujet do dissention (sic), et il nous autorise à exiger des entrepreneurs do spectacles qu'ils soumettent à notre examen tous les ouvrages dramatiques relatifs à la Révolution qu'ils voudraient remettre au théâtre, à quelque époque qu'ils aient été composés depuis le 14 juillet 1789 (V.S.). Les loix et arrêtés do l'autorité executive chargent, en outre, les bureaux centraux de veiller à ce qu'il no soit représenté, sur les théâtres établis dans les communes de leur arrondissement, aucune pièce dont le contenu puisse servir de prétexte à la malveillance et occasionner du désordre. Nous pensons que pour exercer l'action salutaire do la surveillance morale de^ théâtres, il est indispensable que les nouveautés dramatiques nous soient soumises avant la représentation. Nous vous invitons, en conséquence, à nous adresser sans délai et faire remettre à notre bureau des mœurs et opinions publiques les pièces relatives à la Révolution, ou à quelque époque delà Révolution, et toutes les nouveautés que vous êtes dans l'intention do représenter. Salut et fraternité.
Les Administrateurs : Piis, Thurot *.
LETTRE DE LUCIEN BONAPARTE AU PRÉFET OU GERS CONCERNANT LE RÉPUBLICAIN DÉMOCRATE d'aUGH.
Archives nationales, F^ 3325^
Paris, le 28 germinal an vni (18 avril 1800). Le Ministre de l'Intérieur au Préfet du Gers : L'Administration centrale, en me rendant compte, citoyen, des manœuvres que les malveillans emploient pour troubler la tranquillité publique dans le département du Gers, me dénonce un journal qui s'imprime à Auch sous le titre du Républicain démocrate^ et dont l'esprit tend visiblement à provoquer des mouvements séditieux, sous le prétexte du renchérissement des grains. Il importe do rompre sans délai un instrument aussi dangereux dans les mains des agitateurs. En con-
séquence, je vous ordonne de supprimer le journal dont il s'agit, sans avoir égard aux réclamations qui pourront être faites par le rédacteur ou les intéressés, et do traduire devant les tribunaiix quiconque excitera à la révolte au sujet des subsistances, afin do faire peser sur lui toute la rigueur des lois.
Je vous salue. Lucien Bonaparte.
LETTRE ou PRÉFET OB POLICE RELATIVE A UNE SAISIE DE LA GAZETTE DE FRANCE ET DES DÉBATS.
Archives nationales, F? 3325.
Paris, le 3 vendémiaire an x (25 septembre 1801).
Le Préfet de Police au Ministre de la Police générale :
Citoyen Ministre,
Aussitôt la réception de votre lettre en date de ce jour et qui m*est parvenue ce soir à 10 h. 3/4, j'ai donné les ordres nécessaires pour arrêter la circulation, la vente et le débit des journaux intitulés Gazv.tte de France et Journal des Débats. J'ai en mâmc temps renouvelé aux autres journaux la défense expresse de rien insérer dans leurs feuilles do relatif à la religion et à ses ministres, et notamment le prétendu bref du Pape aux anciens évéques de Franco réfugiés à Londres.
Salut et respect. Dubois.
P.S. — Je fais 1 faire à Tinstant le relevé de tous les autres journaux qui avaient inséré cette prétendue lettre du Pape pour étendre contre eux la même mesure.
LETTRE DE CHAPTAL A FOUGHÉ AU SUJET DE l'OPÉRA: LA MORT D'aDAM.
Archives nationales, F^ 3325.
Paris, le 26 frimaire an x (17 décembre 1801)
lie Ministre de Tlntérieur au Ministre de la Police :
La plupart des journaux, mon cher collègue, sont depuis
quelque tcms remplis, jusqu'à satiété, de discussions personnellement relatives au citoyen Lesueur, membre du Conservatoire et compositeur de la Mort d'Adam^ dont j*ai ordonné la mise au théâtre des Arts.
8i ces discussions n'avaient porté que sur des individus ou des points de littérature et de beaux-arts^ Tau tori té sans doute n^eût point dû s'en occuper ; mais le ton factieux de ces articles, la manière indécente dont on se iiermet chaque jour d'y interpréter les intentions du gouvernement, les alarmes que par ce moyen on cherche à jeter sur des établissements importans, le nom du citoyen Lesueur qui sert de mot de ralliement à ces ridicules débats, tous ces motifs réunis m'ont déterminé à adresser à ce compositeur la lettre dont je vous adresse ci- joint copie* J'avais cru que cette lettre eût dû mettre un terme à des discussions aussi inconvenantes ; cependant, mon cher collègue, le môme scandale a continué et l'on y a même fait intervenir le nom du Premier Consul, comme vous le verrez par le numéro ci-joint du Courrier des Spectacles.
Je soumets à vos lumières, mon cher collègue, le choix des mesures à prendre pour faire cesser des discussions où Tau* torité se trouve ainsi compromise. Vous pensez, sans doute, comme moi que l'opinion des journalistes ne doit x>omt intervenir dans l'exécution des mesures administratives voulues par le gouvernement.
Je vous salue. Chaptal.