‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 195 sur 220 · SÉJOUR DB MADAME DE STAËL DANS LE DÉPARTEMENT DE LOIR-ET-CHER · texte numérisé non relu

SÉJOUR DB MADAME DE STAËL DANS LE DÉPARTEMENT DE LOIR-ET-CHER

Archives nationales, F7 6331.

2 octobre 1810.

Rapport à Sa Majesté l'Empereur et Roi sur la conduite du Préfet Corbigny.

Sire, je crois devoir appeler l'attention de Sa Majesté sur la conduite de M. le Préfet de Loir-et-Cher. Dès le mois de juin dernier, ce fonctionnaire s'est fait remarquer par ses relations indiscrètes avec les princes espagnols. Ses démarches avaient pour objet d'engager Leurs Altesses à faire l'acquisition de la terre de Menars, située près de Blois, et de les fixer ainsi dans son département. L^influence qu'il exerçait sur l'esprit des princes nuisait d'ailleurs à la tranquillité du château.

Pour mettre un terme aux inconvénients qui résultaient de cette conduite et en prévenir de plus graves, je lui recommandai formellement de ne plus s'occuper à, l'avenir de ce qui pouvait concerner les princes. J'ai appris cependant qu'il avait reçu depuis plusieurs lettres de M. d'Amezaga et qu'il avait même recommandé des personnes qui se rendaient à Valençay.

Plusieurs- anciens nobles de Loir-et-Cher, notamment M. de Saint- Aignan et M. de Qartilliat, ont été, â diverses époques, l'objet de mesures particulières qui fixaient nécessairement sur eux la surveillance du Préffet. Il n'a rendu compte ni des dispositions qu'il avait dû fkire pour éclairer leur ccmdaite, ni.desrësult<ns<de sa Surveillances '

Enfin, M"« do Staël, en se rendant au port où elle df?vait s'embarquer pour passer en Amérique, s'est arrêtée à deux lieues de Blois. Le château où elle a séjourné est devenu un lieu do réunion. Nombœ de personnes, dont plusieurs parla' gent les principes de cette dame, se sont empi*essées d'aller lui faire leur cour ; le Préfet lui-môme la voyait souvent et se trouvait aux réunions. Cependant, depuis le mois d'avril qu'elle est arrivée dans son département,, je n^ai reçu de lui aucun rapport sur celte dame ni sur les personnes qui la visitaient.

Votre Majesté jugera d'après cet exposé s'il ne conviendrait pas que M. Corbigny fût employé dans un autre département.

Je suis avec le plus profond respect. Sire, etc., etc.

Le duc de Rovigo.

Sommais : Ixj Préfet de Loir-et-Cher n'a point rendu au Ministère de la Police générale les comptes qu'il devait, tant sur la dame do Staël que sur plusieurs ex-nobles qui ont été l'objet de mesures particulières.

Décision : c Le Ministre lui témoignera mon mécontentement sur tous ces objets, et que j'avais droit à plus de zèle pour mon service.

€ Fontainebleau, le 2 octobre 1810.

t Napoléon. •

iV. B. — La décision de l'Empereur fut notifiée à M. de Corbigny par le Secrétaire général du Ministère de la Police, M. Saulnier.

LETTRE DU DUC DE ROVIGO A MADAME DE STAËL LUI NOTIFIANT SON ORDRE d'exil.

Dix années d'exil (p. 145 à 149).

11 me fallait quelques jours pour me préparer au voyage d'Amérique et je fus obligée de m'adrosser au MiaMte et la

Police pour domandcr ce peu de joui*s... Voici la réponse du Ministre. U est curieux de voir ce style-là* :

* PoUce générale. — Cabinet du Ministre.

« Paris, 3 octobre 1810.

€ J*ai reçu, madame, la lettre que vous m'avez fait Thonneur do m*écrire. monsieur votre fils a dû vous apprendre que je ne voyais pas d'inconvénient à ce que vous retardassiez votre voyage de sept à huit jours; je désire qu'ils suftlsent aux ari*angcmenls qui vous restent à, prendre, parce que je ne puis vous en accorder davantage.

€ Il ne faut point rechercher la cause de Tordre que je vous ai signifié, dans le silence que vous avez gardé â Tègard do TEmpereur dans votre dernier ouvrage; ce serait une erreur : il ne pouvait pas y ti*ouver de place qui fût digne de lui ; mais votre exil est une c«)nséquence naturelle de la marche que vous suivez constamment depuis plusieui*s années. Il m'a paru que Tair de ce pays-ci no vous convenait pas, et nous n'en sommes pas encore réduits â chercher des modèles dans les peuples que vous admii'cz.

« Votre dcmior ouvrage n'est point français; c'est moi qui en ai arrêté l'impression. Je regrette la perte qu'il va faire éprouver au libraire; mais il ne m'est pas possible do le laisser paraître.

c Vous savez, madame, qu'il ne vous avait été permis do sortir do Coppet jque parce que vous aviez exprimé le désir de passer en Amérique. Si mon prédécesseur vous a laissé habiter le déj)»rtement de Loir-et-Cher, vous n'avez pas dû regarder cette tolérance comme une révocation des dispositions qui avaient été arrêtées à votre égard. Aujourd'hui vous m'obligez à les faire exécuter strictement ; il ne faut vous eu prendre qu'à vous-même.

c Je mande à M. Corbigny^ de teiTirlamainà l'exécution de l'ordre que je. lui ai donné, lorsque le délai que je vous accorde sera expiré.

1. Cette lettre est la même qui a été imprimée dans la préface de l'Allemagne.

Page 1