‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 194 sur 220 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

LETTRE DU PBÉFET DE LOIR-ET-CHER AU MINISTRE DE LA POLICE SUR SON ENTREVUE AVEC M. SCHLEfieL.

Archives nationales, F7 633t.

Blois, le !•' octobi-c 1810.

Le Préfet du département de Loir-eUQhcrà S. Exe. le Ministre de la Police générale de TEmpire.

La personne que M"»* de Staël m'a envoyée aujourd hui (le professeur Schlegel) m'a dit qu'on lui a écrit de Paris qu'une des causes de la suppression de son ouvrage est le silence qu'elle y a gardé sur l'Empereur, et une espèce de péroraison qui se trouve à la fin du troisième volume, et où l'auteur est censé supposer que l'esprit de calcul et d'intérêt succède en France à l'esprit d'enthousiasme qui peut seul produire de grandes choses. — Je vous répète peut-être mal, Monseigneur, les paroles et le sens de ce morceau qui a saiTs doute plus de développements que ce que je viens de vous dire. Je n'en sais que ce que m'en a appris une conversation rapide que j'ai cherché cependant à retenir. Mais j'ai cru bon, néanmoins, de vous informer de l'opinion que l'on cherche à donner à M"»* de Staël et qu'elle partage peut-être, sur les causes de sa disgrâce présente.

M. Schlegel m'a dit, et peut-être de la part de M"»« de Staël, qu'elle n'aurait pas osé se permettre de parler de l'Empereur dans son ouvrage à cause des circonstances dans lesquelles elle se trouve; que sollicitant son rappel à Paris et le remboursement par le Trésor public d'une portion considérable de la fortune de son père, elle aurait paru attacher l'espoir de •l'obtention de ces grâces à des louanges intéressés et par conséquent indignes de Sa Majesté; que l'influence de l'Empepeur en Allemagne et particulièrement dans le pays lettré dentelle

s'occupe surtout et que Sa Majesté a pris sous sa protection spéciale, l'aurait amenée naturellement à parler de Sa Majesté, si elle n'avait été retenue par le motif que je viens do vous exposer. Enfin, m'a ;dit M. Schlegel, la péroraison que l'on reproche à M»« de Staël d'avoir placée à la fin de son ouvrage, aurait été sacrifiée par elle, sans nul effort, si le censeur le lui avait demandé Corbigny.

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