‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 201 sur 220 · LETTRE DB MAME AU DIRECTEUR. OÊNÈRAL DB LA LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

LETTRE DB MAME AU DIRECTEUR. OÊNÈRAL DB LA LIBRAIRIE

Archives nationales, ibid.

Direction générale de l'imprimerie et do la librairie. Copie

de la lettre écrite, le 17 octobre 1810, pai» le sieur Marne à M. le Directeur général :

Monsieur, j*ai déclaré dans le procès-verbal que j'ai signé, lorsqu'on est venu enlever Touvrage de M"»« do Staël, que M. Nicole avait dû remettre deux exemplaires dudit ouvrage à la Direction générale.

Ayant appris qu'un de ces exemplaires était entre les mains do M. Laborie, j'ai déclaré, en répondant aux questions qui m'ont été faites par S. Exe. le Ministre de la Police, qu'un seul exemplaire avait été remis à la Direction de la librairie et qu'il était à ma connaissance que l'autre avait été remis à M. Laborie par M. Nicole.

J*ai déclaré en outre que le premier volume avait été remis au chef du bureau de la garantie.

Signé : Mame.

Pour copie, certifiée conforme,

Defranc, Secrétaire-Rédacteur attaché au Secrétariat de l'imprimerie et de la librairie.

En note : Son Excellence ne voit pas d'inconvénient à ce que les épreuves restent déposées entre les mains de M. le Directeur et sous sa garantie.

DÉCLARATION DU LIBRAIRE NICOLE AU SUJET DES EXEMPLAIRES DE L'ALLEMAGNE PRIS PAR LUI CHEZ MAME

Archives nationales, FrôSai.

Cejourd'hui mercredi dix-sept octobre mil huit cent dix, s'est présenté au Ministère de la Police générale, sur l'invitation qui lui en a été faite, M. Henri-Gabriel Nicole, libraire, demeurant à Paris, rue de Seine, n« 12, hôtel de La Rochefoucauld ; lequel interpellé de déclarer quel est le nombre d'exemplaires de l'ouvrage de M™* de Staël intitulé de l'Allemagne il a pris chez MM. Mame frères» imprimeurs; s'il en a envoyé à l'étranger ou remis à quelqu'un un ou plusieurs exemplaires de cet ouvrage, a lait la déclaration suivante :

< Jo dois d'abord observer que mon magasin est situé rue du Pot-dc-Fcr, .dans la môme maison et dans Fenceintc même de rimprimerie de MM. Mamo; et qu'aussitôt que toutes lesfouilr les de Touvrage dont il s'agit étaient imprimées et séchées, elles étaient portées dans mon magasin attenant rimprimerie; aussi rien n'en est sorti, si ce n'est ce que je yais expliquer.

€ Il est à ma connaissance que M. Marne a envoyé à M™« do Staël trois épreuves complètes de son ouvrage; il lui a fait ces envoie k fur (sic) et à mesure que les feuilles étaient imprimées.;

* J'ai porté moi-même un exemplaire à M. de Portalis, Directeur général de la librairie ; j'ai signé et paraphé cet exemplaire.

t J'ai pris pour moi le premier volume et environ la moitié du second, que j'ai remis à M. Laborie qui ne les a pas restitués.

« J'affli-me en outi-e n'avoir envoyé aucun exemplaire, ni aucune partie de l'ouvrage dont il s'agit, à l'étranger. Je me serais même bien jgardé de faire un pareil envoi qui aurait pu donner lieu à une contrefaçon qui m'aurait été préjudiciable.

t H. Nicole, t

En note :

Écrire au Préfet du Léman qui répondra par le courrier.

SUSPENSION DBS PAYEMENTS DE LA LIBBAIRIE NICOLE. RÉFLEXIONS DE LA DIRECTION GÉNÉRALE >.

Archives nationales, F^« 148.

Tranquillité publique.

268. — Le libraire Nicole a suspendu ses payements cetto semaine et l'on annonçait un déficit de 900.000 francs à un million.

Ses créanciers se sont réunis. Il parait que les plus considé-

1. Détaché du registre des Bulletins hebdomadaires de la librairie^ 1810. Archives nationales, F*» 148.

rablcs ont désintéressé les petits, et M. Nicole est rentré aTCC leur consentement à la tête de ses affaires sous condition d'avoir payé toutes ses dettes dans cinq ans. On a prétenduque la suppression de Touvrage de M"** de Staël < était la cause de cotte faillite; mais on ne peut évaluer sans exagération à plus de 30.000 francs les frais que cet ouvrage a pu coûter au sieur Nicole et |cette somme n'a pu entraîner sa ruine. Il faut remarquer que les nouveaux libraires et spécialement celui-là font de trop grandes affaires. Il lui fallait chaque mois 100 à 120.000 francs'pour ses payements. La librairie, quelque florissante et quelque profitable qu'elle puisse ôtre, ne comporte pas un tel mouvement d'argent. Il faut nécessairement compter sur le succès de certains ouvrages de parti pour espérer de telles rentrées; mais aujoui*d'hui il ne doit plus paraitn» d'ouvrages de parti, et dès lors un bon ouvrage ne peut que s'écouler lentement. Quand Toppion n'a pas de fantaisie, on ne s'arrache pas les livres ; il est nécessaire que la littérature prenant cotte assiette tranquille qui lui convient et quittant ce ton frondeur, chagrin ou agressif qu'on lui avait donné le siècle passé, la librairie change d'allure et devienne le commerce de livres de bibliothèque et d'instruction et cesse d'être celui des brochures séditieuses.

OnDRE d'iKTBRROOER le libraire NICOLE.

Arcllives nationales, F^ 6331.

16 octobre 1810.

M. Desmarets fera venir M. Nicole et lui fera déclarer le nombre d'exemplaires de Touvrage de M«"« de Staël qu'il a l)ris chez M. Mame, et s'il en a envoyé à l'étranger.

M. Laborie doit avoir eu au moins un exemplaire.

!. Sur l'Allemagne.

LETTRB DU MINISTRE DE LA POLICE Ail PRÉFET DE LÉMAN

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