‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 7 sur 220 · Correspondance de Napoléon, t. X · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon, t. X

çaot lui déplaisait souverainement. Il voulait bien se servir de la Censure ; mais il lui semblait inutile, dangereux jmôme d'avouer, de proclamer l'existence de cette institution, un des plus mauvais souvenirs de l'ancien régime *. C'est ce qui explique sa lettre à Fouché, en date du 15 janvier 1806. L'Empereur avait lu dans le Journal de l'Erri' pire qu'on avait mis au bas d'une comédie de Collin d'Harleville : « Vu et permis l'impression et la mise en vente d'après la décision de Son Excellence le sénateur, ministre de la police générale , du 9 de ce mois (prairial an xiii — Î9 mai 1805). — Par ordre de Son Excellence, le chef de la division de la liberté de la presse. Signé : P. Lagarde *. »

Mécontent de cette publicité donnée à certains actes arbitraires de la police, Napoléon écrivit au ministre : « J'ai Jieu d'être étonné de ces nouvelles formes que la loi seule pouvait autoriser.*S'il était convenable d'établir une Censure, elle ne pouvait l'être sans ma permission. Lorsque :ma volonté est que la Censure n'existe pas, j'ai lieu d'être flurpris de voir, dans mon Empire, des formes qui peuvent être bonnes à Vienne et à Berlin... Je n'entends pas que Jes Français deviennent des serfs..* Je le dis encore une fois, je ne veux pas de Censure, parce que tout libraire répand de l'ouvrage qu'il débite, parce que je ne veux pas être responsable des sottises qu'on peut imprimer, parce que je ne veux pas enfin qu'un commis tyrannise l'esprit et mutile leigénie'. » Il se plaisait à ajouter qu'il avait longtemps calculé et veillé pour parvenir à rétablir l'édifice social, et <I^!a^jourd'hui il était obligé de veiller pour maintenir la

1. G*est à rordonnance royale de janvier 1629 que remonte rétablissement des censeurs. (Art. 52.)

. 2. C'était Fiévée qui avait joué à Fouché le tour de prouver que la police exerçait une censure illégale.

3. Correspondance de Napoléon, t. XI. —De plus, une note sévère parut dans le numéro du 22 janvier du Moniteur, qui contint cette phrase : « Il n'existe point de Censure en France. »

liberté publique... Ce qui ressort évidemment de cette lettre, c'est que l'Empereur ne voulait pas de visa officiel ni de permis d'imprimer et de mettre en vente placé sur les livres. Fouché ne s'y trompait pas : « Moi qui le connaissais, écrit-il, je ne vis dans cette boutade qu'un avis indirect pour hâter de régulariser la Censure et dénommer des censeurs *. »

Ce qui prouve, en effet, que Napoléon tenait à la censure, c'est la lettre qu'il écrivit à Cambacérès, le 24 février 1806, au sujet des Mémoires de Louis XIV imprimés chez Garnery : « Un ouvrage de cette importance ne peut s'imprimer sans que la police en soit instruite. Lisez effectivement cet ouvrage et dites-moi ce que vous en pensez \ »

Rien n'échappait à l'œil vigilant de l'Empereur, ni les journaux, ni les pamphlets, ni les écrits où pouvaient se trouver des passages répréhensibles à son avis. Sa lettre au ministre de Tintérieur au sujet des œuvres de Lalande en est une nouvelle attestation. Elle fait du reste honneur au sens politique et pratique du Souverain : « C'est avec un sentîment'de douleur, écrit-il, que j'apprendsqu'un membre de l'Institut, célèbre par ses connaissances, mais tombé aujourd'hui en enfance, n'a pas la sagesse de se taire et cherche h faire parler de lui, tantôt par des annonces indignes de son ancienne réputation et du corps auquel il appartient, tantôt en professant hautement l'athéisme, principe destructeur de toute organisation sociale, car il ôte à rhomme toutes ses consolatiQUs et toutes ses espérances. » Napoléon prescrivait au ministre d'appeler les président et

1. Pendant longtemps, en soumettant les journaux à la sarveillance de ses agents, Napoléon n'avait même pas voulu qu'on pronon-

Î;ât le mot de censeur; mais lorsqu'il eut rétabli la direction de la ibrairie, ce mot ne l'effaroucha plus et la Censure fut rétablie non seulement sur les journaux, mais sur tous les genres d'ouvrages. (Mémoires de Salgues, tome VIII.)

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