XVI PREFACE
choses, le hasard seul a joué un rôle. Qu'il me suffise de rappeler qu'après le 4 septembre 1870, les Tuileries ont été visitées et quelque peu fouillées par les hommes politiques d'alors. Môme le 30 septembre 1870, le Journal Officiel et le Bulletin des lois de la jeune République contenaient le décret suivant :
« Le Gouvernement de la Défense nationale décrète :
« La commission d'examen des ouvrages dramatiques est et demeure supprimée.
« Fait à l'Hôtel de Ville, le 30 septembre 70.
« Signé : Général Trochu, Jules Favre, Emmanuel Arago, Jules Ferry, Gambetta, Garnier Pages, Pelletan, E. Picard, Rochetbrt, Jules Simon, »
Ce décret, si littéraire en sa concision, ne devait pas, hélas ! avoir une bien longue durée. Maintenant la parole est à nos élus. Par leur
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vote, ils peuvent rendre au théâtre la liberté qui lui est due. Le feront-ils'.'... Nous devons l'espérer. Le ministre de llnstruction publique et des Beaux-Arts, M. Léon Bourgeois, n'est pas seulement un radical; c'est aussi, ce qui vaut mieux, un esprit libéral, un ami des arts et des lettres, un véritable esthète. Il sait combien il est ridicule d'emprisonner la pensée humaine et je ne doute point qu'il ne lui soit pénible d'avoir à ratifier le })cto d'une censure. Ceux qui le fréquentent de près affirment qu'il a l'intention de donner au Théâtre la liberté absolue ; courage qui l'honore infiniment et lui assure toutes nos sympathies. Puisse-t-il réussir!... D'autre part, le directeur des Beaux- Arts, M. Henry lioujon, est un jeune dont la chaleureuse amitié envers tout artiste est devenue proverbiale. C'est un esprit très haut et très indépendant, un raffiné dans son éclectisme. Ce n'est certainement pas de son côté que la censure trouvera une sérieuse défense.
PHKFACE.
Il y a donc tout lieu d'espérer que cette vieille institution périra d'ici peu. Tous les grands écrivains du jour, les Maîtres de la pensée moderne, Edmond de Goncourt, Emile Zola, Alphonse Daudet, Guy de Maupnssiint, Octave Mirbeau, Paul Bourget, Henry Becque, Georges Ancey, etc., etc., réclament la suppression de la censure. Il me paraît que leur autorité a quelque importance en la matière puisque, plus que tous autres, cette question les intéresse au premier chef. Ne serait-il pas opportun d'écouter leurs doléances?...
Et si, moi qui n'appartiens ni à la politique, ni aux arts, ni au théâtre, j'ai livré ces pages au public, ce n'est pas uniquement pour réhabiliter M. Camille Doucet dans l'esprit de ses contemporains, mais surtout pour donnera la censure la chiquenaude qui doit déterminer son ultime culbute.
Paris, Avril 1892.