‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 35 sur 77 · LA NIAISE · texte numérisé non relu

LA NIAISE

Comédie en cinq actes.

14 mars 1854.

... Nous avons à faire sur cette pièce une observation capitale. Le personnage d'un procureur général, placé dans les situations que nous avons cru devoir détailler dans l'analyse qui précède, ne nous paraît pas admissible au théâtre.

Un magistrat de l'ordre le plus élevé, chargé au nom du souverain et de la société de veiller sur les mœurs, de faire exécuter les lois et les arrêts, de poursuivre les délits et les crimes, peut-il être mis en scène dans des conditions si contraires à tous ses devoirs ?

Salbry, le procureur général, fait le procès à la loi et à la jurisprudence de cette Cour de

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cassation à laquelle il sera appelé comme conseiller à la fin de la pièce.

Il se constitue au gré de ses passions juge des ordres de la justice. Il refuse de faire arrêter un duelliste, parce que le duel, en général, lui paraît légitime. Il voudra plus tard faire arrêter par vengeance ce môme homme qu'il a caché dans son château.

Si sa femme le trompaity il la tuerait. Il saisit en scène un fusil pour faire justice d'un prétendu galant.

Il est père d'un enfant naturel qu'il a odieusement abandonné, et le remords qui pèse sur sa \ie le rend soupçonneux et injuste envers les hommes et le Gouvernement.

Une destitution imméritée le frappe, et, malgré ses fautes réparées non par lui, mais par sa femme, la protection d'un Ministre, son ami, le fait nommer conseiller à la Cour de cassation.

Nous pensons qu'un tel tableau ne pourrait

Cri LA (E.SMHE

que nuire à la considération du ministère public, de la Cour de cassation et de la magistrature en général.

Nous croyons qu'il donnerait lieu à de justes réclamations. La représentation dé cet ouvrage dans les villes où siège une Cour Impériale n'aurait-elle pas des inconvénients encore plus directs?

Quant à l'élection d'un membre du Conseil' général et aux petites intrigues auxquelles elle donne lieu, nous ne pensons pas que cet incident sorte des bornes de la comédie, tout en réservant la suppression de quelques épigrammes contre le suffrage universel.

L'auteur auquel nous avons fait part de nos observations a refusé de s'y rendre, dans la pensée que des modifications aussi importantes équivaudraient à la suppression de la pièce ; il en appelle à la haute décision de Son Excellence, en s'appuyant sur des motifs, etc..

Quelle que puisse être la valeur de ces ex-

;ni<; NAPOLÉON Tir. Q'i

plications, elles n'ont pas changé le fond de notre conviction. Nous persistons à croire que le rôle d'un procureur général placé dans ces conditions est inadmissible et que la pièce ne peut être autorisée qu'à la charge de faire disparaître cette inconvenance.

Approuvé :

Le Ministre de l'Intérieur, F. DE Persigny.

DEUXIÈME RAPPORT

8 août 1854.

L'auteur nous paraît s'être exagéré la

portée des modifications qu'il a opérées dans sa pièce.

Ces atténuations... ne font pas disparaître le principal inconvénient signalé par nous, à savoir: le rôle du procureur général et la plupart des circonstances dans lesquelles il est produit.

Salbry est encore placé dans une situation où

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il manque à son devoir comme magistrat pour obéir à ses passions.

L'auteur a même aggravé, sans le vouloir, par une addition, Faction blâmable de ce personnage. Refusant de faire exécuter le mandat d'amener décerné contre Bréchetanne, parce qu'il lui a donné asile, Salbry s'exprime ainsi:

« OvA, je manque à mon devoir, je le sais, mais Je ne manque pas à l'honneu7\ »

Cette distinction n'est pas admissible, surtout dans la bouche d'un magistrat.

Les théories sur le duel n'ont pas été supprimées. Il serait superflu d'insister sur l'inconvenance de mettre en scène un procureur général faisant l'apologie du duel.

Nous croyons donc devoir persister dans notre premier avis relativement au personnage de ce magistrat.

Toutefois, si, dans sa haute appréciation, M. le Ministre admettait ce personnage dans les conditions générales de la pièce, nous croirions

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que des modifications plus complètes seraient nécessaires. Elles devraient avoir pour principal but d'ôter à Salbry ce qui, particulièrement dans les premiers actes, fait un contraste trop saillant entre ses passions et ses devoirs. Il y aurait de plus des changements et des suppressions de détail à demander à Fauteur. Ils sont indiqués sur les manuscrits.

Nous attendons les ordres de Son Excellence.

Théâtre du Vaudeville LA FOIRE DE LORIENT

Vaudeville en un acte.

4 mai 1834.

Le théâtre représente le champ de foire de la ville de Lorient.

: Deux baraques rivales occupent le théâtre: Fune est celle de Fier à-bras, grand hercule du

Nord, qui a fait la dcmi-ï^ation de la Russie ; Taulre, surmontée d'un croissant, est celle de Saladin, premie?^ équilihriste de l'Europe...

N'est-il pas à craindre que Fler-à-hras, f hercule du Nord, ne paraisse la personnification offensante d'un souverain que les instructions expresses de M. le Ministre, à loccasion de Constantinople, nous ont prescrit d'écarter du théâtre.

Sur cette question de haute convenance politique, nous attendons les ordres de Son Excellence.

Théâtre du Vaudeville L'ABBÉ COQUET

Vaudeville eu un acte.

PREMIER RAPPORT

18 avril 18r.3.

... Cette pièce nous paraît inadmissible quant au fond et quant à la formCi

sous N.M'uLKdN lU. (57

D'abord le personnage principal est un de ceux qui sont exclus aujourd'hui du théâtre ; il est à remarquer de plus que les auteurs l'ont présenté dans les conditions les plus choquantes. Les fredaines amoureuses d'un abbé libertin, ses leçons badines d'immoralité et de corruption ne trouvent, à notre avis, qu'une faible atténuation dans cette circonstance que l'action se passe sous Louis XV.

Nous signalons surtout une des situations capitales de l'ouvrage qui ne nous paraîtrait pas même admissible en supposant que le personnage principal ne fût pas un abbé, c'est la scène où M. de Sartines enferme lui-même sa femme dans sa chambre avec l'abbé de Ferrières.

Ces observations nous dispensent presque d'insister sur d'autres inconvénients qui ont aussi leur gravité et qui résultent de la mise en scène sous un aspect ridicule du chef de l'administration de la police*

Tour ces motifs, nous ne pouvons proposer Tautorisation deTouvrage dont il s'agit.

DEUXIÈME RAPPORT

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