‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 51 sur 77 · LES FRANCS-MAÇONS · texte numérisé non relu

LES FRANCS-MAÇONS

Comédie en trois actes et en prose, précédée do Vlniliation antique, proloi^ue en quatre tableaux '.

3 août 1838.

L'ouvrage est soumis à Tapprobation ministérielle par M. le Préfet du département de la Loire-Inférieure, qui fait pressentir les inconvénients que pourrait avoir sa représentation dans une province où les sentiments religieux de la population sont assez prononcés et où il importe d'éviter tout ce qui serait de nature à les froisser.

L'auteur de la comédie des Francs- Maçons voulant justifier le titre qu'il a donné à son ouvrage, y a introduit des scènes qui sont l'apologie constante et parfois exagérée de la Franc- Maqonnerie et des services qu'elle rend à la société.

i La pièce e&t de M. Debeaunionl. (tn l'a iiuldiéo depuis en librairie.

Il en résulte entre les personnages du drame une suite d'opinions philosophiques où les croyances religieuses sont controversées, attaquées, méconnues, mais qui concluent toujours à la louange de la Franc- Macjonnerie et de ses adeptes.

Quelque respectable que soit une institution qui couvre de son manteau la charité et la philanthropie, nous pensons qu'il peutêtre contraire à Tordre public de laisser se produire au théâtre une discussion à laquelle viendraient prendre part la morale religieuse et la politique.

Ces observations acquièrent plus de force et de gravité dans un moment où de nouvelles élections de députés sont peut-être sur le point de remuer les esprits et peuvent fournir un prétexte à des dissentiments publics.

Nous ajouterons que des modifications ne sauraient faire disparaître les inconvénients que nous signalons; il nous semble plus sage d'écarter entièrement de la scène un ouvrage

sous NAPOLÉON III. 133

(le nature à devenir une cause de division et peut-être de désordres.

Gymnase-Dramatique IL FAUT QUE JEUNESSE SE PAYE

Comédie en quatre actes.

23 août I808,

. . . Tout ce qui pourrait tendre à mettre en suspicion dans Tesprit public Thonorabilité d'individus appartenant à l'armée, nous semble surtout devoir être écarté du théâtre.

...En résumé, tout en reconnaissant que cette œuvre, d'ailleurs pleine de mérite, a été conçue dans un but incontestablement moral et honnête, et dans d'excellentes intentions, nous regrettons que l'auteur, pour formuler sa leçon,

1 Par Léon Goziari.

134 I.A CliNSUHE

ait donné à son héros une profession qui doit être à Tabri de toute atteinte.

En conséquence, nous ne croyons pas pouvoir prendre sur nous de proposer l'autorisation de la pièce dans son état actuel. .

Théâtre de l'Ambigu LE MARCHAND DE COCO '

brame en cinq actes.

PREMIER RAPPORT

A janvier iSo',).

... L'action se passe à Paris, en 17î)4, au plus fort de la terreur...

1 Par M. D'Ennery. — Frederick Lemaître en joua le principal rùlc. La pièce fut représentée en 18G1, mais dépouillée de tout épisode relatif à la Révolution.

sni< NApni.KON m. \Xï

... Nous reconnaissons que cet ouvrage est composé dans de bonnes intentions et dans un excellent esprit...

Mais les bonnes intentions, au théâtre surtout, vont-elles toujours au but qu'elles se proposent ?

En reproduisant les événements d'un passé sinistre, ne craint-on pas d'évoquer des souvenirs terribles, de raviver de coupables espérances?

Si, par exemple, le tableau de l'Abbaye est fait pour inspirer l'intérêt et la pitié, n'en ressort-il pas aussi cette effrayante vérité, qu'en temps de révolution une poignée d'ambitieux et de scélérats suffit pour épouvanter, pour entraîner les masses et peut impunément disposer de la fortune et de la vie des honnêtes gens ?

Le dévouement de la famille Gaspard n'est-il pas, bien involontairement sans doute, une accusation de lâcheté et d'égoïsme contre cette

majorité terrifiée qui a vu et laissé commettre tant d'atrocités et d'horreurs ?

Quels sentiments de douleur, de deuil et de dégoût n'éprouvera-t-on pas à l'aspect de cette place de la Révolution, fumante encore du sang d'augustes victimes, et à la vue de cet ignoble tombereau qui a conduit tant de malheureux à l'échafaud?

Le chancelier de THospital a dit en parlant de la Saint-Barthélémy : Excidat illa rfifes/Nous pensons nous, que s'il n'est pas possible d'effacer des pages de notre histoire les dates funestes de 93 et î)4, il est prudent du moins de les soustraire au grand jour de la scène, surtout dans les théâtres du boulevard.

... En conséquence, nous ne pensons pas pouvoir proposer l'autorisation et nous avons l'honneur de soumettre la question à la haute appréciation de Son Excellence.

Le niinist7^e approuve les conclusions de ce rapport.

sous NAF'OLKON III. \',\'

DEUXIEME RAPPORT

22 janvier 1^59.

Le manuscrit, largement modifié, du Marchand de Coco a été soumis à notre examen ; nous nous sommes dégagés complètement de rimpression qu'avait produite sur nous la première lecture.

Nous commençons par reconnaître que] la mise en scène des actes révolutionnaires a été notablement atténuée.

Les proclamations dans la rue, les mouvements populaires, la fermentation des clubs, capable de surexciter les instincts monarchiques, ne sont plus mis sous les yeux du public.

Jacques Fauvel n'est plus un chef de section,

11 n'y a plus d'appel de condamnés à mort.

...Enfin les changements opérés sont tels qu'ils nous semblent avoir fait disparaître en

partie les inconvénients que nous avons signalés dans notre précédent rapport.

Cependant il reste encore une difficulté sérieuse, capitale, inhérente au sujet même de la pièce, c'est Tépoque à laquelle l'action se rattache, c'est le règne de la terreur qui, maintenant encore, traverse tout l'ouvrage, et imprime son cachet à toutes les situations. Si les répugnances, les craintes que nous avons exprimées et que nous exprimons encore à cet égard, paraissaient exagérées à Son Excellence, nous nous réserverions encore de demander de nouvelles modifications de détail avant de présenter la pièce à l'autorisation.

sOUS NAPOLÉON III. 130

Odéon

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