LE SULTAN BARKOUF
Opéra comique en trois actes.
10 octobre 18(50.
La ville de Lahore est en révolution; on brise les croisées du vice-joi. Babukek, le grand échanson, est fort maltraité. Mais tout se calme par l'arrivée du Grand Mogol qui, pour punir la ville de ses révoltes, lui donne pour vice-roi un chien, le chien Barkouf, chien favori de Maïna, jeune bouquetière, l'héroïne de la pièce.
' Paroles de M. Henri Meilhac. musique crOircnbacli,
Un magnifique cortège défile, le Grand- Mogol en tête. Les hurras, les cris de joie annoncent le palanquin du nouveau souverain, qui salue ses sujets de la fête et de la gaeue. Les hérauts d'armes ordonnent qu'on adore le vice-roi et qu'on se prosterne devant lui. Les acclamations du peuple répondent à cette proclamation.
Le chien vice-roi est enfermé dans le palais, dans une cage grillée. Bababek voudrait gouverner en son nom et lui faire apposer sa griffe sur certains décrets, et surtout lui faire approuver le mariage de Périjade, sa vieille fille, avec le jeune prince Saïb, que Maïna aime en secret. Mais le terrible souverain montre les dents à Bababek ; il menace de le dévorer. Pas de réceptions, pas d'audiences possibles. Nul n'ose approcher. Maïna se présente ; accueillie par le chien avec des transports de joie, elle est nommée son secrétaire interprète. Bababek espère, à l'aide de la jeune fille, régner et gou-
sous NAPOLÉON III. 161
verner; mais il est dupé par la bouquetière.
Sans être vu, l'auguste sultan siège à son tribunal derrière ses doubles grilles; Maïna, en présence de la cour et de la foule, expose à Barkouf les plaintes du peuple, accablé d'impôts et expirant de misère. Le sultan répond par ses aboiements : ouali ! ouali ! ce que Maïna traduit par la réduction des impôts à moitié. Un jeune ouvrier est conduit au supplice pour des actes de révolte ; Barkouf aboie sa grâce. Le mariage de Saïb avec Férijade est rompu par les mêmes aboiements. Bababek est furieux, mais le peuple célèbre les vertus du chien-roi et saura faire respecter ses décrets. C'est le meilleur des gouvernements.
Bababek et les seigneurs conspirent. Ils veulent empoisonner Barkouf et appeler les Tartares dans la ville. Maïna devine et déjoue leurs projets. Elle veut leur faire boire le poison qu'ils ont préparé; mais les Tartares envahissent Lahore.
i62 LA CENSURE
Barkouf, délivré de ses grilles, se met à la tête du peuple, qu'il électrise par sa valeur et par son exemple. Mais le chien guerrier, après avoir défait les ennemis, meurt an milieu de son triomphe. Le Grand-Mogol. revient pour punir Bababek et marier Maïna à Saïb, qu'il nomme vice-roi.
Les auteurs, dont nous sommes loin de suspecter les intentions, ont cru sans doute écarter les inconvénients de ce bizarre sujet et des allusions dont il fourmille, par la forme bouffonne de l'ouvrage et en plaçant le lieu de l'action dans l'Inde, le pays des fables et de la fantaisie. Mais tout en tenant compte de l'atténuation qui peut résulter de ces circonstances, nous ne pouvons nous empêcher de voir dans le fond de la pièce, dans les détails qui y sont inhérents, dans la mise en scène obligée, une dérision perpétuelle de l'autorité souveraine de tous les temps, de tous les pays.
En conséquence, nous ne pouvons proposer
iOlS NArnF.KON IIF. 103
l'autorisation du Sultan Barhouf, et nous avons l'honneur d'appeler sur cet étrange ouvrage toute l'attention de Son Excellence.
Le Minixlrc approurt' /es ('onclusuriïR du l'dpijori et interdit la reiirè^cnlaUdii de ccl OK ci'diic
Le clief de la dirision des t/if'â/i'es^
Camille Doicet.
l'.t octobre.
DEUXIÈME RAPPORT
2S novembre ISiH».
A la suite de notre rapport, en date du 10 octobre, le ministre a prononcé l'interdiction de la pièce du Sultan Barkouf.
Depuis, les auteurs ayant modifié l'ouvrage en faisant du chien Barkouf non plus un souverain, mais un kaïmakan, un gouverneur, le théâtre a été autorisé à soumettre la pièce ainsi refaite à un nouvel examen.
Par ces changements, les inconvénients graves que nous avions signalés nous ont paru descendre de quelques degrés, s'atténuer, s affaiblir; il était difficile qu'ils disparussent entièrement.
Le fonds de la pièce étant admis en principe, nous voulons ne nous attacher qu a faire encore supprimer ou modifier les détails qui rentraient dans la donnée primitive et à prévenir autant que possible les inconvénients que nous redoutions. Nous espérons que dans son état actuel la pièce sera en partie couverte par les circonstances atténuantes, c'est-à-dire le fantastique, rimpossible, le pays féerique de l'Inde.
Dans cette circonstance, tout en soumettant à l'approbation de M. le Ministre la pièce de Barhouf, nous avons l'honneur d'appeler respectueusement sur l'ouvrage tel qu'il est l'attention de Son Excellence.
••urS NAl'iiLKiiN 111. U)0
Théâtre Impérial du Cirque LES MASSACRES DE SYRIE'.
Drame en cinq acte» et douze tableaux.
•2i décenibre IHdO.
... Dans le cadre politique se détachent trois grandes figures :
D'abord Abd-el-Kader, qui joue dans ce drame le noble rôle qui lui a valu Tadmiration du monde chrétien.
Ensuite le chef des Druses, qui veut écraser les Maronites pour jeter les bases d'un nouvel empire ottoman.
Enfin, un délégué du Sultan qui, chargé de pacifier les esprits, trahit les chrétiens qu'il doit protéger et les livre aux poignards de leurs ennemis pour partager leurs dépouilles.
Les inconvénients que présente ce rôle, personnification complète et offensante de la Tur-
i Par M. V. Séjour.
lOG LA CENSURE
quie, nous paraissent d'une telle gravité que, nonobstant les circonstances dans lesquelles se produit cette pièce, dont la représentation paraissait indéfiniment ajournée, nous croyons devoir appeler sur cette partie de l'ouvrage l'attention de Son Excellence.
Xote sur le personnage de ^lOsOUiOC^iV. dans les revues.
Parmi les personnages que les théâtres secondaires ont produit sur leurs scènes pendant l'année 1860, figure une femme qui s'est affublée de l'ignoble surnom de Ivigolboche et qui, par sa danse impudique, les mémoires honteux qu'elle a eu l'effronterie de publier comme un spécimen de sa dépravation a soulevé mépris et dégoût chez tous les gens honnêtes.
La déplorable célébrité que cette créature s'est acquise lui a valu une place dans presque
SOIS NAl'iiLLd.N m. 107
toutes les revues de cette année et nous avons profité de cette occasion toute exceptionnelle pour essayer de la faire rentrer dans l'obscurité, d'où elle n'aurait dû jamais sortir; de même que, pour nous conformer aux instructions que M. le Ministre a daigné nous donner lui-même, nous nous efforcerons peu à peu, insensiblement, sans transition subite, de faire disparaître de la scène les Marguerite Gautier, les Marco, les Albertine et autres immoralités, pour lesquelles Son Excellence a manifesté sa répulsion.
Nous avons donc invité MM. les Directeurs à supprimer dans leurs revues tout ce qui avait trait à Rigolboche, et nous devons reconnaître qu'ils Font fait avec un louable empressement à notre demande, dont ils ont apprécié la convenance. Toutefois, chacun d'eux a demandé que si un de ses confrères était autorisé à exploiter cette chance de succès, la même faveur lui fût accordée.
I(l8 LA CENSURE
Un seul directeur, et c'est précisément celui du théâtre qui a servi de piédestal à Kigolboche, s'est obstinément refusé à retrancher de sa revue, composée d'un prologue, de trois grands actes et vingt tableaux, deux petites scènes épisodiques, où il est question de cette femme. Il se fonde sur ce quïl est dans une position exceptionnelle ;pournous,sa position est d'avoir créé une individualité immonde et ce n'est pas à nos yeux un titre suffisant pour obtenir ce qui a été refusé à d'autres.
Si M. le Directeur des Délassements-Comiques en appelle à la toute puissante intervention de M. le Ministre, nous ferons respectueusement observer à Son Excellence que la concession qui lui serait faite devrait être, en bonne justice distributive, étendue aux autres théâtres et que dès lors on verrait reparaître sur toute la ligne le scandaleux personnage que nous avions eu l'espoir de faire oublier.
MHS NAI'dLKoN III. KiO
Théâtre de la Porte-Saint-Martin L'INVASION •
Drame en cîikj aclc.-i et quatorze tableaux.
2 septembre 1>>*">1.
... Nous ne pouvons proposer lautorisation d'une pièce qui a pour titre f Invasion et qui retrace, avec une vérité navrante, une des époques les plus désastreuses de notre histoire contemporaine.
Malgré la revanche éclatante que la France a prise, malgré la place glorieuse que l'Empereur Napoléon III lui a reconquise parmi
1 Par M. Victor Séjour. — Que de craintes et de terreurs fil naître l'apparition de ce drame! Le jour de la première représentation, les postes de police étaient doublés autour du théâtre de la Porte-Saint-Martin. On s'attendait à des manil'e^talions hostiles. On avait peur que des coups de sifflets n'accueillissent la redingote grise et le petit chapeau légendaires. La préfecture de police en fut pour son zèle. La pièce ne donna lieu à aucun désordre, ni dans la salle ni sur le boulevard.
170 LA (ENSLIiE
les nations, nous pensons que, sous la dynastie napoléonienne, le spectacle profondément affligeant et humiliant des calamités que Fesprit de parti a reprochées au premier Empire et présentées comme la cause de sa chute, ne peut être mis devant les yeux du public.
Nous avons l'honneur de soumettre Touvrage à la haute appréciation de Son Excellence.
0 septembre 1801.
MINISTÈRE d'état
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux du ministre le drame intitulé l'Invasion et le rapport qui viennent de m'être remis par la commission d'examen des ouvrages dramatiques.
J'ai lu Touvrage et le rapport. Et sans m'arrêter aux détails de la pièce, je ne puis en approuver l'esprit. Une idée domine à la lecture et sera encore plus en relief à la représentation : Convient-il de laisser discuter la cause de rinvasion et d'en divulguer les malheurs?
SOI*; N.VPÛLKON III. ni
En prenant les ordres de Son Excellence, j'ai l'honneur de lui proposer d'approuver le rapport de la commission d'examen.
Le chef de bureau des théâtres,
Th. Cabanis.
Approuï)è la conclusion de la commission. Signe: Walewski.
Comédie-Française