ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR
Comédie en h-oU actes.
30 novembre 1861 .
Il est impossible, quand on a lu cette pièce marquée au cachet d'un si grand talent et qui
1 Par A. .le Musset,
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entraîne même à leur insu, les lecteurs officiels chargés d'en signaler les inconvénients, il est impossible, disons-nous, de ne pas regretter profondément le souffle d'irréligion qui parcourt tout l'ouvrage et en ressort invinciblement plus encore par les situations que par les paroles.
L'ouvrage primitif a été sérieusement modifié et atténué avant d'être présenté à la scène française; nous avons nous-mêmes signalé encore des détails choquants et qui ont été, ou pourront être modifiés, mais l'ouvrage, en son ensemble, sera et demeurera un ouvrage peu sympathique aux croyances religieuses ; et si une partie du public regrette les sacrifices que les arrangeurs ont cru devoir faire aux convenances théâtrales, une plus grande partie des spectateurs sera, surtout dans les circonstances actuelles, frappée de l'esprit général de l'ouvrage dont l'autorisation pourra paraître une espèce de manifeste, une concession dans le
sors NAPOLÉON IH. 173
sens des réclamations et une partie de la presse contre les associations religieuses.
Nous voudrions pouvoir proposer l'autorisation de cette œuvre remarquable, qui a pour elle une notoriété publique favorable, résultant d'une publication déjà ancienne, le nom de l'auteur si justement regretté, le théâtre sur lequel l'œuvre sera dignement interprétée sans exagération de ce qu'elle peut avoir de trop philosophique, mais, dans la situation actuelle, nous ne saurions prendre sur nous la responsabilité d'une proposition d'autorisation, et nous avons l'honneur de soumettre cette grave question à la haute appréciation de Son Excellence.
Certes, la pièce à la représentation ne peut donner lieu à aucune manifestation, à aucun inconvénient matériel et tangible; mais le fait de l'autorisation peut prendre les proportions d'une question politique que nous ne pouvons que signaler.
Théâtre de la Porte-Saint-Martin NAPOLÉON BONAPARTE '
Drame en six actes et vingt-trois lableau.\.
THÉÂTRE DK LA PtiRTK-SAlNT-MARTlN
Cal)iuet du Dircolour
27 novembre 18G1.
Mon cher Raphaël,
Vous m'avez parlé du Napoléon de Dumas. Cette proposition a réveillé toutes mes idées et toutes mes sympathies. Battu avec le Napoléon de Séjour, je ne demanderais pas mieux que de revenir à la charge, et d'obtenir enfin l'autorisation de mettre en scène la grande épopée impériale, un de mes rêves, vous le savez. Je ne comprendrai jamais que le théâtre reste silencieux sur les faits populaires du
• r;u' Alcxandr'' Dum?-,
sous NAPOLÉON III. iliî
premier empire, pendant le règne glorieux du second Empereur, et je crois que le peuple de Paris répondrait à mon appel si je lui donnais, avec toutes les splendeurs que je médite, toutes les grandeurs de son histoire.
Mais il me faut la pièce, et je vous charge, avant tout, d'en parler à qui de droit, avant que je me mette en route moi-même pour conquérir le droit de célébrer nos conquêtes.
A vous de cœur,
Marc FouRNiER.
A >!on Excellence Monsieur le comte WaleicsikL ministre d'État.
28 novembre 18GI.
Monsieur le Ministre,
Au nom et en Tabsence de M. Alexandre Dumas père, que je représente à Paris auprès de MM. les Directeurs des Théâtres, j'ai l'honneur d'exposer à Votre Excellence que
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M. Marc Fournier a le désir ardent de reprendre sur son théâtre une grande pièce militaire intitulée : Napoléon Bonaparte. Jusqu'à ce jour, cette pièce n'a jamais été défendue; j'ai les pouvoirs suffisants pour vous- assurer, M. le Ministre, que tous les changements actuellement jugés nécessaires seront faits au gré de Votre Excellence ainsi que toutes les suppressions. Je puis également affirmer à Votre Excellence que lapièce de M. Alexandre Dumas, représentée pour la première fois au théâtre de rOdéon il y a une trentaine d'années, sera montée au théâtre de la Porte Saint-Martin avec un éclat et un luxe dignes, en tous points, de la grande épopée impériale.
Je ne puis traiter définitivement pour M. Alexandre Dumas père, avec M. Fournier, sans l'agrément de Votre Excellence. Je viens donc, M. le Ministre, au nom de M. Alexandre Dumas, solliciter de votre bienveillance accoutumée pour l'illustre auteur, la permission
de faire représenter sa pièce de Napoléon Bonaparte, au théâtre de la Porte Saint-Martin.
Dans Tespérance que cette demande pourra être parfaitement accueillie,
Kecevez, etc.
Raphaël Félix.
Rapport de la Commission cC examen
13 décembre 1861,
Cette pièce, représentée il y a une trentaine d'années, semble avoir été composée pour la glorification de Fempereur Napoléon V' , le lendemain d'une révolution qui avait renversé un gouvernement impopulaire, établi sur les ruines de Terapire.
Nonobstant, la reprise de cette pièce, surtout sur un théâtre populaire, présente aujourd'hui plusieurs questions d'une haute gravité. Les principaux inconvénients qui nous frappent sont, au commencement, la mise en scène de
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l'époque républicaine avec les cris de : Vire la EépuMque, et la Mat'seiUaise : ensuite, à côté des splendeurs du premier empire, les désastres de la France, question tranchée naguère par la décision qui a interdit le drame : Vlni-asiou.
Puis, lors de la restauration, le spectacle de la trahison des deux grands capitaines de l'empire, sur les familles desquels rejaillissait la flétrissure; les deux abdications attribuées à la désaffection générale; le tableau de l'esprit antipatriotique de la noblesse impériale ; enfin, la captivité et l'agonie du martyr de Sainte- Hélène, léguant à la maison 7'égnante de l'Anftieterre topprohe de sa niort.
Au point de vue de la paix intérieure, de la nécessité de la conciliation des partis, dont il importe de couvrir l'antagonisme du voile de l'oubli; au point de vue des relations internationales avec un pays allié, contre lequel il est peut-être inopportun de rappeler nos griefs, nous pensons que la reprise de la pièce de Napo-
<iu s NAi'<n.i;ii\ m. I (M
Léon Bonaparte offre des difficultés d'un ordre trop élevé et nous paraît présenter trop d'inconvénients pour que nous puissions en proposer l'autorisation.
l 't décembre 1861.
Refus (V autorisât ton. Il y aurait Incon renient à ce que le glorieux fondateur de la iiijiiastie impériale paraisse sur le théâtre dans des conditions V/ulgaires,
Théâtre Impérial de l'Odéon LA MARQUISE DE MONTESPAN '
Comédie en quatre acte?, en prose.
29 mars 1802.
Dire que les principaux personnages de cette pièce sont Louis XIV, M"* de la Vallière,
1 Par M. Arsène Houssaye. La pièce, annoncée ensuite sou» re titre: Lt Roi SoIpH, fut définitivement interdite. Elle n'a même janiaiB été imprimée.
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M""* de Montespan et la veuve Scarron, c'est en donner une analyse suffisante. Fatigué des amours tristes et plaintives de M"^ de la Vallière, le roi la laisse retourner définitivement au couvent des Carmélites, et appelle à lui succéder la fière et hautaine marquise de Montespan, qui, après une faveur de longue durée, est elle-même supplantée par M'"* de Maintenon.
SMl ne faut voir dans cette comédie que les amours historiques et anecdotiques de Louis XIV, nous n'avons qu'à proposer l'autorisation, à la charge de certaines modifications dans les détails.
Toutefois, nous ne croyons pas devoir dissimuler l'impression pénible qu'a produite sur nous la lecture de cet ouvrage, moins encore par ce qui s'y trouve que par ce qui ne s'y trouve pas.
En effet, la pièce qui commence à la disgrâce de M"* de la Vallière pour finir au moment où la veuve Scarron devient la maîtresse du roi,
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embrasse une période de quinze ans environ, la plus glorieuse du règne de Louis XIV, celle où les Flandres et la Franche - Comté furent conquises, celle où le palais de Versailles fut édifié, et l'hôtel des Invalides fondé, celle enfin où brillèrent les Condé, les Turenne, les Colbert, les Molière, les Corneille et tant d'autres.
Cependant, laissant dans Toubli tous ces noms illustres, toutes ces grandes choses accomplies, on ne nous montre que des maîtresses royales, que des intrigues de cour, que les galanteries et les faiblesses du roi, comme si, d'après le langage même de Lauzun au quatrième acte, le règne de Louis XIV se réduisait aux mesquines propositions de trois périodes, trois influences, trois femmes. Est-ce sous un pareil jour que doit être offert, à un public éclairé, le tableau de ce règne où la gloire des lettres, des arts et du commerce, s'unit à la gloire des armes?
IN 'est-ce pas porter atteinte au respect dû au pouvoir souverain, que de mettre exclusivement
en relief les erreurs, les fautes, les passions coupables de l'homme, en taisant les immenses qualités, le génie du prince et les services éclatants qu'il a rendus au pays?
Nous avons l'honneur de soumettre ces réflexions à la haute appréciation de Son Excellence.