LEONARD
Drame en sept actes,
.'J décembre 1S62.
Ce drame a été publié il y a quelques années déjà sous le titre : le Retour de Melim. Sur notre demande, le Directeur a supprimé ce titre. Il lui a substitué celui de Léonard.
La moralité de ce drame nous paraît incontestable. Il nous semble bon de montrer au public
i Par MM. Ed. Brisebarre et Eugène Nus. Le drame était écrit avant que le public ne connnt le Jean Valjean de Victor Hugo. Ce fut un de» grands succès du boulevard, de ce boulevard du crime aujourd'hui disparu. Les représentations de Léonard finissaient à peine que la pioche était mise dans ce Théâtre-Historique où Dumas avait l'ait jouer Monte-Cristo, Calilina, Ilandet^ etc.
sous NAIMiLKON III. 199
populaire du boulevard l'abîme où peuvent entraîner la fainéantise et l'oisiveté.
Toutefois, trois choses dans cette pièce ont particulièrement appelé notre attention: 1'' le rôle de Tête-Noire; 2" un certain rapprochement que quelques personnes pourraient faire entre une partie de cette pièce et la donnée même du drame les Misérables; 3° la couleur générale qui pourrait résulter pour le spectateur de ces tableaux de cabaret, de ces scènes populaires.
... Les très nombreuses suppressions que nous avons exigées ont ramené ce scélérat aux proportions d'un criminel sérieux; en un mot, il n'est plus le plaisant du drame, il en est le traître, et nous croyons que si le théâtre se renferme strictement dansl'esprit actuel du rôle, ce personnage n'offre plus aucun danger.
On ne peut nier qu'au premier abord la partie de la pièce où Léonard se voit repoussé par tout le monde ne paraisse avoir quelque analogie avec la donnée d\i drame les Misâ^ables, Marcel n'est
pas sans rappeler Javert, l'agent de police. Nous croyons néanmoins qu'il y a une différence assez grande entre les deux pièces pour que la môme décision ne puisse leur être appliquée.
... De larges et importantes suppressions dans la scène des égoutiers et dans celle où M. Herbillon renvoie Léonard, nous semblent avoir fait disparaître les détails qui auraient pu amener un rapprochement entre la pièce de Léonard et les Miser aUes.
... Quant à l'impression pénible que quelques spectateurs pourraient remporter soit des deux tableaux de cabaret qui se trouvent dans cette pièce, soit de l'acte des égoutiers, l'ensemble et les conclusions du drame nous semblent trop honnêtes pour qu'il puisse y avoir un danger quelconque pour les habitués des théâtres du boulevard, dans cette mise en scène, à laquelle d'ailleurs est accoutumé un public qui a vu les Bohémiens de Pa?Hs, le Canal Saint-Martin et d'autres drames où abondent des scènes popu-
sous NAPOLÉON III. 201
laires du même genre. Toutefois^ nous croyons devoir appeler Tattention toute particulière de M. l'inspecteur des théâtres sur la mise en scène de ces tableaux et sur la couleur générale de la pièce.
Les suppressions et les modifications que nous jugions nécessaires ayant été opérées par le Directeur, nous n'avons plus qu'à proposer l'autorisation du drame intitulé : Léonard.
DEUXIÈME RAPPORT
•29 décembre 1862.
La pièce de Léonm^d, qui a été présentée pour le théâtre du boulevard du Temple sous le titre de : le Retour de Melun, avait éveillé des préoccupations dans l'administration.
Ce dernier titre, en effet, semblait caractériser l'œuvre et la mettre d'avance au niveau de Poulailler, de la Route de Brest, de Cartouche, etc..
Sous l'inHuence de cette prévention, à peu
près générale, la pièce a été profondément modifiée par la censure et nous lavons trouvée, à la répétition, n'excédant en aucune façon la limite des choses permises au théâtre ; nous pourrions même ajouter qu'elle ne nous a pas paru exempte d'une certaine moralité.
Les personnes délicates regretteront le milieu dans lequel se meuvent souvent les personnages du drame ; mais il ne faut pas oublier que c'est un drame tout populaire ; d'ailleurs, n'avons-nous pas les. Deux Forçats, le Courrier de Lyon, etc.
... Malheureusement, l'œuvre elle-même nous a paru manquer de puissance et son interprétation laisse à désirer.
sors NAPOLÉON III. -20.'}
Théâtre du Boulevard du Temple BAPTISTA
Drame on cinq actes et neuf tableaux.
...L'analyse, si longue quelle soit, ne peut donner une idée complète de Fouvrage, car la physionomie de la pièce est principalement dans les détails de mœurs.
Nous ne dissimulons pas que l'auteur a voulu arriver à un but honnête; nous ne nions pas qu'il ait pu croire trouver un certain enseignement moral dans ce tableau de toutes les misères de la vie de débauche et de Tavenir lamentable qui est réservé à ces créatures brillantes. Mais une conclusion honnête qui se démontre par une série de tableaux des plus déshonnêtes et des plus choquants, ne saurait être utile et bonne. N'y a-t-il pas, au contraire, un inconvé^ nient grave à établir sous les yeux du public
toutes les péripéties de ces existences dépravées et luxueuses ?
Une pièce qui, à Texception de deux personnages, personnifications du bonheur dans le devoir, ne présente qu'une série de types vicieux et débauchés; une pièce qui est la peinture la plus crue de l'intérieur des courtisanes et qui, à ce point de vue, dépasse de beaucoup par son audace toutes les comédies du même genre ; une pièce qui montre ces femmes faisant leur métier avec un cynisme aussi ouvert, prenant des amants, les quittant, en reprenant d'autres; une pièce, enfin, entièrement consacrée à la mise en scène de ce monde perdu, nous semble, quel que soit le dénouement, ne pouvoir offrir, dans son ensemble, qu'un spectacle blessant pour la morale, malsain et choquant pour le public bourgeois, dangereux et irritant pour les classes ouvrières.
En conséquence, nous proposons l'interdiction du drame intitulé Baplis/a.
sous NAPOLÉON III. 205
Théâtre Impérial du Cirque LES POLONAIS
Drame en trois actes et six tableaux.
17 mars 1863.
Le drame les Polonais a été joué à Paris en 1831, à une époque où le théâtre était complètement libre de tout contrôle de l'administration.
Il est soumis à l'examen aujourd'hui, mais tronqué, écourté, singulièrement réduit.
Cette pièce met en scène divers épisodes de la grande insurrection polonaise de 1831, les paysans s'arment pour l'indépendance, les Kusses défendent leur conquête...
Afin de rattacher l'insurrection de 1831 aux événements d'aujourd'hui, afin de donner à leur pièce un caractère d'actualité, ses auteurs ont terminé par le tableau suivant leur drame,
qui n'est plus daté que par les noms des principaux chefs.
Au moment où dans les rues de Varsovie, les Russes vont faire feu sur les Polonais, paraît ime apothéose symbolique ^nontrant r empereur Napoléon JII pacifiant le monde.
... Nous proposons l'autorisation, sous la réserve toutefois du dénouement. Cette intervention allégorique de l'Empereur nous paraît être délicate et n'est peut-être pas sans quelques inconvénients.
Tout en n'ayant aucune objection à faire contre cette pièce au point de vue de censure ordinaire, nous croyons devoir faire une observation.
Il est des ouvrages pour lesquels lu censure nous semble exceptionnellement ne pouvoir complètement fermer les yeux sur la valeur de Tœuvre même ; ce sont les à-propos en l'honneur du chef de TÉtat et les pièces patriotiques ayant un but gouvernemental .
SUIS NAi'(tLi-;oN m. HOl
Il faut que ces ouvrages ^réussissent ou du moins ne tombent pas; car leur insuccès serait dCun effet regrettaUe.
Ov, le jour où la scène est ouverte à une cause que l'on peut appeler française et par les sympathies de tous et par Tappui moral que lui porte le gouvernement, nous nous étonnons et nous devons exprimer nos regrets de voir qu'un théâtre, voulant faire appel à tous les sentiments généreux du public en faveur du mouvement national de la Pologne, n'ait rien trouvé de mieux à prendre qu'une ancienne pièce dont nous ignorons la valeur dans son ensemble, mais qui enfin telle qu'elle est aujourd'hui, ainsi hachée, ainsi décousue, n'oflre qu'une série de scènes sans intérêt et ne présente que des chances très médiocres d'atteindre le but élevé qu'elle semble se proposer.
208 LA CENSUHE
Porte-Saint-Martin