LES MOHICANS DE PARIS
Drame en cinq actes et douze tableaux.
2". juillet 1862.
... Les deux pôles, pour ainsi dire, de la pièce reposent sur deux idées que font ressortir les développements de l'ouvrage, à savoir : le dévouement politique et le dévouement religieux.
Il s'agit d'abord d'une conspiration en faveur du roi de Rome
Ce drame soulève plusieurs questions importantes à différents degrés. Nous citerons d'abord celle de la confession. Un moine, pour ne pas prévariquer en divulgant la confession qu'il a
1 Par Alexandre Dumas. (Le roman était de Dumas et Paul Bocage). Le Jackal des Mohicuns a eu depuis une lignée nombreuse. M. I.ecoq est un de ses descendants, et tous les agents dont le roman judiciaire a abusé sont de sa famille.
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reçue d'un criminel, est obligé de laisser monter à Féchafaud son propre père, injustement accusé; c'est là une donnée dramatique qui nous a paru mériter les plus sérieuses préoccu' pations.
Nous avons été amenés à penser que, si d'une part, l'inviolabilité du secret de la confession pouvait faire naître, dans certaines circonstances, des sentiments peu conformes au respect dû à la sainteté du sacrement, d'un autre côté, ce secret offrait une garantie de plus aux pénitents, et témoignait de la sécurité autant que du caractère auguste du tribunal de la pénitence. Nous avons dû, d'ailleurs, nous rappeler que cette question a déjà été résolue dans le sens de l'autorisation, dans une circonstance tout à faire analogue, à l'occasion du drame, les Fiancés d'Albano, représenté en 1858 au théâtre de la Gaîté. Cette donnée n'a produit alors aucun mauvais effet, ni dans le public ni dans la presse.
Quant à la mise en scène de la confession elle-même, il y a plusieurs précédents et notamment Marie Stuart, du réalisme desquels la pièce actuelle n'approche pas.
La manière dont cette confession est présentée dans les MoMccms, nous paraît écarter tout inconvénient. En effet, aucune des cérémonies, aucun des rites usités au confessionnal ne sont mis sous les yeux du spectateur. La scène est plutôt une sorte de conversation confidentielle qu'une confession véritable.
L'épisode qui soulève une objection beaucoup plus grave est celui du moine qui, pour avoir le droit de divulguer le secret dont la révélation sauvera la tête de son père, assassine de sa propre main le véritable criminel dont la mort le délie de son serment.
Nous considérons cette scène comme absolument impossible. La pièce contient en outre, en certain nombre, des épisodes et passages pour lesquels il y aurait lieu de demander des
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remaniements et retranchements assez importants.
Nous citerons notamment le tableau où le duc de Reichstadt est mis en scène, d'une manière intéressante, il est vrai, mais tout à fait déplacée aujourd'hui, et dans des conditions qui nous paraissent de tous points inadmissibles.
Nous mentionnerons aussi certaines parties
du rôle de Jackal, le chef de la police de sûreté
DEUXIÈME RAPPORT
30 juillet 1804,
Ce drame est, quant au fond et aux personnages principaux, une nouvelle édition du drame présenté à la censure au mois de juillet de Tannée dernière et qui a fait Tobjet d'un rapport du 25 juillet 1863.
... Par suite de nos objections, cette pre-
mière pièce a été ajournée, puis refaite pour être jouée sur le théâtre de la Gaîté.
Dans le nouveau drame, le tableau du duc de Reichstadt, auquel Sarranti remettait une lettre de l'Empereur et qui donnait à l'ouvrage l'espèce de sentiment dynastique que nous avions signalé, a été supprimé.
Le moine Dominique Sarranti ne tue plus Gérard pour pouvoir révéler en plein tribunal la confession qui sauve son père; il n'est plus condamné aux galères; on ne voit plus le départ des forçats, dont il se faisait l'aumônier.
En supprimant certains tableaux, les
auteurs en ont substitué d'autres qui développent, en les aggravant, les rôles du chef de la police de sûreté, Jackal, et de ses acolytes. Gibassier, Longue-Avoine, Carmagnole et les autres forçats qu'il emploie dominent dans la nouvelle pièce. Les conversations de tous ces hommes, leurs allures, leur langage facétieux et cynique, dans le genre des Robert Macaire
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et des Cliopart, présentent sous un jour aussi abject qu'odieux la police qui ne devait paraître dans le drame que comme un accessoire obligé, comme un auxiliaire de la justice.
Quant au tableau de la conspiration dans les Catacombes, nous ne pouvons admettre que, même pour la cause la plus sympathique, 60 chefs de vente de Carbonari, ayant, disent-ils, sous leurs ordres 240,000 hommes, discutent et mettent aux voix les destinées de leur pays; nous ne pouvons admettre que ces frères, liés par les serments les plus formidables, mettent aux voix la vie où la mort du chef de la police de sûreté tombé entre leurs mains; que cet homme condamné par eux ne doive son salut qu'à l'intervention d'un moine qui se trouve au milieu des conspirateurs. Nous croyons que dans aucun cas on ne peut mettre impunément sous les yeux du public ces formes mysté-
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rieuses, ce pouvoir occulte et souverain que s'arrogent les sociétés secrètes.
Quand il s'agit de juger Jackal, des voix s'élèvent pour lui reprocher tous les crimes imputés à la police de la restauration, la conspiration de Colmar, Téchafaud de Pleignier et Carbonneau, Tallerond, les sergents de la Rochelle, etc.
Ces attaques contre la police de la restauration et contre la restauration elle-même répondent-elles aux idées du gouvernement sage et fort qui a fait appel à la conciliation de tous les partis ?
D'après tous les motifs que nous venons de déduire, nous croyons que la pièce dans son état actuel ne peut être autorisée.
TROISIÈME RAPPORT
11 août 186').
Après les sacrifices nombreux que nous avons
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obtenus des auteurs, nous aurions désiré n'avoir plus qu'à proposer Tautorisation du drame ; malheureusement, nous nous trouvons encore en présence de deux difficultés capitales qui ne nous permettent pas de prendre sur nous cette proposition.
C'est sous la restauration que la pièce
se passe, c'est la restauration et la police seule de la restauration que Ton a voulu attaquer par le rôle tout passif de Jackal.
En envisageant la question à ce point de vue, ainsi que le désirent les auteurs, nous nous demandons encore, comme nous nous demandions dans notre dernier rapport, jusqu'à quel point il convient à l'esprit de conciliation du gouvernement impérial de laisser attaquer de cette façon la restauration, sur le théâtre.
Nous devons même aller plus loin. L'optique du théâtre est telle, — de nombreux exemples le prouvent, — que, si bien datée que soit une pièce, il est difficile pour le spectateur de sé^
parer absolument le drame qui se joue devant lui du milieu môme et de Tépoque où il vit, alors surtout que la chose attaquée existe, fonctionne et peut être le but de ses malices ou de ses calomnies.
Aussi, malgré les précautions des auteurs pour bien faire remonter à la police de la restauration tout l'odieux de son rôle si vivement mis en relief par la péripétie qu'amène la destitution de son agent supérieur, nous craignons qu'il ne puisse y avoir aujourd'hui encore un inconvénient grave à montrer un chef de police, se disant honnête et se prêtant si facilement à toutes les manœuvres honteuses que Ton désire de lui, abdiquant sa conscience pour ne plus connaître que ce qu'il appelle son devoir, et recrutant pour agents des hommes tels que Gibassier.
Outre ces points capitaux, il en est encore un autre qui avait appelé notre attention, c'est la mise en scène du travail et des opérations des