‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 66 sur 77 · LA POUDRE D'OR · texte numérisé non relu

LA POUDRE D'OR

Drame en cinq actes et sciit tableaux.

Un vol considérable de poudre d'or, accompagné d'un double assassinat, est commis en

1 De M. Viclorien Sardou. — Le drame, définitivement interdit, n'a pas été rexjrésenté. L'auteur en voulut faire une nouvelle dont le.- premiers chapitres furent donné.-; au journal VUnivers illustré ! Il y avait là une saisissante description d"in

Californie au préjudice d'une association de travailleurs. Simon, caissier de cette association, est injustement accusé d'être l'auteur de ces crimes; toutes les apparences sont contre lui, la justice sommaire de la loi de Lynch lui est appliquée, il expire sur le gibet. Son tils André, jeune médecin venant de France, arrive trop tard pour le défendre et le sauver, mais il jure de le venger, de châtier les vrais coupables, et c'est l'accomplissement de cette tâche qui fournit les éléments, la péripétie du drame.

La persévérance d'André, les moyens qu'il emploie pour atteindre et démasquer le scélérat qu'il poursuit, son amour pour Marianna dont il soupçonne le père d'être complice du crime imputé à Simon; les angoisses de cette jeune fille qui tantôt voit dans l'homme qu'elle aime le fils d "un voleur, d'un meurtrier, et tantôt croit à la culpabilité de Don Carvajal, son

cendie. La nouvelle tout n coup inteiTompue n'a pas été continuée. Le drame eût obtenu, sana doute, un grand succès.

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père; des scènes émouvantes de somnanbulisme et d'autres incidents dramatiques jettent un intérêt saisissant sur cet ouvrage dont nous n'aurions qu'à proposer l'autorisation, sauf quelques modifications de détails, si nous n'étions arrêtés par un obstacle, qui malheureusement nous paraît insurmontable.

Cet obstacle est le personnage de Pougnasse, l'un des véritables assassins, et la cheville ouvrière de la pièce, qui la traverse d'un bout à l'autre, Pougnasse, dont le nom suffit pour peindre l'homme qui le porte. Sorti des prisons de Melun, il est venu chercher fortune en Californie où il n'a vécu que de rapines jusqu'au moment où le vol de la poudre d'or lui permet de se poser en homme du monde. Il est impossible de se figurer rien de plus ignoble, de plus abject que ce misérable. S'il ne prêche pas les théories perverses de Robert Macaire , il les pratique audacieusement et il a, en les exagérant encore, les allures, le langage, le cynisme

effronté de Chopart dans le Courrier de Lyon : il plaisante avec le vol, il badine avec le meurtre, il folâtre avec le sang, c'est en un mot un type odieux, d'autant plus révoltant qu'il est pris au cynique, et qu'il nous paraîtrait dangereux de produire de nouveau sur une scène populaire, alors que Robert Macaire en est chassé et que Chopart n'y est toléré qu'à regret. Nous pensons que le personnage de Pougnasse est radicalement impossible; nous pensons que des modifications, des atténuations seraient insuffisantes pour le rendre admissible, parce qu'elles ne pourraient qu'adoucir la teinte du rôle et que le jeu de l'acteur en ferait infailliblement reparaître la couleur primitive. En conséquence, nous ne pouvons proposer l'autorisation de ce drame dans son état actuel.

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Théâtre de la Porte-Saint-Martin FAUSTINE »

Drame en dix tableatix.

PREMIER RAPPORT

27 novembre 1865.

... La lecture de cet ouvrage a donné lieu, tout d'abord, de notre part, à deux observations capitales.

Les allusions ne trouvent pas toujours leur raison d'être dans Fanalogie des personnages et des situations, dans la similitude des caractères et des actes, dans le rapprochement logique de ce qui est représenté sur la scène avec ce qui se passe dans la réalité des choses. Il est tel détail, telle expression dont l'articula-

1 Par Louis Bouilhet. Une œuvre véritaijle, forte et fière une évocation superbe du monde romain.

tion seule dans une salle de spectacle, surtout au boulevard, peut suffire pour faire venir h l'idée de certains spectateurs des pensées qu'il convient d'écarter avec soin.

Ainsi, nous croyons qu'il importe d'éviter d'exposer à l'irrévérence du sourire de quelque plaisant du parterre, et qui peut devenir communicatif, des expressions, des appellations qui appartiennent à ce qu'il y a de plus auguste, à ce qui doit être mis à l'abri de tout manque de respect.

Dans l'espèce, il nous paraît d'abord que toutes les fois qu'il s'agit de l'empereur Marc- Aurèle, il faut qu'il soit désigné par son nom propre et non par le titre que lui donne la dignité souveraine dont il est revêtu ; de même pour l'impératrice Faustine.

Lorsqu'il est question de l'empire romain, nous demandons qu'on substitue à l'expression l'empire, les mots de Rome, d'Etat, de Patrie, suivant qu'il pourra convenir à la phrase. Les

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allusions, même tirées de loin, sont familières aux mauvais esprits et facilement contagieuses pour les bons; aussi, il est un autre ordre d'idées que nous demandons la permission d'aborder franchement et sans détour.

L'auteur, en composant le caractère de Faustine, n a pas très fortement appuyé sur son amour pour Gassius ; c'est plutôt une sorte de coquetterie de la part d'une femme accessible aux hommages d'un homme qu'elle a entrevu autrefois et qui maintenant est entouré à Rome d'un grand prestige de gloire et de popularité. L'ambition de l'impératrice pour elle-même et surtout pour son fils qui doit hériter du trône, nous paraît particulièrement ressortir en un relief accentué. Ses anxiétés à cause de la santé de l'empereur, ses craintes des malheurs qui pourraient arriver s'il venait à mourir, sa sollicitude pour le jeune César, héritier du trône, tout cela présente un ensemble d'où il résulte inévitablement de sinistres pensées auxquelles

le spectateur ne saurait peut-être se défendre de mêler involontairement un intérêt direct et des préoccupations d'actualité.

Ce sont là, à notre avis, des choses qu'il n'est ni utile, ni convenable de rappeler à l'esprit d'un public rassemblé au théâtre pour son plaisir. Il est à désirer que cela puisse disparaître, c'est une suppression que nous regardons comme importante.

Telles sont les principales modifications que nous avons à indiquer dans cette pièce de longue haleine et fort compliquée. Sous le mérite de ces observations, nous proposerons l'autorisation et nous aurons l'honneur de présenter en temps utile à la signature, le manuscrit de cet ouvrage, mais nous considérons comme un devoir impérieux de signaler à Tavance et tout spécialement à la haute attention de Son Excellence, le drame de Faustine, dont, au reste, la valeur littéraire, les qualités sérieuses d'érudition, aussi bien que le talent

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et les précédents de Tauteur, ne peuvent que commander Tintérêt.

10 décembre 1863.

Note confidentielle pour M. le Surintendant général des théâtres.

Les observations de la censure consignées dans le rapport ci-joint, sur le drame de Faustine, ont un degré différent d'importance.

L'auteur a fait, en grande partie, droit aux unes ; celles qui subsistent ont encore leur gravité.

Au 7« tableau, lorsque Rutilianus, le chef du Sénat, vient, suivi des sénateurs, à une fête donnée par l'impératrice, annoncer que l'empereur est mort, cette nouvelle, quoique fausse, répand une consternation générale et la scène s'achève au milieu de l'agitation du peuple et des prétoriens, frappés de stupeur par cette catastrophe qui met l'empire en question.

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