LES VISITANDINES
Opéra comique en deux actes.
lo juin 186''j.
Cette pièce, comme l'indique son titre, met en scène tout un couvent de religieuses de la Visitation de la Sainte-Vierge, depuis la mère abbesse jusqu'à la tourière.
Les développements de cette donnée
amènent bon nombre de détails assez lestes et irrévérencieux.
Cet ouvrage, d'un des maîtres de la scène, Picard, de 1" Académie française, obtint son premier succès pendant les plus mauvais jours de la Révolution, à cette époque néfaste où les églises étaient fermées, le clergé proscrit, la religion foulée aux pieds.
Le directeur du tliéâtre impérial de l'Opéra- Comique sollicite aujourd'hui l'autorisation de remettre au répertoire les VisUandines.
Seulement, comme il comprend que la
pièce ne saurait être jouée aujourd'hui dans son état actuel, il s'engage à faire tous les modifications nécessaires, mais demande surtout de conserver le titre, sous lequel l'ouvrage est resté populaire.
Ce directeur, qui, depuis son entrée en fonctions, n'a janiais causé d'embarras à l'administration, appuie principalement sa requête sur cette considération queues VisUandines n'étaient pas interdites sous Napoléon I".
Lors de la Restauration la scène subit de notables changements et l'ouvrage fut représenté sous le titre du Pensionnat déjeunes demoiselles.
Quelle que soit la valeur que le directeur prétende tirer de cet argument, que les VisUandines n'étaient pas interdites sous le premier empire.
sous NAPOLÉON III. 245
assertion dont, au reste, nous n'avons pas les moyens de constater l'exactitude, nous ne pensons pas que cette demande doive être accueillie. Il ne suffit pas, en effet, qu'une pièce ne contienne rien de mauvais, il importe au moins autant, dans l'intérêt de la morale publique, que le titre, vulgarisé tous les jours par l'immense publicité des affiches apposées de toute part, ne vienne pas offusquer les regards de l'innombrable portion de la population qui ne va pas au spectacle. Or, nous croyons que le titre d'une communauté religieuse servant de titre à une pièce de théâtre est chose inconvenante.
Il est une considération particulière que nous ne croyons pas indifférent de signaler.
Au moment où va s'inaugurer la liberté des exploitations théâtrales il serait fâcheux d'établir un précédent de cette nature.
Les Visitandines, de Picard et Devienne, sont tombées dans le domaine public. Tous les
théâtres peuvent s'en emparer. En admettant que les directeurs y apportent, chacun avec son goût particulier, des modifications et suppressions qui ôteraient à la pièce ses principaux inconvénients, le titre, une fois autorisé, peut se trouver reproduit à l'infini de tous côtés, et même il y aurait à craindre de voir adopter pour une foule de pièces de tous genres des titres analogues, tels que les Bet^nardines, les Ursulines, etc., etc. C'est un danger qu'il nous paraît nécessaire de prévenir.
En conséquence, nous pensons que le titre, les VisUandines, non plus que la pièce, dans son état actuel, ne doivent être autorisés.
sous NAPOLÉON III. 247
Théâtre Impérial de rOdéon LORENZACCIO »
Drame en cinq actes,
28 juillet 1804.
Ce n'est pas la première fois qu'il est question de représenter cet ouvrage, qu'Alfred de Musset n'avait pas composé pour la scène. Le Théâtre- Français, qui y avait songé, a reculé devant des difficultés qui lui parurent insurmontables.
Dans la version que le directeur de l'Odéon soumet à la censure, on a cherché à adapter l'ouvrage à la scène par des suppressions nombreuses et des soudures ayant pour objet de rapprocher les différentes péripéties que les digressions, toutes naturelles dans un drame écrit pour être lu et non pour être joué, isolaient les unes des autres.
1 Par Alfred de Musset.
Nous ne croyons pas que cette œuvre^, arrangée telle qu'elle est, rentre dans les conditions du théâtre. Les débauches et les cruautés du jeune duc de Florence Alexandre Médicis, la discussion du droit d'assassiner un souverain dont les crimes et les iniquités crient vengeance, le meurtre môme du prince par un de ses parents, type de dégradation et d'abrutissement, nous paraissent un spectacle dangereux à présenter au public.
En conséquence, nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'autoriser la pièce de Lorenzaccio.
sous XAPOLÉON III. 240
Porte - Saint-Martin