HISTORIQUE DE DIVERS FOURS
on comprend dès lors, sans commentaires, que la traduction est assez délicate et laisse planer des doutes sur la nuance exacte.
Des Chinois compétents m’assurent que la couleur bleue verdâtre n’est pas la seule tonalité des Tchaï-yao ; cette porcelaine imparfaite est parfois jaunâtre, chamois pâle; telle est la teinte de mon vase balustre craquelé avec fleurettes en relief. Ce spécimen, malgré son aspect rustique, vaut un trésor.
Ting-yao , r£ fdg . Parmi les porcelaines antiques imitées à King-te-tchin figurent, au premier rang, celles du four de Ting (Ting-yao) fabriquées sous les Song à Ting-tcheou, province du Tchidi. Ces vases étaient minces, d’une blancheur éclatante, avec décor gravé, gaufré ou peint. On estimait moins les vases thou-tiiig en terre émaillée de Ting; leur teinte tirait sur l’ivoire ou le chamois. Je décris plus loin plusieurs échantillons de ces deux genres différents .
Jou-ycto, 'jjf yê. Les écrivains chinois parlent avec une admiration peu contenue des porcelaines antiques de Jou-tcheou, Jou-yao et de celles appelées Kouan-yao . Celles de Jou-tcheou, fabriquées dans le Honan sous les Song, d’un vert bleuté, étaient les plus estimées par les habitants de l’Empire du Milieu.
Kouan-yao , ffi . L’empereur Hoeï-tsoung des Song fonda, vers 1108,
dans le Tche-kiang, une manufacture de porcelaines et ordonna de nommer les produits Kouan-yao. Stanislas Julien traduit Kouan-yao, porcelaine des magistrats; ce qui ferait croire qu’on fabriquait des porcelaines spécialement pour les fonctionnaires. Tel n’est pas le sens de Kouan *j=f, <|iii signifie mandarin, officiel, gouvernemental. Kouan-yao est le four, la manufacture de l’Etat, dont les produits sont destinés au souverain. Cette interprétation m’a été confirmée par le marquis d’ITervey-Saint-Denys, si compétent en ces matières.
Les Kouan-yao, bien que fort appréciés, ne venaient qu’en seconde ligne après les Jou-yao; ils étaient de trois nuances : le blanc de lune, le vert pâle bleuâtre et le vert foncé.
Il serait difficile déplacer sous les yeux du lecteur une pièce authentique de ces manufactures; cependant j’ai plusieurs échantillons incontestés de Ting-yao, pourquoi renoncer à l’espoir qu’un jour nos vœux seront comblés et que notre bonne fortune nous procurera des Jou-yao et des Kouan-yao antiques? Pour le moment, nous sommes réduits à admirer de confiance, mais notre admiration n’est pas entièrement platonique, basée sur une réputation séculaire. Je me console
des ruines du passé en songeant que nous possédons certainement de superbes imitations de ces porcelaines renommées qui, avant d’être brisées et de disparaître, ont heureusement rencontré d’habiles artistes pour les reproduire dans toute leur beauté et pour leur donner une nouvelle existence et une nouvelle jeunesse. Pourquoi ne saurions-nous pas plus tard reconnaître ces rejetons précieux? ils sont sûrs d’être accueillis avec enthousiasme et traités avec une entière sympathie.
Les Jou-yao et les Kouan-yao ont été imités avec succès à King-te-tchin.
Long-tsiouen-yao, :0. . La manufacture de Long-tsiouen, sous
les Song, s’élevait dans le district de ce nom, province du Tche-kiang. Ses produits ont été copiés à King-te-tchin avec une grande perfection; leur décor est, généralement, gravé ou gaufré avec ou sans craquelures ; leur couleur est le vert d’eau, nuance indiquée par le Père d’Entrecolles dans ses Lettres édifiantes. Stanislas Julien, il est vrai, soutient que leur couverte était bleue; non seulement ses raisons ne m’ont pas convaincu, mais j’ai sous les yeux la preuve de sa méprise.
Tous mes échantillons de ce genre sont verts et les Chinois les plus compétents affirment tous que la porcelaine de Long-tsiouen est invariablement verte. Ceux qui ont habité la Chine et ont parlé la langue de ce pays savent que le caractère tÊ| tsing désigne à la fois le bleu du ciel et le vert tendre du feuillage naissant. Les vases de Long-tsiouen sont verts comme les jeunes feuilles des arbres, et les pièces dans la tonalité du bleu du ciel apres la pluie ont une teinte qui Hotte entre le bleu et le vert. Le ciel lui-même après la pluie ne prend-il pas une coloration indécise qui se rapproche autant du vert pâle que du bleu-clair azuré ? La nuance tsing peut provoquer des débats sans lin, mais le ton des produits de Long-tsiouen est vert sans contestation possible.
Sous les Somr vivaient à Lonn-tsiouen deux frères du nom de Tchannx L’aîné
s’appelait Sing-i /p — ' •. le cadet Sing-eul /jy ‘ . Les porcelaines de l’aîné, dites Ko-yao four du frère aîné) , étaient craquelées, d’un vert
pâle ou de la couleur du riz. Celles du cadet, dites Tchang-yao (four de Tchangj, vertes et sans craquelures, avaient, d’après les auteurs chinois, le ton pur du beau jade. Cette comparaison avec le jade plaide encore en ma faveur contre Stanislas Julien qui tient pour le bleu, car le jade n’est pas bleu et la comparaison pécherait par la base, si on comparait des vases bleus au jade qui est plus ou moins vert.