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artistes éminents, elle a fini par influer sur la forme ellememe. Gela est si vrai que dans la conception d’œuvres de grande importance, on a vu souvent le dessinateur reléguer cette dernière au second })lan. A ses yeux elle n’était plus que l’excipient chargé de présenter, de mettre en lumière, de faire valoir le décor.
Or, cette fâcheuse erreur est, dans l’art qui nous occiq)e, d’autant ])lus fertile en mécomptes que la céramique décorative n’ayant d’autre but que d’ollrir aux yeux un spectacle agréalde, la forme constitue sa qualité essentielle. Cette forme bien étudiée, bien construite, bien comprise, peut atteindre à la j)erfection. Dès lors, pourquoi la subordonner à un genre de décor qui ne produira jamais qu’un effet incomplet ou médiocre ?
Il serait injuste de ne ])as reconnaître qu’en ces années dernières on s’est efforcé de réagir contre la tendance que nous signalons. Aon senlement les peintures en clairobscur se font de plus en plus rares sur la panse des vases de porcelaine, mais la faïence elle-même paraît renoncer aux personnages amplement modelés et aux portraits vus de face. La barljotine enfin seml)le ])rète à nous dire un définitif adieu. Mais ce renoncement qui constitue une révolution véritable ('st loin encore d’être universel, .l’ajouterai même ([u’il est appelé dans la pratique à se heurter à des obstacles assez nombreux.
lA, en elfet, nous sommes trop éloignés, par suite de notre éducation artisti(pie et de nos babitudes d(‘ vision, de cette ])ossibiIité de sim[)li(lcation qui a p(;rmis aux G rc'cs de i‘éaliser |>ar um; synthèse géniale tant d’ceuvia'S merveilieiises. Nous ne différons pas moins, et pour les mêmes causes, des Oi'ientaux, <pd, lidèles interprètes d(; hmr imagination lantaisiste, savent gaialcn* dans leurs r('prés(Mitations de la Natiii‘(‘ une (cxti'ênu' lilnuTé, (ït traduire leiii's impr(;ssions sans aiieiine int(mtion de r('alit(’' ou (r('xactit ude.
Une des plus lourdes fautes (pie nos céramistes pour-
raient commettre, ce serait de vouloir, sur la panse de nos vases, représenter des personnages comme les Grecs on les Cliinois ont su le faire. Nous voilà donc du coup privés d’une partie de nos éléments de décoration et réduits aux jH’oductions de la faune et de la flore. Là toute liberté nous est acquise. Un aimable mélange de fiction et de réalité n'a rien qui nous choque lorsqu’il s’agit uniquement d’oiseaux, d’insectes ou de fleurs. Non seulement nous jiouvons, sans contrister notre esprit, sans blesser nos regards, leur prêter une ressemblance purement intentionnelle , mais toutes les simplifications nous sont permises. Or la simplicité convient admirablement au décor céramique, surtout quand le dessin relevé de couleurs vives parle directement à l’œil en des traits fermement écrits.
Notre décor, quoique réduit en ses moyens d’expression, pourra donc donner encore d’excellents résultats et même approcher de la perfection par l’iiarrnonie de l’ensemble, par la grâce, l’élégance et la jnireté des contours, par la beauté, l’éclat et la transparence des couleurs, par la convenance de leur assortiment. Et ces deux dernières conditions, si essentielles, nous seront faciles à réaliser, parce (|ue ce nouveau mode de décoration nous permettra l’emploi des teintes plates, dont on peut tirer en céramique un excellent parti.
Les teintes plates, en effet, n’étant ni nuancées par le modelé, ni fondues les unes dans les autres, peuvent revêtir un éclat d’autant plus vif et une franchise de tons d’autant plus grande, que l’artiste n’a pas à tenir compte, dans leur coloration, des reflets ou des rayons colorés provenant des lleurs, insectes, oiseaux, ou autres objets qu’il a placés dans leur voisinage. Elles conviennent donc merveilleusement à la peinture céramique, et permettent aux artistes d’utiliser, dans l’exécution de leur décoration, le magique éclat de leur incomparable palette.
Est-ce à dire que la représentation de personnages bu-
Fipf. (18. — V;is(! (le ScviTS à siijcls, (Iccoiu' en nicdailloiis et (Midoiu'lu'S.
l-2't LA CÉRAMIQUE
mains ou d'aniinaux doive elre à jamais bannie de la décoration des vases ? Ce serait aller trop loin. Des artistes de grand talent ont su trouver un compromis qui nous donne presque satisfaction. Ils ont disposé, soit en manière de frise, soit jetées et « sans ordre », comme on dit dans le langage du blason, des figures gracieuses, exécutées eu camaïeu ou eu pâte sur pâte, dont la jirésence, bien loin d’avoir rien de choquant, ajoute, au contraire, au charme de la forme. 11 ne saurait être interdit, non plus, de décorer une coupe ou un vase de petits paysages, de petites scènes représentés en clair-oliscur, comme on a fait en Saxe et à Sèvres au siècle dernier; mais il faut avoir soin de ne leur donner qu’une importance accessoire, et surtout de leur conserver un aspect suflisamment conventionnel, en les inscrivant dans un cartouche ou en les encadrant dans un médaillon.
Jusqu’à présent, nous n’avons étudié la décoration des vases que dans ses rapports avec la logique ou avec la beauté plastique. Il nous faut maintenant l’envisager à un autre point de vue : celui des modilications apparentes que l’ornementation peut faire subir aux formes et aux proportions de la pièce décorée.
La décoration d’un vase, nous l’avons constaté plus haut, n’a pas seulement un effet purement local. Elle exerce aussi une certaine inlluence sur l’impression qu’oflre l’ensemble, lia forme et le décor se percevant en môme temps et d’une làçon instantanée, il se produit, si l’on peut dire ainsi, une sorte de pénétration, une espèce d’amalgame de l’un et de l’autre; et il est tout naturel que dans cette impression intégrale, à la fois unique et complexe, la qualité de la forme influe sur la valeur du décor, alors que la dimension, la qualité, la disposilion de celui-ci, réagissent à leur tour sur la perception de la forme. Par là l’ornementation des vases reste soumise à tous les principes qui.
FABRICATION
dans la distrilHition des ornements, régissent la division de l’espace.
Pour rendre cette démonstration plus saisissante, prenons deux vases de figure très simple, de dimensions égales, de galbe identique, en un mot de forme pareille. Décorons ces deux vases de guirlandes, de méandres, de rinceaux; mais pour le premier (fig. 69) disposons ces or-
nements d’une façon liorizonlale , et pour l'autre (ilg. 70) |)laçons-Ies , au conli'aire, verticalement. ImmédialmiuMit l’impression ([ui, avant toute adjonction de décor, était um‘ pour ces deux vases, se modilie d une façon smisible. Cidiii (pie nous avons décoré liorizoïitalemeut semlibî être d(‘veuu plus ti*a|)ii; l'aiitri', au coût raiiaq dont I ornementatiou est v(‘iM icalmmui t disposée*, paraît légèrc'iiH'iit plus liant, plus ('“lancé, jiliis svclt(*.
Prenons un autre exeiiijde non moins simpb* et non
moins convaincant. Il s’agit de décorer d’une rose l'intérieur d'une assiette. Eli bien ! suivant que nous dessinerons cette rose plus ou moins grande, le diamètre de notre assiette semblera plus ou moins large. A mesure (jue la rose grossira, l’assiette paraîtra plus petite (iig. 71 et 72 ). Que conclure de cette douille constatation ? Elle jirouve que dans la décoration des vases comme, du reste, dans toute autre espèce de décoration, en vertu de ce principe de la vue distincte, qui fait que toutes les parties d’un ensemble étant destinées à s’olfrir dans le meme instant aux regards, s’y présentent sans confusion, rornementation que l’œil est obligé de lire en môme temps que la forme influe d’une façon sensible sur l’impression que produit celle-ci.
Dans le premier cas, l’impression de différence dans l’élévation apparente de nos deux vases provient de ce principe que « la prédominance accordée, dans la décoration, à certaines lignes, donne naissance à une illusio/i très caractéristique, et peut modilîe,r les proportions apparentes d’un objet ou d’une surface. » Et notre exemple démontre que (( la prédominance des lignes verticcdes a pour effet de faire paraître un objet ou une surface plus élevés, alors que la prédominance des lignes liorizontcdes fait paraître, au contraire, cette surface plus écrasée ou cet objet plus trapu. ))
Dans le second cas, la différence apparente de diamètre entre nos deux assiettes résulte de la dimension de nos roses conçues et dessinées à une échelle inégale, et démontre que « par la différence d’échelle on peut produire certaines illusions et modifier les dimensions apparentes d’une surface ou d’un objet. »
Nous n’aurons garde de développer ces deux propositions. Elles l’ont été longuement autre part b II en est de